Un Français au Québec vous parle de la France
Christophe | 28 avril 2005 | 02:16:27Bonjour amis lecteurs !
J’avais envie ce soir de vous parler de quelque chose de moins anecdotique que les températures prévues pour les jours qui viennent à Montréal, ou encore de l’écureuil dont j’ai cru apercevoir la queue en sortant du travail tout à l’heure. Peut-être le temps est-il venu pour Montrealamoi.com d’entrer dans une autre dimension, plus “profonde”, moins superficielle que celle de nos premières news !
Car oui, nous aurons fait dans une quinzaine de jours seulement, un tour complet autour du Soleil depuis nos premiers pas sur cette nouvelle contrée.
Je voulais essayer de vous parler du comment, du combien et du pourquoi de l’actualité en France, vue du Québec par un immigrant français. En effet, malgré les 6000 kilomètres et les 12 mois qui me séparent de la France, je ne peux m’empêcher de vouloir, autant que possible, être au fait de ce qui s’y passe ; en politique comme en économie ou encore du point de vue sociétal, sans doute le plus intéressant par ailleurs.
Depuis que nous sommes ici, nous avons constaté que l’influence de la France était présente. Il est difficile, que ce soit dans les média papier et audiovisuels ou encore les émissions de variétés québecoises, de ne pas entendre parler de la France, que ce soit en bien ou en mal d’ailleurs mais, on en parle. Ceci sans prendre en compte la chaîne TV5, qui nous permet de suivre le Journal de France 2, de regarder Ardisson et son émission Tout le Monde en Parle ou encore Guillaume Durand dans Campus. Tout ceci ne m’aide évidemment pas à “décrocher” de l’actualité de la société française… mais comme je le disais, ça tombe bien, je ne le souhaite pas !
C’est principalement ce que je voulais vous faire partager ce soir, après cette année dans une société différente et nouvelle pour nous, nous commençons à avoir un regard plus critique envers la France et nos chers compatriotes. Même si suivre l’actualité de son pays est beaucoup plus aisé quand on y habite - forcément -, nous suivons donc maintenant l’actualité de la France avec les yeux et le système de pensée des québecois : c’est celà-même bien entendu qui nous permet de prendre davantage de recul face à l’actualité en France.
C’est ainsi que, par exemple, nous voyons comment sont perçus au Québec les mouvements sociaux si fréquents en France - qui oserait dire le contraire (…) - et par la même occasion les acteurs de ces mouvements sociaux, à savoir les français eux-mêmes. Au risque de passer pour un acolyte de Ted Stanger, nous voyons d’autant plus d’ici les travers de nos compatriotes éloignés. Comment désormais trouver normales nos manifestations si récurrentes pour des causes si modestes, pour des revendications dont nous ne réalisons pas souvent l’ampleur ni les conséquences à long terme, alors que nous sommes d’un point de vue social parmi les mieux lotis sur cette planète ? Nous nous plaignons sans cesse sans jamais voir plus loin que le bout de notre propre nez ! Nos cinq semaines de congés payés par exemple. Oui c’est un acquis qu’il faut conserver, mais c’est aussi une chance extraordinaire ! Faut-il vivre dans un pays où 2 semaines de congés payés par année les trois premières années sont la norme pour en prendre pleinement conscience ? Je ne crois pas. En tous cas j’ose espérer le contraire : je reste malgré moi persuadé que les français ont bien conscience de leurs privilèges mais… ils sont râleurs ! On le voit d’autant mieux quand on vit dans un pays où la France est présente dans les médias publics.
Certaines choses, qui personnellement m’agaçaient déjà avant, sont maintenant encore plus évidentes. Je vais soulever des cris de colère en affirmant cet état de fait qu’il est malheureusement conseillé de taire en France, en parlant des fameuses allocations chômage, le fameux RMI.
En France, cet acquis social qu’est le RMI n’est plus à revoir, et il n’est pas question d’y toucher. Jusque là tout va bien, je dirais même que j’approuve. Là où le bât blesse selon moi, c’est que le RMI peut servir parfois de “valorisation sociale” de la part de personnes qui se vantent d’en profiter largement, sous entendu sur le dos de l’Etat qui de plein gré a créé cette allocation, et n’a de cesse de l’augmenter chaque année sous peine de manifestations monstres Place de la Concorde. Je grossis volontairement les traits pour en arriver à la comparaison suivante : au Québec, l’équivalent du RMI (je fais simple car ce n’est pas exactement ça) est le “B.S.”, pour Bien-être Social. La différence est juste une question de mentalité, mais de taille : ici, dire qu’on est “sur le BS” est synonyme de fainéantisme, de lâcheté face aux difficultés du monde du travail. Les québecois disent très rarement qu’ils touchent le BS, car c’est mal perçu ! Profiter du système n’est pas dans la norme, abuser de celui-ci ne mène à rien si ce n’est au dédain de ses concitoyens.
Voilà donc en partie mon inspiration de ce soir concernant ces deux sociétés qui se valent mais qui parfois s’affrontent si violemment par leurs différences criantes. La suite sans doute de mes élucubrations dans une prochaine news ! Et pour ceux que cet article a fait réagir, n’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous !
Terminons cette nouvelle par une pensée émue envers Florence Aubenas et Hussein Hanoun dont le manque se ressent aussi ici : les médias québecois, bien que moins mobilisés que les médias français (David Pujadas et son rappel quotidien), en parlent tout de même relativement souvent. Je vous invite à signer la pétition en ligne sur le site www.pourflorenceethussein.org, en espérant que la mobilisation sous quelque forme qu’elle soit finisse par aboutir à leur libération !
Et ci-dessous, voici une vidéo de Sophie Calle parlant des cent-soixante textes parvenus au journal Libération à sa manière :
[EDIT: La vidéo a été supprimée du serveur sur lequel elle était hébergée]






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