Au cinéma à Montréal
Christophe | 26 septembre 2005 | 00:41:22Je vous en parlais sur le forum de Montréal à moi avant sa disparition cette semaine (peu d’intérêt surtout depuis la possibilité de réagir à un article sur la page même de l’article), le 23 Septembre 2005 était le jour de la sortie officielle au Québec du film de Cédric Klapisch, “Les Poupées Russes”, plus de trois mois après sa sortie en France le 15 Juin. Eh oui, nous avons certaines grosses productions américaines avant les européens, mais nous devons parfois attendre plus de six mois pour voir les films français qui marchent le mieux en France. En effet, tous ne sont pas distribués au Québec mais heureusement, Les Poupées Russes font partie des films qui le sont. Nous nous sommes donc rués au cinéma cette fin de semaine pour aller le voir, enfin, depuis le temps que je l’attendais !!
On y retrouve avec plaisir l’ambiance et la chaleur qui avaient fait le succès de “L’auberge Espagnole”, ainsi que les plans caméra, l’originalité et l’humour propres au style “Klapischien” reconnaissable entre tous ! Bref je ne suis pas critique cinéma mais je peux dire que j’ai autant aimé le deuxième opus que le premier. Et Kelly Reilly est décidément et définitivement une très belle petite anglaise ;) Je ne suis donc pas là pour vous faire un compte-rendu du film, mais pour vous parler d’autre chose que vous n’imaginez sans doute pas… ou plutôt pas encore.
Pourquoi est-ce amusant ? Parce que vous vous retrouvez dans une salle de cinéma qui a de grandes chances de se situer rue Sainte Catherine dans un cinéma dont le nom est “Le Parisien”. Et que cette salle… est remplie de français ! C’est à la fois très plaisant et déplaisant en même temps. Plaisant d’abord parce que le Consulat de France et les salles de cinéma à l’occasion de la sortie d’un film français sont les seules places à Montréal où l’on peut être certain que les personnes qui nous entourent sont françaises. Outre le Plateau où s’installent un bon nombre de français immigrants, Montréal n’a pas de quartier français à proprement parler. On sait donc que pendant deux petites heures, on sera en compagnie de nos “ex-compatriotes”; on sait d’avance qu’ils vont rire en même temps que nous, réagir en même temps à des références que nous seuls sommes en mesure de comprendre. On se sent à nouveau, l’espace d’un instant, en terrain conquis : on retrouve et on comprend naturellement les codes du langage, les codes visuels, gestuels et culturels ancrés en nous depuis notre naissance, que nous avons du mettre de côté depuis notre arrivée au Québec afin d’en apprivoiser peu à peu des nouveaux, dont certains sont encore inconnus… On en oublie presque que nous sommes dans une salle de cinéma du Québec, à Montréal. Puis vient le générique de fin du film.
C’est là que la partie troublante et déplaisante, teintée de nostalgie peut s’emparer de nous pour un court instant. On sort de la salle de cinéma… et des petits détails viennent subitement nous rappeler, comme si nous l’avions oublié, que nous ne sommes pas à l’UGC ni au MK2 mais dans un cinéma nord-américain, où plus exactement québécois. Cette transition courte, de la salle jusqu’à la rue, est souvent pour moi un vol supersonique Paris / Montréal, qui ne durerait heureusement qu’une minute. Quelques instants après, les rues de Montréal m’enchantent à nouveau, je sais ce que j’ai laissé là-bas avec amertume, mais je sais aussi ce que j’ai trouvé ici à mon grand plaisir… et la soirée continue jusqu’aux heures avancées de la nuit !

Revenons tout d’abord au pratico-pratique, on parle du pays de la démesure, et dans démesure il y a 300 millions d’habitants. Quoi que je dise ici ne sera donc que très relatif au regard du nombre d’habitants concernés!
Le documentaire de Radio Canada a fait son office : j’étais scotché devant mon écran de télévision et je pestais comme jamais à chaque pause publicitaire… Dieu sait qu’elles sont nombreuses les maudites ! Moi qui croyait que le référendum de 1995 n’avait concerné que le Québec et les québécois, je me suis rendu compte à quel point le Canada anglophone, les Etats-Unis et la France ont joué un rôle important pendant cette période critique. Jaques Parizeau et Lucien Bouchard essayaient de rendre le Québec indépendant et souverain, pendant que Jean Chrétien et son équipe devaient empêcher l’éclatement du pays. J’avoue n’avoir jamais vu la souveraineté du Québec sous cet angle : le Québec veut son indépendance d’accord, mais est-ce que le Canada est prêt à se séparer d’une de ses provinces sans rien dire? La joie des québécois si le oui l’avait emporté le soir du 30 Octobre 1995 aurait aussi provoqué une profonde tristesse parmi le Canada anglophone des autres provinces. “We love you Québec, we love you Québec!” scandaient alors de jeunes anglophones dans les rues, face à des québécois séparatistes septiques, alors que les sondages donnaient le oui gagnant à presque 60%… D’autres questions étaient posées dans ce documentaire : comment vont s’établir les relations économiques entre le Québec et le Canada si le oui l’emporte? La souveraineté du Québec doit-elle ou non passer par un partenariat ou des accords avec le Canada? Si le Canada refuse les partenariats, la souveraineté doit-elle quand-même se faire?
C’était en tous cas une période de crise majeure: le Canada et le Québec s’affrontait d’une part, et d’autre part le peuple québécois lui-même était divisé entre les partisans et les opposants à l’indépendance du Québec. Lors des manifestations des fédéralistes il y a 10 ans à Ottawa et ailleurs au Québec, on pouvait voir parmi la même foule des drapeaux canadiens et des drapeaux québécois ensembles ! Il est rare de voir du bleu et du rouge réunis ici… généralement, le bleu du 24 Juin cède sa place au rouge du 1er Juillet, on ne voit jamais les deux ! Comme quoi, on peut être québécois francophone ou anglophone, fier de l’être, mais être contre la séparation du Québec… J’ai sous doute vraiment compris ça ce soir.





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