Montréal à moi (.com)

Un couple de Français à Montréal, Québec, Canada
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Maintenant, ça me choque

Christophe | 29 avril 2006 | 01:24:08

Liberation Newsstand

Est-ce que vous voyez quelque chose de choquant dans cette capture d’écran du site liberation.newsstand.com ?

Moi j’en vois deux. Même trois, en cherchant bien. “Digital Delivery”. “Powered by NewsStand”. Et puis “Newsstand”, tant qu’à faire. Il y en aurait un 4ème, mais il fallait être un peu “nerd” (ou “geek” - comprendre le type tout le temps sur un ordinateur ou passioné de technologie et/ou d’ordinateurs, en bon français) pour s’en apercevoir: le nom lui-même de la page web : tour.cfm… pourquoi pas visite.cfm!??!??! Bordel… Alors que tout pourrait faire croire le contraire, j’aime Libération. Mais je hais leur “branchitude” parisienne qui leur fait inscrire “DIgital Delivery” dans une animation en Flash plutôt que “Édition Électronique”, alors qu’ils l’assument très bien en tout petit en haut à gauche et en gros plan lors du chargement de l’animation.

Pour finir, un “break à bras” pour dire “frein à main”, c’est vraiment tiré par les cheveux et ça n’a aucun hostie de bon sens. Mais ici au moins, on ne dit pas “parking” mais stationnement, on ne dit pas faire du shopping mais magasiner… parmi d’autres. Et ça, ça a bien plus de sens.

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Fin de semaine à Toronto

Christophe | 28 avril 2006 | 01:01:23

Cela fait bientôt deux semaines maintenant, mais je viens seulement d’avoir le temps de m’occuper de la mise en ligne des photos et vidéos prises à Toronto ! Nous avons donc en effet visité Toronto, devenue il y a 10 à 15 ans la “capitale économique du Canada” après avoir détrôné Montréal.

Toronto fait vraiment “ville d’Amérique du Nord”. Non que Montréal ne le soit pas, mais Toronto a vraiment plus l’air d’une ville américaine alors que Montréal a encore certaines caractéristiques latines… et c’est aussi pour ça qu’on l’aime ! Elle ressemble à un New-York en miniature : certains quartiers de Toronto ressemblent carrément à ce que l’on peut ressentir dans les rues de New-York.
Toronto, c’est aussi et bien sûr la tour CN, une des tours les plus hautes du monde (un des attrappe-touristes les plus culotté au monde?), dont voici ci-dessous l’ascension en vidéo.

Enfin, nous avons pris plus d’une centaine de photos de Toronto (partie 2 ici), il y en a bien une qui vous conviendra !

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Tof et Isa à l’OSM

Christophe | 25 avril 2006 | 23:11:35

Kent NaganoNous venons de rentrer d’une soirée musicale à l’OSM (Orchestre Symphonique de Montréal où nous avons pu écouter Zoltan Kodaly, Béla Bartok et Johannes Brahms sous la direction de Kent Nagano. C’était vraiment relaxant ! À part Bartok pour qui il faut déjà avoir une oreille aguerrie, Kodaly et Brahms furent un pur délice. Il faut noter que le pianiste à été remplacé au pied levé aujourd’hui même par un autre, qui est venu interpréter Brahms sans partition, ni fautes… impressionant ! Nous avions l’impression d’être les seuls jeunes dans la salle… mais je sais que nous ne l’étions pas, hein ?
Et chose incroyable, sur le chemin du retour, quelques flocons de neige sont tombés… comme pour clore définitivement l’hiver et débuter la saison (f)estivale sur la Place des Arts !!

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Chronique Immigrer.com - Les Deux Solitudes

Christophe | 21 avril 2006 | 10:10:51

J’aurais pu vous parler du printemps qui est définitivement installé à Montréal. J’aurais également pu vous parler de ma façon de percevoir les récents "mouvements sociaux" en France, maintenant que je suis installé au Québec depuis bientôt deux ans. J’aurais aussi pu vous parler de mon premier mois sans tabac, ou de beaucoup d’autres sujets qui me viennent à l’esprit mais qui ne sont pas vraiment ou même pas du tout en rapport avec l’immigration. Mais comme justement, cela fait bientôt deux ans que je suis à Montréal, j’ai eu envie de vous parler de mon interprétation de ce que la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (la Commission Laurendeau-Dunton) avait appelé en 1963 "les deux solitudes", ou encore les "deux scorpions dans la même bouteille" selon René Lévesque un peu plus tard. Je ne me perdrai pas dans des explications historiques sans queue ni tête, je préfère laisser ce soin aux spécialistes en la matière. Mais je peux partager avec vous certaines anecdotes que j’ai vécues ici et que je continue de vivre au jour le jour.

Ceux qui me lisent et m’ont lu sur le forum ou mon blog, savent déjà qu’il ne faut pas me demander "Alors, c’est comment le Canada???" Je me dois de corriger mon interlocuteur… mes oreilles sifflent. "Tu veux dire… au Québec? – Oui oh… tu m’as compris…" Nous sommes, je suis installé au Québec, à Montréal, un peu à l’ouest du Boulevard Saint Laurent et dans quelques mois de nouveau à l’est de Saint-Laurent. Le Canada? Oui, forcément, je connais. D’ailleurs, moi qui travaille toute la semaine en compagnie d’anglophones exclusivement, j’ai coutume de dire que je fais des milliers de kilomètres chaque semaine pour aller travailler. Je vais au Canada chaque matin, et je reviens au Québec chaque soir. La fin de semaine, je suis au Québec à temps plein. Bon, je vois déjà des yeux s’écarquiller et des sourcils se froncer… je m’explique, avec du vécu en guise d’exemples. J’ai en effet la très nette impression que les anglophones et les francophones de Montréal ne vivent pas dans le même pays. (Je ne sais pas vraiment comment ça se passe ailleurs au Québec donc je ne parlerais que de Montréal.)

Il y a plusieurs mois, en plein pétage de plomb chronique au travail, je me lève d’un coup et j’imite avec force une publicité archi-connue au Québec : "Ahhhh Ah ! Famili-Prix !" Personne n’a rit ni même sourit, alors que la situation était tout de même cocasse et assez inattendue : je ne pète pas souvent les plombs à la job mais quand ça m’arrive, c’est généralement mythique et plutôt drôle. Sceptique, je leur demande alors abasourdi : "M’enfin vous ne connaissez pas cette pub??? Ahhhh Ah ! Famili-Prix ! Non?!?" J’ai alors réalisé que non. Je venais de vivre un des plus fameux "vents" de mon existence. Non, cette publicité, que tous les québécois francophones connaissent et que les immigrants francophones nouvellement arrivés connaîtront sous peu, n’est tout bonnement pas traduite en anglais et n’existe pas dans le réseau de TV anglophone. Elle existe dans le Québec francophone tel que je le vis, tel que je le connais. Uniquement.

Plus récemment, j’avais été celui à la job qui devait organiser le repas du midi mensuel. En effet, cela fait partie des habitudes de la compagnie : chaque mois, un des employés organise le lunch qui sera suivi d’une grosse réunion d’équipe. Et la coutume veut que le lunch corresponde au pays d’origine de celui qui organise : japonais, portugais, espagnol, mexicain, libanais, j’ai tout eu depuis un an et demi ! Et cette fois-ci c’était mon tour. Quand on m’a désigné lors du lunch du mois de Mars pour être le prochain organisateur pour le lunch d’Avril, j’ai évidemment eu droit aux clichés habituels et les mots "baguette" et "camembert" se sont alors fait entendre une dizaine de fois en quelques secondes autour de la table. On s’habitue. J’ai donc passé commande pour 25 personnes chez Première Moisson, histoire de ne pas les décevoir : ils ont eu leur baguette et même leur camembert, et moi je me suis régalé ! Mais le plus insolite a sans doute été le moment où j’ai passé la commande en présence de ma boss. Je lui avais imprimé ma sélection en anglais pourtant… mais elle m’a laissé faire, devant l’anglais pourtant confiant de la vendeuse du Première Moisson au marché Atwater. Il faut savoir qu’elle ne parle pas un traître mot de français.

Là où ça coince, et les deux situations se présentent, c’est quand un vendeur chez Canadian Tire ne parle pas un traître mot de français face à un client francophone, ou qu’un chauffeur de bus de la STM soit incapable de comprendre les questions d’un client anglophone. Des situations comme la première m’arrivent tous les jours, surtout que je travaille à l’ouest de Montréal dans le quartier Atwater. Je ne me pose désormais plus la question : quand je magasine dans le centre commercial de la place Alexis Nihon, je le fais en anglais, c’est plus rapide. C’est frustrant… mais c’est un choix que j’ai fait. Et même en anglais, mon accent français / francophone n’échappe pas à certains vendeurs; j’ai alors subitement l’impression de leur faire perdre du temps alors que je veux juste mon 6 pouces dinde et fromage sans oignons ni olives et mayonnaise diète. Même situation au stationnement à ma job : ne surtout pas s’aviser d’oublier sa carte le matin ! Eh oui, le type du stationnement, celui qui décide de l’ouverture ou non de la barrière de sortie, ne parle pas un seul mot de français ! Même pas merci, ni même un simple "oui" ! Ce jour là, j’étais excédé… et j’ai fait mon maudit français. Le type a très bien compris pourquoi j’étais en rogne… mais peu lui importait : il travaille à Atwater, pas sur le Plateau ! Pas concerné.

Rassurez-vous (façon de parler…) : il parait que sur le Plateau Mont-Royal, un des quartiers exclusivement "en français" de Montréal dans lequel personne ne va vous regarder de travers quand vous parlerez en français même avec un accent français, les anglophones se font aussi parfois refouler sévèrement… En ce qui me concerne je ne vis évidemment que la situation ou moi, le petit francophone – qui peut être (en plus!) potentiellement pour la souveraineté du Québec – se fait insidieusement refouler chez Subway parce qu’il a osé pour une fois l’ouvrir en français. Mais ça fait du bien de temps en temps aussi de ne pas se laisser bouffer. Je ne trouve pas ça normal qu’un anglophone puisse toujours se faire servir partout en anglais à Montréal alors qu’un francophone ne se fera pas forcément servir en français, qu’il le veuille ou non. Je trouve injuste d’avoir constaté que les francophones à Montréal étaient toujours plus ou moins tenus de parler aussi l’anglais, alors qu’un anglophone montréalais qui ne parle pas un seul mot de français peut vivre en anglais sans trop de problèmes.

Anglophones et francophones vivent donc pourtant tous dans la même province, dans la même ville, conduisent ensemble sur les mêmes routes en essayant d’éviter les mêmes nids de poule, voyagent ensemble dans le métro, vont magasiner ensemble chez IGA ou Provigo, travaillent dans les mêmes compagnies… mais ils ne vivent pas dans le même pays. Pourquoi ? Parce qu’ils n’écoutent pas la même radio dans leur voiture, parce qu’ils ne lisent pas les mêmes journaux gratuits dans le métro, parce que la caissière du Provigo supposément bilingue répond en français ou en anglais au choix suivant la langue maternelle du client, parce que quand ils travaillent dans une compagnie, il suffit d’un anglophone pour que les réunions se déroulent en anglais, parce qu’ils ne regardent pas les mêmes postes à la TV, parce que les pubs Famili-Prix n’existent que sur les postes francophones, parce que "Canadian Idol" est diffusé sur le réseau anglophone uniquement… En bref, les deux cohabitent tout en s’ignorant plus ou moins, quand ils ne se détestent pas cordialement. C’est un peu fort… mais c’est assez proche de la vérité.

Il ne m’a pas fallu longtemps pour saisir que la société dans laquelle j’allais tenter de m’intégrer était différente du reste du Canada. Il m’a fallu plus de temps pour voir et comprendre ce qui sépare qu’on le veuille ou non les communautés francophones et anglophones au Québec mais aussi au Canada. Vu du Canada, certains jugent le Québec comme étant la petite province chiante qui veut se séparer mais que le Canada veut garder à tout prix pour des raisons économiques principalement malgré les heurts incessants entre le fédéral et le provincial. Vu du Québec, certains disent que le Canada est une barrière au développement et à la promotion de la culture francophone au Québec d’abord et dans le reste de l’Amérique du Nord ensuite. Un seul mot suffit à résumer cette chronique, et ce seul mot explique à lui seul la raison d’être de ces deux solitudes. Ce mot : "bilinguisme". Le Canada s’est construit autour de lui, mais ne va-t-il pas un jour devoir se disloquer à cause de lui, ou pour lui?


Retrouvez cette chronique sur le site www.immigrer.com

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La rue a tranché (des têtes…)

Christophe | 11 avril 2006 | 01:29:33

Rendez-nous nos facs !!


Si tous désobéissent, plus personne ne commande


Oui au CPE

© www.lemonde.fr - “Vos Images des mouvements pour et contre le CPE”

Une fois de plus, le gouvernement a du céder à la pression de la rue, ce pouvoir à part entière qui décide en France. Une fois de plus, les syndicalistes ont “gagné” comme ils se plaisent à le dire, et le gouvernement a du courber l’échine. Je suis sans voix. Il y a des jours comme aujourd’hui où les français expatriés savent particulièrement pourquoi ils sont partis de ce pays qu’ils aiment mais que certains ont rendu impossible à réformer.

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Pour le CPE? Dites-le!

Isabelle | 6 avril 2006 | 22:51:44

Je vous invite à lire ce commentaire que je trouve très pertinent que je viens de trouver sur un blog conseillé précédemment. Cela rejoint l’un de mes premiers commentaires dans lequel je m’étonnais de la représentatitivité de ces manifestants: les lycéens sont-ils vraiment concernés par cette mesure (pas à court terme en tous cas)? …


Dommage qu’ils n’aient pas compris qu’ils sont récupérés par les syndicats en mal de véritables enjeux à défendre… Et les socialistes qui sont en mode électoral (opportunisme quand tu me tiens… que s’est-il passé après le NON à la Constitution Européenne…?? (voir le commentaire de zoumzoum)

Ce qui choque c’est:


- leur refus de négocier (sommes-nous dans une dictature du NON? ou une démocratie?)…


- le vide absolu d’idées, de propositions, de solutions… Quelles sont les idées fortes de la gauche? Les idées révolutionnaires qui vont venir en aide aux jeunes? Les 35 heures…. AH AH AH !!!

Je laisse la place à un commentaire intéressant:


Un peu d’arithmétique autour du CPE


Prenez 100% des jeunes français de moins de 26 ans salariés ou en recherche d’emploi : 25% sont au chômage, le CPE ne risque pas de les gêner, au contraire, il peut leur offrir des opportunités. Voyez maintenant les 75% qui travaillent : Parmi ceux là, il parait que 70% sont titulaires soit d’un CDD soit d’un contrat d’intérim. La mise en place du CPE ne peut que leur être profitable, elle ne contribue certes pas à leur précarisation. Qu’en est-il des autres 30% (heureux bénéficiaires actuellement d’un CDI) ? Estimons à 15% le nombre de ceux qui sont entrés dans la fonction publique (ou dans une entreprise à statut similaire). La mise en place du CPE ne risque pas de les inquiéter non plus. Il nous reste maintenant 15% : admettons que parmi ceux-ci, environ 10% sortent bien armés du système éducatif. Les entreprises privées leur proposeront toujours (CPE ou pas) un CDI pour continuer à les attirer. Je pense par exemple aux jeunes formés dans les IUT, les écoles d’ingénieurs, les écoles de commerce, dans certains DESS …. Au final, ils ne reste alors qu’environ 5% (des 75% ) de jeunes salariés qui risquent avant 26 ans de se voir proposer un CPE au lieu d’un CDI si le CPE est effectivement institué ! Je ne sais pas si mes chiffres sont exacts (je ne travaille pas à l’INSEE) ni combien de jeunes chômeurs pourraient trouver un emploi grâce au CPE mais je vous laisse tirer les conclusions de cette analyse rapide sur les réels motifs des manifestations anti-CPE.
Hervé GRAFFE

Source du commentaire: blog d’Alain Jupé


Bonnes réfléxions!


PRO-CPE: faites-vous entendre!

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Contrat Première Embauche - Acte III

Christophe | 4 avril 2006 | 00:44:44

Un billet un peu spécial : plutôt que d’écrire un pavé de trois kilomètres en réponse à un commentaire que nous avons reçu concernant le CPE (encore lui??), j’ai préféré partager ce même pavé avec tout le monde. Ne vous étonnez donc pas si j’emploie le “tu” ; je réponds à une certaine Claire, une amie de longue date. Merci Claire pour ton commentaire qui a encore déchaîné chez moi des passions littéraires pro-CPE. Il en faut un peu aussi ces temps-ci non ? ;)

Voici donc ma réponse, que j’ai aussi essayé de rendre accessible à tout le monde sans avoir nécessairement lu le commentaire en question.

Manifestement, notre point de vue sur la France a changé. Pour nous, vue d’ici, la France dérive, la France déraille, la France est sur le déclin… et seuls quelques-uns s’en rendent vraiment compte et essayent de faire bouger les choses, les mentalités, la société dans son ensemble. Le résultat n’est qu’un triste et perpétuel échec. Je vais tenter de m’expliquer.

Quand tu parles de surmédiatisation des manifestations contre le CPE, il faudrait même parler de surmédiatisation tout court. C’est un côté qui me manque de la France d’ailleurs, c’est assez paradoxal en fin de compte, je le sais ! Soit. Je veux dire par là que, par exemple, les journalistes et les politiques eux-mêmes sont capables de tergiverser pendant cinq minutes sur une phrase ou un mot de trop d’untel ou d’untel. Exemple récent : le lapsus de Dominique de Villepin à l’Assemblée Nationale ! Une joie facile pour la gauche, un pur bonheur pour les journalistes lors du JT du soir. J’imagine que les Guignols de Canal ne se sont pas privés non plus, c’est aussi leur rôle. Donc, quand des manifestations secouent tout le pays, c’est évident qu’on peut parler de surmédiatisation aussi. Mais celà dit, rien de bien surprenant : on parle sans cesse de politique en France, tous les prétextes sont bons. Je le reconnais, c’est passionant, et moi-même j’adore ça, la preuve, je regarde de temps en temps en différé les émissions politiques de France 2 ! Mais il faut savoir que c’est une spécialité bien française. La surmédiatisation politique est un fait français, j’en suis convaincu !

De notre côté, notre perception des manifestations à la française a changé aussi. Nous avons vécu de loin les émeutes de Novembre, et nous nous demandions comment et quand elles allaient se terminer. Nous avons vu les mêmes images que vous dans les JT du soir, nous étions sans voix devant ces scènes de voitures qui brûlent ou de camions de pompiers caillassés. Ensuite, quelques mois plus tard, nous revoyons à la télévision des images toutes aussi choquantes de voitures qui brûlent encore une fois, par la faute de “casseurs” qui s’étaient incrustés aux manifestations anti-CPE. Mais ce qui m’a choqué moi, c’est la violence. Cette violence que je trouvais sans doute normale quand j’habitais encore en France, mais qui maintenant me choque et m’émeut vraiment depuis que je vis ici. Est-ce que la société française a tant changé que ça en l’espace de deux ans, depuis que nous sommes partis ? Je ne crois pas. Je crois au contraire que c’est moi qui ai changé et qui la perçoit différemment. Voilà pourquoi tu as cru bon de bien descerner les émeutes des banlieues en 2005 et les manifestations en ce moment, mais tout ce que je voulais dire moi, c’est que cet excès de violence me retournait.

Autre chose, la phrase qui t’a apparemment fait le plus frémir dans mon premier billet sur le CPE, j’y tiens justement, et la voici : “Faire travailler les français, leur faire comprendre que pour gagner sa vie et mériter ses congés il faut aussi savoir s’en donner la peine, est une lourde tâche que le gouvernement actuel a pour mission.” Moi aussi je grossissais les traits mais… le fond de ma pensée était là. Vue d’ici, vue des Etats-Unis surtout (et évidemment), la crise que traverse la France en ce moment est risible, voire ridicule. Il faut entendre les éditorialistes de Radio-Canada, regarder le “Tout le monde en parle” de Guy A. Lepage, lire Pierre Foglia dans La Presse pour en prendre la mesure. Tous constatent les mouvements sociaux anti-CPE en France avec de la compassion certes car malgré tout ils nous aiment bien, mais quand ils se lâchent, on s’en prend pour son grade… et pas à peu près. Le pire, c’est que c’est justifié ! Au début, c’est vrai ça fait mal, on ne comprend pas et on prend ces critiques et ces moqueries pour de la méchanceté gratuite voire du rascisme anti-français. Les Français sont fainéants, les Français passent leurs RTT dans les rues à essayer d’obtenir encore plus de RTT, etc, ça va bien cinq minutes… Puis avec le temps, on se met à rire de nos propres travers dépeints par les Québécois. Non que je sois maintenant “vacciné” : au contraire, je vois de plus en plus les évènements avec leurs yeux. Il faut sans doute vivre hors de France pour approcher cette perception plus docilement, et rester debout quand on l’entend.

Pour moi, le CPE, c’est dans un certain sens un peu la grande incompréhension. De nouveaux textes qui vont favoriser l’embauche par les employeurs français frileux (et pour cause) sont votés, et les jeunes se retrouvent dans la rue en manifestant contre leur précarisation. Mais la précarisation des jeunes était déjà là, bien avant son soi-disant plus grand porte-parole qu’est devenu le CPE : toi aussi, comme nous, tu as du passer par moult stages sous payés voire carrément non payés pour en arriver à trouver un emploi. Un CDD ? Ou fait-tu partie des rares élu(e)s qui ont décroché un CDI tout de suite ? Avant le CPE, il y avait déjà des Bac+5 caissières et caissiers à temps plein chez Carrefour. Le CPE permet en partie de régler certains problèmes de précarité des jeunes, alors pourquoi les étudiants et les lycéens sortent gueuler dans la rue et paralysent les universités et les lycées ??? Pourquoi aussi n’entend-on QUE la voix des anti-CPE, alors que beaucoup de pro-CPE aimeraient s’exprimer eux aussi ? Autre chose encore: Chirac, même s’il a eu cette idée folle de promulguer la loi en disant dans la même phrase aux entrepreneurs français de ne pas l’appliquer, a quand-même écouté la rue : de deux ans on passe à un an de période probatoire, et un motif sera obligatoire en cas de licenciement (heureusement d’ailleurs, cette dernière mesure était un parfait non sens… même en Amérique du Nord on est toujours en droit de connaitre la raison de son licenciement !). Bref ces deux modifications étaient exigées par la gauche et une bonne majorité des mouvements et organisations anti-CPE alors que les autres réclamaient son retrait pur et simple. Ils ont été entendus et ont obtenu ce qu’ils voulaient. Peux-tu alors m’expliquer pourquoi une énorme majorité des anti-CPE ont vu la une “provocation” de la part de Chirac, suite à son discours à la nation de vendredi dernier, suivi par 20 millions de français par ailleurs ?? La manifestation de demain promet d’après certains d’être encore plus “monstre” que les précédentes… pourquoi, pourquoi, pourquoi… alors que les deux mesures les plus controversées vont être retirées du nouveau texte de loi… je ne comprends pas. je ne comprends plus.

Les Français, veux-tu que je te dise, sont très bizarres. Ils se reposent sans cesse sur la République et l’État, ceux-ci motivent et guident quasiment toutes leurs actions. Mais en même temps, ils sont en permanence contre ces institutions sur lesquelles ils se reposent et desquelles ils sont en fin de compte complètement dépendants. C’est le paradoxe français.

Bon tu me parles ensuite de ta banque qui vient de te refuser un prêt parce que tu es en CNE. C’est nul évidemment ! C’est même lamentable et attristant d’entendre ça. Mais est-ce directement la faute de De Villepin ? Non ! Est-ce que le CNE est un “contrat précaire” en soi, ou l’est-il subitement devenu depuis la surmédiatisation des manifestations dont je parlais plus haut ? Il y a de quoi se poser la question ! Pourquoi encore les sondages du mois de Janvier 2006 donnaient des résultats positifs à l’égard du CPE parmi les jeunes sondés ?

De Villepin a essayé lui aussi de changer les mentalités, reste à changer maintenant celle des institutions bancaires, des administrations, des syndicats dont le mot préféré contient uniquement trois lettres et se lit comme suit : “NON”… Cela ne se fera pas en 2 ans ni le temps d’un mandat présidentiel… sans compter l’alternance droite-gauche qui monte, démonte, reconstruit, détruit à nouveau… et qui fait que la société française s’immobilise inéxorablement. Les premiers ministres français doivent maintenant se sacrifier, mettre au placard leurs ambitions présidentielles s’ils veulent changer les choses. C’est ce que Dominique de Villepin a fait, même si Chirac a essayé de sauver sa peau en le dépossédant du dossier du CPE… il n’en reste pas moins que Sarkozy, le ministre de l’Intérieur faut-il le rappeler, a maintenant pris incidieusement la place et les fonctions de De Villepin, quelle claque !!! En tous cas…

Voila donc en vrac les questions que je me pose sur la France et les français tels que je les vois maintenant. De loin peut-être… mais je les ai connus assez longtemps pour comprendre comment ils fonctionnent.

Allez j’arrête, je vais me coucher, je n’en peux plus ! Rendez-vous demain pour parler de la manifestation du 4 Avril, on verra bien si la mobilisation sera vraiment au rendez-vous.

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