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Un couple de Français à Montréal, Québec, Canada
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Chronique Immigrer.com - L’immigration et la perte d’un proche

Christophe | 28 septembre 2006 | 01:17:10

Un sujet un peu délicat pour ma deuxième chronique de cette saison. En fait non, il s’agit déjà de la troisième… j’aurais largement préféré ne pas avoir à écrire cette deuxième chronique du 13 Septembre dernier ! En tous cas. Je ne voulais pas commencer l’année avec une chronique démoralisante pour tout le monde, mais je voulais la partager quand même car malgré tout, le sujet que j’abord fait partie intégrante de la vie d’un immigrant. Je vais essayer d’être bref, car il est inutile de disserter longtemps sur un sujet comme celui-ci. Mais, il faut bien le dire, beaucoup d’entre nous, les immigrants, ceux qui comme moi, ont laissé dans leur pays d’origine des parents et plus particulièrement des grands-parents ou encore des grand oncles et grand tantes, se sont à un moment donné posé ces questions inévitables : "Vais-je les revoir ? Est-ce possible que ce soit la dernière fois que je les vois ?".

Lors de mes retours touristiques en France, au nombre de deux pour l’instant, je n’ai jamais pu m’empêcher de me poser ces questions. Et pourtant… on devrait le savoir. On le sait même. On sait que cette décision d’immigrer nous éloignera, au moins physiquement, de notre famille et aussi de nos amis, et qu’on devra se résigner à ne les voir qu’une fois par année. Mais… on part quand même ! Ce n’est pas contre eux, c’est pour nous. Égoïsme ? Non. Envie, nécessité, exploration, ouverture, épanouissement personnel… mais surtout : éviter d’avoir à se dire pendant toute une vie qu’on aurait pu le faire et qu’on ne l’a pas fait. On part quand même. Et même si on pense à "nos vieux", on se dit quelque part qu’ils seront encore là dans un an, et dans deux ans, et dans trois ans. Erreur d’appréciation majeure.

Lors de mon dernier retour, en Mai 2006, j’ai compris que ce serait alors la dernière fois que je verrais ma grand-mère de son vivant. Depuis le début de l’année, j’avais compris que son état de santé se dégradait de jours en jours, grâce aux coups de téléphone et aux courriels échangés avec ma famille, mais je savais déjà qu’elle ne serait plus comme quand je l’avais vue, en Mai 2005. C’était malheureusement bien vrai. Le décalage entre Mai 2005 et Mai 2006 était énorme. Puis l’état de santé de ma grand-mère s’est vraiment dégradé vers la fin du mois de Juillet / le début du mois d’Août. On le pressentait, on savait que le jour J arriverait sous peu, mais impossible de savoir quand exactement, et de toute façon on n’a pas envie de le savoir ni d’être en mesure de le prédire.

Les mêmes questions se sont alors mises à se télescoper dans ma tête. Je rentre? Je ne rentre pas? Ce n’est franchement pas raisonnable, je ne peux financièrement pas me le permettre… mais je n’envisage pas non plus de ne pas être là pour son enterrement ! De cinq minutes en cinq minutes, mon état d’esprit changeait, avant même le jour de son décès, et ce pendant deux semaines ou plus. C’était infernal mais je n’avais pas tout simplement pas le choix : j’étais à 6000 kilomètres de distance et 7 heures de vol de là. Je devais donc dores et déjà me poser des questions pratico pratiques assez terribles, et je devais en plus en faire part à ma famille, car leurs réponses devaient m’aider à faire mon choix final, quant à ma venue ou non. Je n’avais pas l’intention de me précipiter dans le premier avion avant son décès, quand les choses se sont précipitées, pour la voir une dernière fois. Je ne le souhaitais pas. Je voulais par contre lui faire l’honneur d’être là, au côté de ma famille et de mon grand-père, pour ce jour si sombre que je n’aurais pas supporté de vivre normalement, au travail, avec mes collègues qui, même s’ils compatissaient et m’ont tous présenté leurs sincères condoléances, ne pouvaient pas remplacer ces enlacements et ces corps qui se serrent et se soutiennent dans un moment familial difficile. J’ai finalement compris, le jour où j’ai appris que c’était fini, que j’avais ma réponse depuis le début. J’y allais, c’était certain. Quoiqu’il arrive.

Étant donné que j’étais déjà rentré en Mai, et qu’à l’époque nous prévoyions de rentrer une fois de plus cette année pour les fêtes de fin d’année, un troisième aller-retour de quelques jours en pleine saison estivale allait me coûter les yeux de la tête. Heureusement, toute ma famille s’est alors cotisée pour m’aider à rembourser le billet d’avion. Le problème financier était alors écarté, restait le problème de l’annoncer à ma chère boss. Certains lecteurs réguliers du forum d’immigrer.com connaissent à peu près mes conditions de travail et le tempérament de ma boss, c’était donc un obstacle de taille à surmonter. Soit elle refusait, et hop l’affaire était réglée, je ne partais pas et je m’en voulais pour le restant de mes jours ; soit elle refusait, je décidais de partir quand même et je me faisais virer avant même de revenir au pays ; soit enfin elle acceptait et tout irait bien. Elle a opté pour la troisième option, d’une façon plutôt compréhensive. Cet obstacle n’en était en fait pas vraiment un, en fin de compte. Dans ces moments là, n’importe qui peut être très convaincant quand il a la motivation nécessaire. Même en anglais dans le texte.

Le matin où j’ai appris la triste nouvelle du décès de ma grand-mère, étant réveillé un peu plus tôt que d’habitude par le fameux téléphone matinal que je redoutais tant mais qui devait bien sonner un jour, je suis donc allé un peu plus tôt au travail. Toutes les conditions étaient alors réunies pour que je puisse parler à ma boss et lui demander cette faveur. Et tant qu’à faire, c’était le moment où jamais de lui parler de mes plans de vacances pour Noël. Je suis donc arrivé dans son bureau à 8h40. "Did you fall from your bed?" m’a-t-elle lancé en rigolant. Elle a alors eu droit à un "Can we talk for a sec?" qui lui est sur le moment resté en travers de la gorge, car elle a cru que je lui annonçais que je quittais. "Oh my God. Oh my God." J’ai du la rassurer tout de suite avant de lui demander mes deux faveurs. Je lui ai donc expliqué ce que je venais d’apprendre le matin même, et que je voulais absolument être présent à l’enterrement de ma grand-mère. C’était OK, du moment que tout ce qui devait être fait pour la semaine était effectivement fait ou programmé pour se faire. Normal. Je suis donc venu travailler quelques heures en plus le samedi suivant après deux soirées très tardives le jeudi et le vendredi pour m’assurer que tout était prêt. Pour ce qui est de Noël, elle a accepté plus ou moins verbalement, mais a refusé dernièrement de me signer la feuille de vacances "officielle" alors qu’entre-temps nous avions déjà acheté les billets d’avion… mais bon, c’est une autre histoire. Je pouvais partir. Une chose à la fois. Le soir même, il me fallait au plus vite surfer sur tous les sites d’agences de voyages et de vacances pour trouver le vol le moins cher et qui correspondait aux dates que ma boss m’avait fixé : si possible, départ lundi soir et retour le jeudi soir. Ok pour le départ le lundi soir mais ça ira à vendredi pour le retour. Au bout d’une heure et demi de recherche assidue, j’ai fini par trouver des prix pas pires (pour la saison) sur Air Transat. FlyZoom, Expédia et les autres compagnies du même type n’avaient pas de prix intéressants pour la période, et les dates proposées ne correspondaient pas du tout aux miennes et à mes obligations vis-à-vis du travail. Qui dit Air Transat dit aussi Terminal Charles de Gaulle 3 et un peu plus de temps pour prendre le TGV au terminal 2 mais bon… c’est pas bien grave, hein… faut ce qu’il faut.

Quelques jours plus tard, j’étais donc en France pour trois jours et trois nuits. J’ai alors ressenti une sensation indescriptible, comme si quelque chose d’irréel, d’impossible était en train de se dérouler. A peine une semaine auparavant, je n’aurais jamais pu imaginer que j’allais me retrouver en France le mardi matin suivant. Cette impression irrationnelle ne m’a pas quittée une seule fois du séjour. J’étais subitement en France, qui plus est, pour l’enterrement de ma grand-mère maternelle.

L’enterrement en lui-même, de même que le jour qui a précédé et le jour qui a suivi, s’est déroulé… comme un enterrement. Je n’ai pas vécu beaucoup de funérailles dans ma petite vie, mais j’imagine que cette ambiance de profonde tristesse, mêlée à la joie intense de revoir des proches que l’on n’a pas vu depuis des années, est commune à la plupart des enterrements. Je n’entrerai pas plus dans les détails, un enterrement est ce qu’il est, avec ses peines et ses joies, ses larmes et ses rires.

J’étais déjà dans l’avion du retour, après une nuit d’à peine une heure et demi de sommeil passée à discuter avec ma soeur chez qui j’avais passé ma troisième nuit à Paris. Et hop, de retour à Montréal. Ces quelques jours furent intenses en émotions, de la tierce mineure à l’accord parfait, et je ne regrette absolument pas aujourd’hui d’avoir fait le déplacement. J’aurais eu comme je l’ai dit énormément de mal à rester là, si loin de tout le monde.

Je sais aussi que j’ai eu de la chance en quelque sorte, dans mon malheur : toutes les conditions ont pu être réunies pour que je puisse revenir. Je sais aussi que certains immigrants n’ont pas eu ou n’auront pas le privilège de pouvoir rentrer juste trois jours pour "être là". Je sais enfin aussi que je ne pourrai peut-être pas rentrer quand ce sera le tour du prochain. Ma façon de dire les choses est crue, vous trouvez ? Oui, certainement. Mais l’immigrant que je suis s’est vu obligé de se poser ce genre de questions qui dérangent. Je ne regrette en rien d’être à Montréal et d’avoir mené ce projet à bien avec ma bien-aimée. Mais, faire face à la perte d’un proche et au deuil qui s’en suit à distance est malheureusement le lot de chaque immigrant. Nous devons vivre notre deuil à distance, et par conséquent celui-ci est souvent plus long, pour nous qui n’avons pas pu vivre toutes les étapes qui conduisent inexorablement vers la fin de l’existence de l’être cher. On se dit "préparés" psychologiquement ? On ne l’est pas du tout. Immigrant ou pas, c’est pareil pour tout le monde, mais c’est tout de même particulier pour nous.


Retrouvez cette chronique sur le site www.immigrer.com

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Le “De Sousa” de la pub Desjardins

Christophe | 24 septembre 2006 | 23:14:46

J’ai remarqué la semaine dernière un petit détail, dans une publicité pour Desjardins, qui a pris beaucoup d’importance suite à la fusillade de Dawson et au nom de la victime, Anastasia de Sousa. La publicité en question met des personnages en situation dans la vie de tous les jours et appose leurs noms de famille à côté de chacun d’eux. Or, le dernier nom visible de la pub était justement "De Sousa", devenu justement tristement célèbre mercredi 13 septembre dernier. Je me disais que l’agence qui a fait cette publicité allait forcément devoir changer ce dernier nom… et ils l’ont fait. De Sousa a été changé en "De Marco", ni vu ni connu.

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L’affaire Wong, du Globe and Mail

Christophe | 23 septembre 2006 | 20:59:33

Jan Wong crée la polémique avec son article dans le Globe and MailL’affaire Wong a sans conteste été ce qui a fait le plus jaser au Québec cette semaine. Jan Wong, éditorialiste du journal torontois “Globe and Mail”, a publié un éditorial le samedi 16 Septembre dernier, “Get under the desk” (en anglais), qui a défrayé la chronique dans tous les médias et toutes les bouches francophones du Québec.

En bref, madame Wong y explique que la récente fusillade du collège anglophone de Dawson est due au fait français au Québec, et au fait que seuls les québécois “pure laine” soient valorisés dans une province raciste et intolérante qui stigmatise ses immigrants. Marc Lépine, Valéry Fabrikant et plus récemment Kimveer Gill, les trois auteurs des fusillades de Polytechnique, Concordia et Dawson, tous des immigrants ou enfants d’immigrants, auraient donc été oppressés par “l’infâme loi 101″ qui les auraient conduit à commettre ces meurtres. Et pour finir, tant qu’a y être, elle blâme le directeur de l’école pour avoir donné sa conférence de presse en français, pendant que certains parents d’élèves ne pouvaient pas comprendre le français ! Hello there?!? Do you know what the official language is here in Quebec?

La nouvelle de cet éditorial insultant s’est répandue comme une trainée de poudre dans les médias francophones au Québec pendant toute la semaine. Jean Charest, l’actuel premier ministre du Québec, s’est offusqué de la publication de l’article et a qualifié ce texte de disgrâce dans une lettre qu’il a adressée au Globe and Mail, suivi par de nombreuses personnes de la scène politique québécoise et même canadienne : Stephen Harper a jugé utile de s’exprimer par la voie d’un communiqué cinglant sur le sujet, c’est dire les proportions énormes qu’a pris l’”affaire Wong”. Ou comment faire de la récupération politique facilement dirons certains, certes. Mais c’est suffisamment rare pour être signalé. L’affaire est encore allée plus loin, puisque la chambre des Communes a adopté une motion de censure “demandant à la journaliste Jan Wong et au Globe and Mail de présenter des excuses “au peuple du Québec” au sujet des “remarques offensantes” publiées dans la foulée de fusillade survenue au collège Dawson”. Aujourd’hui, le 23 septembre, le Globe and Mail a exprimé des regrets, sans pour autant s’excuser formellement.

Bien entendu, inutile de dire que les médias anglophones n’ont pas jugé utile d’en parler, et que pour eux, l’affaire est quasiment passée inaperçue.

Une preuve de plus, s’il en fallait, que le Québec est souvent victime de ce qu’on appelle le “Quebec bashing” de la part du Canada anglais, qui a manifestement une vision erronnée de la société québécoise. Jan Wong exprime très bien cette vision dépassée du Québec.
Une preuve de plus, s’il en fallait, du fossé énorme qui existe entre le Québec et le “ROC“.

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Thierry Ardisson chez Guy A. Lepage

Christophe | 18 septembre 2006 | 21:34:42

Thierry Ardisson, le créateur de l’émission à succès "Tout le monde en parle" en France qui malheureusement n’est plus, était l’invité de Guy A. Lepage dans l’émission québécoise du même nom, dimanche dernier.

Il faut savoir que Thierry Ardisson a toujours pris un malin plaisir à se moquer avec cynisme des québécois et de leur accent. Pour ceux qui connaissent le personnage et qui l’apprécient à sa juste valeur, pas de quoi en faire un plat : la provocation constitue son fond de commerce, et on sait qu’Ardisson s’est toujours plu à avoir sa ou ses têtes de turc ! Et les québécois en ont longtemps fait partie, sans jamais comprendre que tout ceci n’était que de la pure provocation ou encore un trait d’humour typiquement français avec lequel certaines cultures ont du mal à se frotter quand elles y sont confrontées. Une bonne partie des québécois méprisent donc cordialement l’homme, sans chercher à aller plus loin, et sans savoir qu’Ardisson, sous ses airs de parisien intello-bobo branchouille qu’il a du mal à cacher, est en fait plutôt cultivé et intelligent. Mais voilà, hier soir, Ardisson était pour la première fois l’invité de Guy A. Lepage, pour la première émission de la troisième saison du TLMP Québec.

Trois semaines avant même la reprise de Tout le monde en parle, tout le monde en parlait. Radio, Télé, journaux; Ardisson faisait déjà parler de lui à la fin du mois d’Août. C’est dire à quel point il est "détesté" ici. Hier soir était donc le grand jour, et Ardisson s’en est très bien tiré, non sans surprises. J’espère que son entrevue mettra fin, une bonne fois pour toutes, à cette polémique stupide. Ardisson n’a aucune raison de détester les québécois, et il a enfin pu le dire clairement puisqu’on lui a demandé… enfin.

Je vous propose ci-dessous de visionner vous-mêmes l’entrevue d’Ardisson par Guy A. Lepage, le présentateur de l’émission au Québec. Vous verrez qu’on reconnait le Thierry Ardisson qu’on connait, et qu’il joue à merveille son propre rôle, du début à la fin.

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La fusillade de Dawson aux infos

Christophe | 14 septembre 2006 | 00:43:16

Voici un extrait du téléjournal de ce soir, le 13 septembre, une journée noire pour Montréal à la suite de la fusillade qui a eu lieu dans le cégep de Dawson. Jusqu’à maintenant, le bilan humain s’élève à 1 mort (une jeune fille de vingt ans) et vingt blessés, dont plusieurs sont dans un état critique à l’hôpital.

Bernard de Rome le présentateur, n’a évidemment pas manqué de rappeler la tragédie de l’école Polytechnique à Montréal, le 6 décembre 1989, ou un déséquilibré avait tué 14 femmes. Pour plus d’infos, je vous invite à visiter le dossier spécial de Radio Canada sur la fusillade d’aujourd’hui à Dawson, ou le flux RSS mis à jour automatiquement dans la rubrique des liens.

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Fusillade au Cégep Dawson

Christophe | 13 septembre 2006 | 19:07:40

Fusillade au Cégep Dawson de Montréal - © RadioCanada.ca A l’heure où j’écris ces lignes (16h54 HE), l’opération est semble-t-il encore en cours ou sur le point de se terminer. Les informations que l’on peut lire et entendre dans les médias nationaux, aussi bien francophones qu’anglophones, ne cessent de changer d’heure en heure. On parle de 20 blessés et d’un suspect abattu par la police. On parlait plus tôt de 4 morts, mais depuis une heure il est presque impossible de savoir s’il y en a eu réellement; la police semble attendre que cette tragédie se termine complètement avant d’avancer des chiffres et un quelconque bilan. Toute la ville en parle, tout le Québec en parle et demain, les médias du monde entier vont forcément en parler. Les quelques montréalais à qui j’ai parlé, francophones et anglophones, sur place ou encore dans le bus, sont comme moi : ils n’en reviennent pas, ne comprennent pas qu’une tragédie comme celle-là puisse se dérouler dans une ville aussi paisible que Montréal. Le Québec est rarement au centre de l’actualité, mais en cette triste journée, il l’est, et le sera probablement aussi dans les médias européens et internationaux demain. J’étais au coeur de l’évènement, car depuis deux ans maintenant je travaille au 12è étage de la Tour 2 de la Place Alexis Nihon, qui abrite un centre commercial de plusieurs étages en son sous-sol. Voici comment j’ai vécu cette journée effroyable que je ne suis pas prêt d’oublier.

Vers midi, un de mes collègues me presse pour aller descendre chercher à manger, alors que nous y allons généralement vers 13 heures. Je commençais à avoir un peu faim, alors pourquoi pas après tout. Nous sommes donc descendu au centre commercial de la Place Alexis Nihon, comme nous le faisons tous les jours, pour aller chercher notre lunch et le remonter au bureau pour le manger. Merci JF, je ne sais pas ce qui t’a pris de vouloir manger si tôt aujourd’hui, mais merci ! Puis, vers 12h40, un autre de mes collègues, dans le même bureau que moi, nous dit qu’il se passe des choses bizarres au CÉGEP de Dawson, que nous voyons clairement de nos fenêtres. Plusieurs policiers, l’arme à la main, semblent alors faire évacuer Dawson. Certains ont les deux mains sur leur pistolet et semblent viser les fenêtres de l’établissement, pendant que les autres aident les étudiants à évacuer. Certains collègues, toujours les premiers à descendre quand il se passe quelque chose au métro Atwater ou qu’une voiture de police est stationnée en bas, sont rapidement descendus prendre le pouls de la situation. De ma fenêtre, je ne croyais pas ce que je voyais. Les images que j’ai vues sont comme des photos aériennes qui resteront gravées longtemps dans ma mémoire : tous ces étudiants qui sortaient par la porte arrière de Dawson juste derrière la station de métro Atwater, qui contournaient celle-ci pour continuer leur fuite le long de Maisonneuve vers Atwater ; ces policiers, tous armés de pistolets, alors que jamais encore je n’avais vu un policier ici sortir son arme à feu; le bureau ou tout le monde était scotché aux fenêtres et certaines collègues commençaient sérieusement à pleurer…
Quelques minutes plus tard, des collègues remontent et nous expliquent affolés qu’ils ont eux-mêmes entendus des coups de feu en provenance de Dawson.

Malgré tout ce que je venais de voir et d’entendre, en maudit fumeur que je suis, je voulais ma cigarette d’après repas. Ma conscience me disait d’attendre, mais ce besoin stupide de nicotine me disait que je pouvais encore sans doute sortir par le centre commercial rue Sainte-Catherine pour assouvir mon manque. Après quelques minutes de réflexion, et au vu du périmètre de sécurité établi à l’extérieur, je me suis finalement décidé à descendre. Oui dites-le, je suis franchement con et bien trop accroc à la cigarette. Je descends donc, et arrivé aux portes du centre commercial, je vois une foule de gens regroupés, arrêtés au beau milieu du mall, qui discutaient. Je ne pouvais déjà plus faire machine arrière : un des membres du personnel de la place empêchait les gens de remonter. Bon, soit, je vais voir si on peut accéder en bas et sortir rue Sainte-Catherine. Je me dirige donc vers les escaliers quand des cris se font entendre, en provenance apparemment du fond du centre commercial. Une marée humaine de gens s’est alors formée et allaient dans tous les sens, certains se dirigeant vers les portes à une trentaine de mètres de moi, les mêmes que je venais de franchir. Mon sang n’a fait qu’un tour, quoiqu’il arrive, si vraiment un des suspects était présent dans le centre commercial avec son AK47, il fallait que je me réfugie quelque part. L’endroit le plus proche était la Banque de Montréal, dans laquelle je me suis précipité avec d’autres personnes. Quelques minutes plus tard, les volets roulants de la banque se fermaient. J’étais enfermé à la Banque de Montréal, et des employés tentaient de nous rassurer et de nous faire asseoir. Une jeune femme anglophone, en pleurs, parlait au téléphone à son conjoint pour lui expliquer la situation. Je suis sorti du bureau pour respecter son intimité. D’autres personnes à la banque, employés ou fugitifs comme moi, venaient aux nouvelles. Puis dans un autre bureau, un jeune anglophone me raconte qu’une personne avec une mitraillette ("riffle") aurait fait feu sur une personne de 7 coups de feu dans la tête. J’appelle au bureau pour dire que je vais bien et expliquer la situation en bas, et mon collègue m’apprend qu’une annonce avait été faite dans les bureaux, leur apprenant que deux personnes seraient en possession d’armes à feu. J’essaye de me calmer tant bien que mal, malgré ce que je viens d’entendre. Une demi-heure plus tard, les portes s’ouvrent et un policier nous redirige vers une sortie de secours du centre commercial. Nous l’empruntons et nous retrouvons à l’arrière, rue Sainte-Catherine. La rue était noire de monde. Des gens au téléphone, des étudiants du CEGEP de Dawson par petits groupes, souvent entourant leurs amis les plus traumatisés, parfois incapables de parler. Tout le périmètre était bloqué. La rue Atwater, de Sherbrooke à Sainte Catherine, était remplie de voitures de police et d’ambulance. Ce spectacle était réellement saisissant. La circulation sur Atwater, Sainte-Catherine, Maisonneuve était complètement bloquée, et les métros de la ligne ne circulaient plus non plus d’après une policière à qui j’ai demandé des infos. J’ai donc décidé de rejoindre Isabelle à son travail à pied, pour peu après rentrer à la maison dans le bus 80 en direction de la rue Parc. Là encore, tout le monde en parlait. J’en ai moi-même parlé à un montréalais, atterré comme moi, qui ne comprenait pas comment un tel évènement sinistre puisse se produire à Montréal. Plus tard sur le trajet, quatre étudiants de Dawson entraient dans le bus, soutenant une amie complètement traumatisée par ce qu’elle venait de voir.

Je suis donc rentré à la maison vers 15 heures, pour me jeter sur les nouvelles sur Internet et à la télévision. J’ai alors vu les images du quartier Atwater, où je travaille depuis deux ans et auquel je me suis bien naturellement attaché malgré ses quelques travers, notamment le service en langue française. J’ai revu les images de la rue Atwater remplie de policiers, les images aériennes de l’hélicoptère de TVA filmant les étudiants en train d’évacuer, que je venais de voir du haut de mon 12è étage. Cela me mets vraiment mal à l’aise. Depuis ma séquestration à la Banque de Montréal, je traîne un mal de ventre terrible, qu’un Coke n’a pas réussi à combattre.

A l’heure où je termine cette chronique spéciale, les chiffres commencent à tomber au téléjournal de Pascale Nadeau sur Radio Canada. Le suspect a donc été abattu, et 20 personnes ont été blessées dont trois sont encore dans un état très critique. La mort d’une jeune étudiante de 20 ans vient d’être confirmée, et le journaliste est plutôt pessimiste quant à la survie des personnes à l’hôpital dont l’état est critique.

Voilà comment s’est passée cette journée pour moi qui l’ai vécue de l’intérieur. Je ne sais pas encore comment va se passer la journée de demain, je sais juste que ma voiture est restée dans le stationnement de la place Alexis Nihon et donc que nous irons travailler demain en métro. Certains accès seront certainement encore bloqués pour permettre l’enquête et les reconstitutions. Excusez-moi pour la piètre qualité du français de cette chronique et pour les nombreuses fautes qui ont du s’y glisser ! Bah… en fait, cela importe vraiment peu.

Je vous tiendrai au courant dès que possible, en essayant de capturer le Téléjournal de 22 heures ce soir. Celui de 18 heures n’a pas fonctionné.

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Folle journée !

Christophe | | 00:37:45

C’est arrivé la semaine dernière au travail, et avec les horaires un peu fous que j’ai eu jeudi et vendredi dernier, sans compter la fin de soirée du vendredi au bar afin de "fêter la sortie de la newsletter de Septembre", je n’ai pas encore eu le temps de le raconter.

En début de semaine dernière, une de mes collègues, qui était là depuis un an environ, m’annonce discrètement qu’elle a eu une autre opportunité dans une autre entreprise. Je la félicite de suite et lui souhaite bonne chance, comme les quelques autres de mes collègues qu’elle a tenu au courant de sa situation. Jenny (j’ai caché son vrai prénom pour des raisons de sécurité, on ne sait jamais ce que Google peut nous réserver de nos jours) m’apprend qu’elle va l’annoncer à la boss le lendemain matin, mercredi 6 septembre dernier. Appelons ma boss Mme M, pour les mêmes raisons que précédemment.

Nous arrivons au mercredi en question. Je vais voir Jenny pour lui demander si elle a pu parler à notre boss ; elle me dit qu’elle y va de ce pas. La porte du bureau se referme, et je préfère ne pas assister à la scène et revenir à mon bureau. Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvre, et une voix bien connue dit "I’m on my cell" ce qui ne signifie pas que Mme M. essayait d’enjamber son cellulaire mais plutôt qu’elle descendait pour une période suffisamment longue qui justifie dans ce cas qu’on l’appelle sur son cellulaire si besoin est. Elle le fait pratiquement tous les soirs quand elle quitte le bureau, mais plutôt rarement à 10h30 du matin… il se passait donc déjà des choses inhabituelles. Je retourne voir Jenny pour lui demander comment s’était passée la courte entrevue et comment Madame la boss avait pris la démission de Jenny. Manifestement, pas très bien, évidemment ! Elle était donc en fait descendue pour "dépomper", ou se calmer les nerfs si vous préférez. Fait plutôt rare. Et Jenny se sentait plutôt mal.

Elle revient au bout d’une demi-heure. Comme à son habitude, au lieu de composer l’extension téléphonique à trois chiffres pour demander à un de ses employés quelque chose ou pour le faire venir prestement à son bureau, Mme M. hurle son prénom. Tous les employés sont au courant en même temps que la boss appelle untel, ou que tel ou telle autre va passer un mauvais quart d’heure, selon le ton de sa voix. L’heureux élu cette fois-ci (à raison d’une douzaine par jour), vers 11h du matin, a été Michael. Michael, comme nous tous plus ou moins, n’aime pas sa boss. Mais lui, il ne l’aime vraiment pas, et il sait lui faire remarquer quand il le juge nécessaire ou légitime. Ceci est réciproque bien entendu. Au moment où il se faisait héler, de la façon la plus délicate qui soit, Michael était au téléphone, parait-il pour un appel personnel. Et il aurait fait comprendre à Mme M. qu’il allait accéder à sa requête (venir à son bureau dans les 15 secondes qui suivent le beuglement) à la fin de son coup de téléphone, d’un geste qui signifiait apparemment "Oui j’arrive, je finis mon appel, je ne suis pas ton chien". Un gigantesque claquement de porte s’en est suivi, en provenance du bureau de notre directrice en chef. Problème. Celui qui avait l’habitude de claquer les portes lors de ses chicanes quotidiennes avec Mme M. avait définitivement quitté la compagnie récemment (mon Dieu merci !!!). Que se passait-il donc pour qu’une porte claque à nouveau ? De notre bureau à nous, moi et mes collègues savions dès lors que quelque chose de plutôt mauvais se tramait, et étions bien curieux d’en entendre un peu plus à travers la porte du bureau de Mme M. qui venait de se rouvrir brusquement, poussée alors par Michael. J’ai appris quelques instants plus tard ce qui s’était dit, de la bouche même de Michael, rouge comme une tomate mais aussi vert de rage, alors qu’il tenait à la main ce qui ressemblait à un modèle de lettre de démission ou quelque chose du genre. Quelques minutes plus tard, il me montrait, toujours aussi furieux de la façon dont Mme M. traite et parle à ses employés, non pas sa lettre de démission signée, mais son courriel de démission ! Il l’a envoyé sous mes yeux à Mme M. Je suis vite revenu à mon bureau au cas ou la foudre frapperait de nouveau : mieux vaut ne pas être sur son passage et se prendre un petit éclair furtif.

Quelques minutes après l’envoi de son courriel, Michael est passé distribuer son stock d’affaires à quelques-uns de ceux qui étaient alors devenus, certains sans le savoir encore, ses ex-collègues. En ce qui nous concerne, nous avons hérité de son excédent de poivre noir. Puis, il est parti, sans que personne ne s’en aperçoive vraiment, en tous cas je ne m’en suis pas aperçu. Quelques instants plus tard, je suis revenu aux nouvelles, ne croyant pas encore ce qui venait de se passer. J’ai appris qu’après ce coup d’éclat, Michael était descendu boire une bière pour se calmer les nerfs avant de remonter et de devoir affronter une nouvelle fois et pour quelques jours encore sans doute, le regard dédaigneux de sa boss. Il n’est jamais remonté. Il a appelé un de mes collègues pour lui dire qu’il était bloqué dans le stationnement sous-terrain, sa carte ne lui permettant plus d’ouvrir la barrière automatique. Ce à quoi mon collègue lui a répondu que Mme M. lui avait demandé de désactiver sa carte (stationnement et entrée dans les bureaux), ainsi que son compte d’utilisateur et autres accès à distance sur le réseau informatique. Il était donc parti depuis une demi-heure à peine, et c’était déjà comme si il n’avait jamais existé, alors qu’il avait plusieurs années d’ancienneté dans l’entreprise.

Le même jour, nous comptions donc deux pertes parmi les employés. Jenny devait partir vendredi, et Michael était parti du bureau dans les cinq minutes qui avaient suivi sa démission. Un des collègues de notre bureau (dans lequel nous sommes quatre - les quatre "I.T. guys" comme on nous appelle) demande innocemment s’il n’y a pas normalement deux semaines de préavis dans ce genre de cas. Je m’étouffe de rire, en même temps que mon autre collègue qui lui répond "est-ce que tu as déjà vu quelqu’un prendre son préavis dans cette compagnie??" C’est vrai, normalement, les employés qui se font licencier ont droit à 2 semaines de préavis, mais la boss préfère les voir partir de suite en leur payant ces deux semaines. Et au sujet de Michael, c’est lui qui est parti. L’usage voudrait que l’employé prévienne en avance son patron, mais dans les faits, un employé est libre de partir de lui-même dans les minutes qui suivent sa lettre de démission, comme l’a fait Michael. Quelle journée de fou !

Mais la journée n’était pas encore finie, et elle me réservait encore une surprise de taille. Tout le bureau était encore en effervescence jusqu’à la fin de l’après-midi, on disait à Jenny qu’elle était le premier maillon de la chaîne et que d’autres allaient suivre. Oui, peut-être que d’autres vont suivre, en effet.

Il était environ 15h30 quand mon cellulaire a sonné, indiquant un numéro inconnu ou en tous cas, en dehors de mon répertoire. Je décroche et tombe sur le genre de voix que l’on classe instinctivement et en quelques secondes dans la catégorie des appels "professionnels", ou encore des appels à poursuivre de préférence seul, à l’abri d’éventuelles oreilles indiscrètes. Je me lève et me dirige donc dans la cuisine. J’avais au téléphone la conseillère en recrutement d’une société informatique de Montréal, qui m’avait contacté en Mai dernier alors que nous étions en France Isa et moi. L’entrevue à ce moment là n’avait pas pu se faire par manque de temps. Mais cette fois-ci, bien qu’ayant une fin de semaine que je savais d’avance très chargée, j’étais disponible. Disons plutôt que je me suis libéré… mais dans ce genre de situations, quand on a pas le temps, on le prend. Le rendez-vous fut donc pris le lendemain (jeudi 7 septembre dernier) à midi. Je raccroche et retourne à mon bureau comme si de rien n’était, mais le fait même de s’absenter est toujours relativement louche pour les collègues de mon propre bureau. Soit… c’est comme ça ! Je retourne voir Jenny pour lui annoncer la nouvelle, en l’écrivant sur un bout de papier, discrétion oblige… mais je ne pouvais pas ne pas lui dire, à elle, surtout un jour comme ce mercredi là, si "bizarre" ! Elle était elle aussi très contente pour moi, et je la tiendrai au courant dès que j’aurai du nouveau, la semaine prochaine si tout va bien.

Bref, une journée franchement étrange que ce mercredi 6 septembre. Peut-être était-ce un effet de la pleine lune, prévue dans le calendrier lunaire pour le 7 septembre ? En tous cas, ce fut beaucoup d’émotions et de stress en peu de temps. Je vous tiendrai au courant pour la suite des évènements, bien entendu ! Dommage que je n’aie pas pu raconter ces évènements avant, par manque de temps. Mais je tenais néanmoins à le faire, et c’est fait !

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