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Un pataquès pour une plotte à terre

Christophe | 12 février 2009 | 16:58

Je ne sais pas trop quel est son problème à lui, toujours est-il que le chroniqueur et blogueur à Cyberpresse Stéphane Laporte a pris en grippe les Français, depuis que le député et président de l’association France-Québec Pierre Lasbordes a commis l’”irréparable”. En accueillant le premier ministre québécois Jean Charest, Pierre Lasbordes l’a abordé (ah ah!) en lui disant “J’espère que vous n’avez pas la plotte à terre“.

pierre-lasbordesL’expression “avoir la plotte à terre“, que je n’avais d’ailleurs jamais entendue en 5 ans, provient grosso modo du joual québécois et signifie être très fatigué. Le député Lasbordes a simplement été mal conseillé par son attachée parlementaire qui d’ailleurs ne sait plus où se mettre. L’expression n’était certes pas la plus appropriée, mais elle était bien intentionnée avant tout. Il en faut peu de nos jours pour frôler l’incident diplomatique.

Simple anecdote parmi d’autres, preuve de l’existence d’un choc culturel que certains refusent de voir entre le Québec et la France. Mais surtout, scandale au Québec que dis-je, véritable pataquès, alors que l’affaire est une fois de plus passée totalement inaperçue en France. Oh bah tiens ! Ça ne vous rappellerait pas par hasard un de mes récents billets, qui parlait du complexe d’infériorité injustifié des Québécois face aux Français, et disait que le Québec était pendu aux lèvres de la France ? En voici encore une belle démonstration… fin de la parenthèse.

Plutôt que d’analyser l’affaire sous l’angle du choc culturel, c’était tellement plus facile de sombrer dans le “français-bashing”.

Morceaux choisis.

Français, Françaises, lisez ceci. Sérieusement. Je sais que ce n’est pas facile pour vous de prendre un Québécois au sérieux. Les Québécois vous font rire. Vous nous trouvez marrants avec notre accent. Et nos expressions truculentes. On est des Ch’tis version extrême. Des Och’tis!

Quand Barack Obama ira visiter votre Sénat, un député le recevra-t-il en utilisant une expression typiquement américaine: «What the fuck, Mister President?» Sûrement pas. Alors pourquoi avoir demandé à Charest s’il avait la plotte à terre? Vous qui vous drapez dans le décorum et les formules de politesse, vous qui êtes si distingués habituellement, pourquoi en présence d’un Québécois, fût-il même le premier ministre, vous relâchez-vous comme si vous aviez déjà gardé des cochons ensemble?

Le député Lasbordes a expliqué sa familiarité en disant que c’est un ami québécois qui lui a suggéré d’aborder notre PM ainsi. Que ça mettrait l’indigène à l’aise. N’importe quoi. Si un ami français d’André Arthur lui propose de saluer le président français, à sa prochaine visite à la Chambre des communes, en lui lançant: «Comment va le connard à Carla?», Arthur risque d’avoir assez de discernement pour juger que ce n’est pas une bonne idée. Alors comment se fait-il que des êtres aussi cultivés et éloquents que vous se permettent de tels impairs?

Vous avez beau être éduqués et couverts de diplômes, ne parle pas québécois qui veut. Cessez d’être guidés par votre condescendance à notre égard. Vous n’êtes plus la mère patrie. Vous êtes la mère partie. L’enfant s’est débrouillé tout seul. Et cela a donné ce que cela a donné. Sarkozy n’a pas à savonner les souverainistes québécois, pas plus que de Gaulle n’avait à les encenser. Nous ne sommes plus la Nouvelle-France. Nous sommes le Québec ou le Canada ou l’Amérique. On ne le sait pas trop, mais c’est de nos affaires. Daniel Johnson père ne disait pas au Général quoi faire avec l’Algérie. Jean Charest ne dit pas à Sarkozy quoi faire avec les sans-papiers. Nos bébelles, ce sont nos bébelles. Votre truc, c’est votre truc. Respect, les mecs!

De toute façon, au rythme où vont les choses, un jour ou l’autre, c’est certain, on va le gagner, votre respect. Vous ne vous moquerez plus de notre accent. Vous ne détournerez plus nos expressions pour faire rire la galerie. Vous nous comprendrez enfin. Vous nous traiterez avec tous les égards. Et ce jour est pour bientôt. C’est le jour où tous les Québécois parleront anglais. A few days after, it will be your turn.

M. Laporte, à mes yeux, votre chronique est aussi déplacée et insultante que ne l’a été cette bourde linguistique du député Lasbordes à vos yeux. Blâmer les Français du monde entier pour un simple écart de langage d’un député sur les conseils (certes peu avisés) d’une attachée parlementaire, c’est un peu fort de café. Faire preuve d’autant d’agressivité pour une simple expression Rimouskoise mal placée, qui n’avait nullement l’intention de prendre de haut le premier ministre Jean Charest (et tous les Québécois par association), c’était ordinaire à souhait. Vous avez sans-doute dégainé trop vite, sous le coup de l’émotion. J’ose le croire en tous cas.

Votre spontanéité vous a toutefois fait oublier une chose : votre chronique, “veut, veut pas“, s’adresse aussi aux Français installés au Québec. Et en ce sens, elle est particulièrement insultante merci. Les Français qui ont choisi de vivre au Québec, à Montréal ou ailleurs, ne prennent pas les Québécois de haut. Ceux qui le font sont des “maudits Français“, et les Français du Québec savent très bien les reconnaître et les pourfendre.

Enfin, si vous connaissiez davantage la France et les Français, si vous aviez conscience du profond décalage culturel qui existe entre les nations québécoise et française, vous n’auriez jamais pu écrire une telle chronique. Le “chanteur tabernacle” de Libé était une marque d’affection. “Les paysans avec des cartes de crédit” de Gilles Martin-Chauffier au micro de Christiane Charette, que vous n’évoquez pas à mon grand étonnement, était simplement l’expression d’un cliché qui a la vie dure, et n’avait aucunement pour intention de vexer la sensibilité des Québecois.

Saviez-vous qu’il y a certainement des Québécois, des Mexicains et des Américains qui croient sincèrement que les Français ne se lavent pas ? Ceux-là sont irrécupérables. Mais par pitié, épargnez les autres.

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français au québec, français de l'étranger, pierre lasbordes, plotte à terre, stéphane laporte
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Polytechnique

Christophe | 9 février 2009 | 22:33

Rarement un film ne m’aura autant touché que “Polytechnique”, de Denis Villeneuve. J’ai vu le film hier soir, j’y ai pensé toute la journée, j’ai écouté en boucle la bande son qu’on entend dans la bande annonce (Everloving de Moby), et ce soir, j’y pense encore.

Je n’ai pourtant pas vécu les évènements du 6 décembre 1989. J’avais 10 ans, j’étais en France. Mais depuis hier soir, j’ai l’impression de me remémorer une tragédie que j’ai pas vécue.

Ce jour là, le 6 décembre 1989 vers 17 heures, un déséquilibré entre à l’École Polytechnique avec un fusil semi-automatique. Il pénètre dans une salle de cours, sépare les étudiantes des étudiants, puis fait sortir ces derniers. Il crie alors aux étudiantes qu’il hait les féministes, et les abat toutes, froidement. Il sème ensuite la terreur un peu partout dans l’école, ne tirant que sur des femmes. Il entre enfin dans une dernière salle de cours, abat encore quelques étudiantes, et se tire une balle dans la tête.

Quatorze jeunes femmes furent tuées, une vingtaine d’autres blessées.

Les deux premières minutes du film mettent très rapidement le spectateur dans l’ambiance. Puis on suit tour à tour le point de vue du tueur (Maxim Gaudette), d’un étudiant (Sébastien Huberdeau), et de la seule survivante de la première salle de classe (l’unique Karine Vanasse). On revit alors à chaque fois les évènements sous un angle différent.

77 minutes plus tard, les noms des 14 victimes apparaissent à l’écran, pour laisser place au générique de fin. Personne, personne ne fait le moindre mouvement dans la salle. Le cinéma (Quartier-Latin) a d’ailleurs pour une fois respecté le générique, en se retenant pour quelques secondes encore d’allumer les lumières. Les spectateurs sont sortis de la salle dans un silence religieux.

Dans les heures qui ont suivi, quand j’ai eu fini d’ingurgiter ce que je venais de voir, j’ai réellement compris l’ampleur de la tragédie, et en quoi ce 6 décembre 1989 avait profondément marqué et bouleversé la société québécoise.

http://www.montrealamoi.com/files/090208-ba-polytechnique.flv

Je ne suis que très rarement envahi par un film que j’ai vu la veille. Souvent, je vais penser et réfléchir au film que je viens de voir jusqu’au moment de dormir, sauf si le film est totalement insignifiant. Mais dans le cas de Polytechnique, il me faudra peut-être encore une journée ou deux pour m’en défaire totalement, quand j’aurais emmagasiné sur le web assez d’informations sur le sujet pour les trier et les ranger dans un coin de ma tête. En attendant, j’y pense encore, en dévorant entre autres les archives de Radio-Canada.

Sans aucun doute, le souvenir encore chaud de la fusillade au collège Dawson, le 13 septembre 2006, n’est pas étranger à ce sentiment. Le peu que j’avais vécu ce jour là m’est complètement revenu en tête en sortant de la salle, dans toute son intensité. Et pourtant, j’ai simplement assisté à un mouvement de panique dans le centre commercial en face du collège Dawson, aucun de mes proches n’a été en danger, et ma vie n’a probablement jamais été menacée. C’est dire.

Polytechnique est un film à voir. Polytechnique est un film pas facile à voir.

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6 décembre 1989, denis villeneuve, école polytechnique, karine vanasse, maxim gaudette, polytechnique, sébastien huberdeau
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Le Québec doit prendre son indépendance…

Christophe | 7 février 2009 | 01:11

… par rapport à la France.

[Ne vous méprenez pas. Ce billet ne fait pas l'apologie de l'indépendance du Québec, ni ne représente un coming-out souverainiste de son auteur.

Ce billet part d'un commentaire laissé sur le blog de Mat, que j'ai cru bon de partager.

Mat, un québécois vivant en France depuis plusieurs années, a été un peu secoué par les propos de Nicolas Sarkozy sur le mouvement souverainiste et les indépendantistes eux-mêmes, lors de la visite du premier ministre québécois Jean Charest (si si, je vous jure, il a passé quelques jours en France, il a même été décoré de la légion d'honneur). Ma réponse à son billet m'a entrainé dans une réflexion "on the fly" que je vous livre ici-même, agrémenté de quelques ajouts et précisions. Pour plus de détails sur le contexte, je vous réfère à cet article.]

Nicolas Sarkozy reçoit Jean Charest

Il faut reconnaitre une chose : Sarkozy a donné son opinion parce qu’on le lui a demandé, point à la ligne.

Les Québécois connaissaient déjà l’opinion du président français sur la question de la souveraineté puisqu’il l’avait exprimée en mai 2008 je crois pour les festivités du 400è de Québec. À ce moment là déjà, les médias québécois s’étaient offusqués… qu’en est-il du fameux “ni-ni“, etc. Jean Charest passe quelques jours en France, les Français d’ailleurs s’en foutent (pour preuve il faut véritablement faire des recherches sur les sites des quotidiens français, et je doute fort que le sujet ait été abordé aux JT de TF1 et France 2), et voila l’occasion rêvée pour qu’on pose à nouveau à Sarkozy la fameuse question sur le ni-ni. Sarkozy a du se demander si les Québécois n’étaient pas un peu durs d’oreille, et il a donc réaffirmé sa position avec plus de fermeté, logique.

Il a parlé de “sectarisme”, je l’ai moi-même trouvé dur, mais il n’a pas traité les Québécois indépendantistes d’imbéciles pour autant. Cette interprétation, les souverainistes l’ont créée de toute pièce parce qu’ils n’acceptent pas ce changement de cap de la part de la France, qui les avait justement toujours habitués au ni-ni. Sarkozy a une vision différente, c’est comme ça, il faudra bien que les souverainistes s’en accomodent !

Le problème, vu de Montréal en particulier (sans doute beaucoup moins des régions), est que le Québec semble pendu aux lèvres du président français. C’est comme ça depuis De Gaulle. Mercredi matin, Christiane Charette recevait Alain Duhamel, pour parler de qui ? De Sarkozy ! À votre avis, en bien ou en mal ? Je ne vous suggérerai pas la réponse. Ce matin, au tour d’Alain Génestar, évincé de Paris-Match par Lagardère, de basher du Sarko. Il n’est pas nécessaire qu’il y ait une campagne présidentielle en France ou que le premier ministre du Québec soit en déplacement en France pour cela; à l’émission de Christiane Charette, c’est symptomatique : toutes les semaines, il faut que le nom de Sarkozy soit prononcé et associé aux travers les plus abjects, et toutes les semaines, il faut qu’on parle de l’actualité française en particulier, sauf quand il ne se passe vraiment rien, ou plutôt rien qui n’aille dans le sens des opinions politiques de Nathalie Pétrowski ou autres Josée Legault. Bon, il y a sans doute trop de bobos Français dans la tour de la SRC, mais c’est un autre problème… Bref, à trop écouter le 95.1FM à Montréal ou a trop regarder Tout le monde en parle, on en arrive à se demander pourquoi le Québec s’intéresse tant à la France, le pays qui l’a lâchement laissé aux mains des Anglais il y a 250 ans. Il y a pourtant toujours un Québécois pour le rappeler subtilement à un Français qui n’y peut pourtant absolument rien.

Ce schéma habituel, que je constate depuis des mois, m’a amené à la réflexion suivante : il est grand temps que le Québec s’assume comme il est. Il est grand temps aussi que les Québécois se défassent de ce satané sentiment d’infériorité qu’ils ressentent face au monde qui les entoure, et pas seulement face à la France. Ce sentiment s’exprime par exemple par les réactions démesurées du Bloc Québécois (parti “indépendantiste” fédéral) et du Parti Québécois (parti “indépendantiste” au provincial) face aux propos du président français. Il m’est arrivé également à maintes reprises de constater ce sentiment parmi certains de mes interlocuteurs, que ce soit lors de discussions verbales, par courriel ou sur des blogs. Mais la plus parfaite expression de ce sentiment, il suffit d’aller la chercher dans l’actualité : la controverse qui entoure la commémoration de la bataille des Plaines d’Abraham il y a 250 ans, qui aura lieu l’été prochain, montre d’une certaine manière que le Québec d’aujourd’hui ne s’est toujours pas remis de sa défaite face aux Britanniques menés par Wofle en 1759. S’agit-il d’un des rares peuples au monde qui “fête sa défaite”, ou s’agit-il d’un simple devoir de mémoire pour au contraire ne pas oublier qui nous sommes ? Est-ce qu’il faut aller chercher les origines de ce complexe dans la défaite de Montcalm en 1759 ? Dans tous les cas, le fait est qu’il y a controverse, encore aujourd’hui.

L’indépendance. L’indépendance est peut-être la solution pour que le Québec s’affirme enfin, ou peut-être pas, à vrai dire je ne sais plus quoi penser du mouvement souverainiste, d’autant plus que si tout va bien, je serai Canadien d’ici quelques mois. Mais si un jour le Québec est indépendant, il le sera, avec ou sans l’avis ni l’aval du président français. Diplomatiquement, il est clair que ce serait préférable, mais on s’entend que la souveraineté du Québec se réglera d’abord et avant tout au Québec. Si ce jour devait arriver (on s’entend que ce n’est pas demain), je ne vois pas pourquoi Sarkozy ou son successeur refuserait de reconnaître l’indépendance du Québec.

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