Contrat Première Embauche - Acte III
Christophe | 4 avril 2006 | 00:44:44Un billet un peu spécial : plutôt que d’écrire un pavé de trois kilomètres en réponse à un commentaire que nous avons reçu concernant le CPE (encore lui??), j’ai préféré partager ce même pavé avec tout le monde. Ne vous étonnez donc pas si j’emploie le “tu” ; je réponds à une certaine Claire, une amie de longue date. Merci Claire pour ton commentaire qui a encore déchaîné chez moi des passions littéraires pro-CPE. Il en faut un peu aussi ces temps-ci non ? ;)
Voici donc ma réponse, que j’ai aussi essayé de rendre accessible à tout le monde sans avoir nécessairement lu le commentaire en question.
Manifestement, notre point de vue sur la France a changé. Pour nous, vue d’ici, la France dérive, la France déraille, la France est sur le déclin… et seuls quelques-uns s’en rendent vraiment compte et essayent de faire bouger les choses, les mentalités, la société dans son ensemble. Le résultat n’est qu’un triste et perpétuel échec. Je vais tenter de m’expliquer.
Quand tu parles de surmédiatisation des manifestations contre le CPE, il faudrait même parler de surmédiatisation tout court. C’est un côté qui me manque de la France d’ailleurs, c’est assez paradoxal en fin de compte, je le sais ! Soit. Je veux dire par là que, par exemple, les journalistes et les politiques eux-mêmes sont capables de tergiverser pendant cinq minutes sur une phrase ou un mot de trop d’untel ou d’untel. Exemple récent : le lapsus de Dominique de Villepin à l’Assemblée Nationale ! Une joie facile pour la gauche, un pur bonheur pour les journalistes lors du JT du soir. J’imagine que les Guignols de Canal ne se sont pas privés non plus, c’est aussi leur rôle. Donc, quand des manifestations secouent tout le pays, c’est évident qu’on peut parler de surmédiatisation aussi. Mais celà dit, rien de bien surprenant : on parle sans cesse de politique en France, tous les prétextes sont bons. Je le reconnais, c’est passionant, et moi-même j’adore ça, la preuve, je regarde de temps en temps en différé les émissions politiques de France 2 ! Mais il faut savoir que c’est une spécialité bien française. La surmédiatisation politique est un fait français, j’en suis convaincu !
De notre côté, notre perception des manifestations à la française a changé aussi. Nous avons vécu de loin les émeutes de Novembre, et nous nous demandions comment et quand elles allaient se terminer. Nous avons vu les mêmes images que vous dans les JT du soir, nous étions sans voix devant ces scènes de voitures qui brûlent ou de camions de pompiers caillassés. Ensuite, quelques mois plus tard, nous revoyons à la télévision des images toutes aussi choquantes de voitures qui brûlent encore une fois, par la faute de “casseurs” qui s’étaient incrustés aux manifestations anti-CPE. Mais ce qui m’a choqué moi, c’est la violence. Cette violence que je trouvais sans doute normale quand j’habitais encore en France, mais qui maintenant me choque et m’émeut vraiment depuis que je vis ici. Est-ce que la société française a tant changé que ça en l’espace de deux ans, depuis que nous sommes partis ? Je ne crois pas. Je crois au contraire que c’est moi qui ai changé et qui la perçoit différemment. Voilà pourquoi tu as cru bon de bien descerner les émeutes des banlieues en 2005 et les manifestations en ce moment, mais tout ce que je voulais dire moi, c’est que cet excès de violence me retournait.
Autre chose, la phrase qui t’a apparemment fait le plus frémir dans mon premier billet sur le CPE, j’y tiens justement, et la voici : “Faire travailler les français, leur faire comprendre que pour gagner sa vie et mériter ses congés il faut aussi savoir s’en donner la peine, est une lourde tâche que le gouvernement actuel a pour mission.” Moi aussi je grossissais les traits mais… le fond de ma pensée était là. Vue d’ici, vue des Etats-Unis surtout (et évidemment), la crise que traverse la France en ce moment est risible, voire ridicule. Il faut entendre les éditorialistes de Radio-Canada, regarder le “Tout le monde en parle” de Guy A. Lepage, lire Pierre Foglia dans La Presse pour en prendre la mesure. Tous constatent les mouvements sociaux anti-CPE en France avec de la compassion certes car malgré tout ils nous aiment bien, mais quand ils se lâchent, on s’en prend pour son grade… et pas à peu près. Le pire, c’est que c’est justifié ! Au début, c’est vrai ça fait mal, on ne comprend pas et on prend ces critiques et ces moqueries pour de la méchanceté gratuite voire du rascisme anti-français. Les Français sont fainéants, les Français passent leurs RTT dans les rues à essayer d’obtenir encore plus de RTT, etc, ça va bien cinq minutes… Puis avec le temps, on se met à rire de nos propres travers dépeints par les Québécois. Non que je sois maintenant “vacciné” : au contraire, je vois de plus en plus les évènements avec leurs yeux. Il faut sans doute vivre hors de France pour approcher cette perception plus docilement, et rester debout quand on l’entend.
Pour moi, le CPE, c’est dans un certain sens un peu la grande incompréhension. De nouveaux textes qui vont favoriser l’embauche par les employeurs français frileux (et pour cause) sont votés, et les jeunes se retrouvent dans la rue en manifestant contre leur précarisation. Mais la précarisation des jeunes était déjà là, bien avant son soi-disant plus grand porte-parole qu’est devenu le CPE : toi aussi, comme nous, tu as du passer par moult stages sous payés voire carrément non payés pour en arriver à trouver un emploi. Un CDD ? Ou fait-tu partie des rares élu(e)s qui ont décroché un CDI tout de suite ? Avant le CPE, il y avait déjà des Bac+5 caissières et caissiers à temps plein chez Carrefour. Le CPE permet en partie de régler certains problèmes de précarité des jeunes, alors pourquoi les étudiants et les lycéens sortent gueuler dans la rue et paralysent les universités et les lycées ??? Pourquoi aussi n’entend-on QUE la voix des anti-CPE, alors que beaucoup de pro-CPE aimeraient s’exprimer eux aussi ? Autre chose encore: Chirac, même s’il a eu cette idée folle de promulguer la loi en disant dans la même phrase aux entrepreneurs français de ne pas l’appliquer, a quand-même écouté la rue : de deux ans on passe à un an de période probatoire, et un motif sera obligatoire en cas de licenciement (heureusement d’ailleurs, cette dernière mesure était un parfait non sens… même en Amérique du Nord on est toujours en droit de connaitre la raison de son licenciement !). Bref ces deux modifications étaient exigées par la gauche et une bonne majorité des mouvements et organisations anti-CPE alors que les autres réclamaient son retrait pur et simple. Ils ont été entendus et ont obtenu ce qu’ils voulaient. Peux-tu alors m’expliquer pourquoi une énorme majorité des anti-CPE ont vu la une “provocation” de la part de Chirac, suite à son discours à la nation de vendredi dernier, suivi par 20 millions de français par ailleurs ?? La manifestation de demain promet d’après certains d’être encore plus “monstre” que les précédentes… pourquoi, pourquoi, pourquoi… alors que les deux mesures les plus controversées vont être retirées du nouveau texte de loi… je ne comprends pas. je ne comprends plus.
Les Français, veux-tu que je te dise, sont très bizarres. Ils se reposent sans cesse sur la République et l’État, ceux-ci motivent et guident quasiment toutes leurs actions. Mais en même temps, ils sont en permanence contre ces institutions sur lesquelles ils se reposent et desquelles ils sont en fin de compte complètement dépendants. C’est le paradoxe français.
Bon tu me parles ensuite de ta banque qui vient de te refuser un prêt parce que tu es en CNE. C’est nul évidemment ! C’est même lamentable et attristant d’entendre ça. Mais est-ce directement la faute de De Villepin ? Non ! Est-ce que le CNE est un “contrat précaire” en soi, ou l’est-il subitement devenu depuis la surmédiatisation des manifestations dont je parlais plus haut ? Il y a de quoi se poser la question ! Pourquoi encore les sondages du mois de Janvier 2006 donnaient des résultats positifs à l’égard du CPE parmi les jeunes sondés ?
De Villepin a essayé lui aussi de changer les mentalités, reste à changer maintenant celle des institutions bancaires, des administrations, des syndicats dont le mot préféré contient uniquement trois lettres et se lit comme suit : “NON”… Cela ne se fera pas en 2 ans ni le temps d’un mandat présidentiel… sans compter l’alternance droite-gauche qui monte, démonte, reconstruit, détruit à nouveau… et qui fait que la société française s’immobilise inéxorablement. Les premiers ministres français doivent maintenant se sacrifier, mettre au placard leurs ambitions présidentielles s’ils veulent changer les choses. C’est ce que Dominique de Villepin a fait, même si Chirac a essayé de sauver sa peau en le dépossédant du dossier du CPE… il n’en reste pas moins que Sarkozy, le ministre de l’Intérieur faut-il le rappeler, a maintenant pris incidieusement la place et les fonctions de De Villepin, quelle claque !!! En tous cas…
Voila donc en vrac les questions que je me pose sur la France et les français tels que je les vois maintenant. De loin peut-être… mais je les ai connus assez longtemps pour comprendre comment ils fonctionnent.
Allez j’arrête, je vais me coucher, je n’en peux plus ! Rendez-vous demain pour parler de la manifestation du 4 Avril, on verra bien si la mobilisation sera vraiment au rendez-vous.

















Hier j’étais un peu énervée… mais je vois bien que tu as compris le sens de mon commentaire. Je vais dire la vérité : je ne sais pas si je suis vraiment contre ou pour le CPE. Ce qui me dérange le plus dans ces manifestations c’est qu’au niveau des lycéens on utilise plus le côté “intellectuel” du débat que le côté pratique. Mais il n’y a pas que des lycéens dans les cortèges. Aujourd’hui bcp d’actifs vont manifester.
Quand à la surmédiatisation…. le problème est que ça pourri tout et qu’on nous abreuve de soi-disantes informations plus que floues. Ici pour se faire une idée il faut chercher, fureter, aller voir ce que disent les autres. Je serais presque pour un abonnement obligatoire à Courrier International, tiens. J’ai pas le temps d’en dire plus long… yen a qui bossent !!!
Bisous bisous
Bonjour,
vu d’ici… (enfin de là-bas)
Face aux mouvements actuels, j’ai ressenti plusieurs choses :
de la colère face aux manipulations de la première heure, au tout début, les syndicats étudiants faisant “monter la sauce”, puisque personne n’aurait pu mobiliser les salariés pour cette cause… Les votes plus que “limites” dans les AG où les professeurs votent aussi (pour le blocus bien sûr), les étudiants d’autres facs qui viennent pour stimuler les facs un peu molles sur le sujet et qui votent aussi bien sûr, etc…
de la tristesse et de la consternation face aux revendications de jeunes qui pensent comme des vieux, qui rêvent d’être fonctionnaires, face aux slogans éculés issus tout droit d’un copier/coller vieux de 20 ans, les mots employés, comme un mimétisme absolu de langue de bois employée elle aussi depuis plus de 20 ans, patrons, travailleurs, libéralisme, capital, profit, avec un nouveau à ajouter au catalogue : précarité… En 68, il y avait entre autre un mot d’ordre, “l’imagination”. Il en est sorti bien des propos stériles, des palabres inutiles, mais au milieu de tout çà, il y avait un vrai sentiment de libération, l’époque en avait besoin et elle s’y prêtait ; une vraie ferveur, une envie de casser les barrières qui enserraient la société et, détail qui a son importance… les jeunes n’avaient pas droit de parole, majorité à 21 ans, aucune représentativité. D’ailleurs l’adolescent n’existait pas. On était “enfant” puis on passait par une période un peu floue et on accédait à “adulte” en passant éventuellement par la case service militaire et en passant son permis de conduire… C’était un autre temps… Maintenant, les ados ont leurs radios, leurs chaînes de télé, leurs journaux, leurs fringues, etc, et c’est très bien. Mais aujourd’hui, où sont l’invention, la créativité, l’envie, l’enthousiasme, l’innovation, l’imagination ? L’époque est pesante alors on se renferme dans sa coquille, on ferme les écoutilles… D’autres expriment çà à travers la xénophobie et votent Le Pen… Ceux qu’on entend aujourd’hui sont plus soft, ils habillent tout çà (et ils y croient) sous une vertueuse générosité : “solidarité”, “on s’occupe de votre avenir”… Mais le socle fondamental est le même, la peur…
j’ai ressenti de la colère encore envers les syndicats qui ont embrayé (d’habitude ils “débrayent”) la marche, trop heureux de se refaire une santé. Puis envers les partis de gauche qui ont pris la voiture balai, dans une unanimité sans faille, pas une voix discordante, à part celles des meilleurs (donc qui ne sont plus dans la course, d’ailleurs), genre Rocard ou Kouchner… Trop contents de se faire une santé là aussi, 2007 en ligne de mire, mais pour faire quoi ?
de la rage à voir la difficulté à exprimer une vue différente sans être pris pour un militant UMP, sans qu’on vous pense “à droite”
de la consternation face aux manoeuvres du pouvoir, De Villepin, puis Sarkozy, l’UMP, mais De Villepin quand même, mais pas vraiment, enfin on ne sait pas trop…
puis la lassitude vient, qu’on en finisse… Qu’on le retire ce truc qu’ils aient ce qu’ils veulent, c’est-à-dire rien, de même qu’ ils ont gagné “rien” au référendum sur l’Europe… Rappelez vous les beaux discours, le front européen du non, l’élan du refus qui va gagner l’Europe, la renégociation, le plan B, “on va renégocier”… Qu’en est-il de tout çà aujourd’hui ?? Rien, absolument rien, l’Europe continue comme elle était avant, avec des règles qui ne conviennent à personne, elle est juste un peu plus désunie aujourd’hui et la France qui se targuait d’en être le moteur, fait maintenant profil bas… Mais “on” s’en fout, “on” a gagné ! Gagné quoi, personne ne sait vraiment ou tout le monde a oublié… C’est bien ce qui risque encore de se passer dans les semaines qui viennent…
merci zoumzoum beau commentaire… je ressens la même chose… c’est désolant
Bonjour,
Je viens de temps en temps sur le site pour voir ce qui se passe et comment les choses sont ressenties ailleurs !
Mais je ne comprends pas. Ca fait plusieurs fois que je lis que maintenant que vous êtes hors de France, vous avez une vision différente de ce qui s’y passe.
Justement pour avoir vécu en France, pour connaître des gens qui y vivent, pour être Français : vous ne pouvez pas faire le raccourci utilisé par les médias ! Vous ne pouvez pas dire que les Français sont fainéants, que les Français refusent le changement. Vous êtes la preuve, vous les immigrés, que les français sont courageux, qu’ils osent partir à l’aventure, qu’ils osent des choses !!
Hier ils étaient 3 millions dans la rue (prenons leur chiffre pour leur donner un avantage ! Je ne peux pas confirmer, je n’y étais pas, j’étais en ag avec quelques centaines de personnes pour trouver une solution et sortir de l’impasse au niveau de la fac). Mais, s’il vous plait, depuis quand 3 millions de personnes représentent la France! Depuis 2 mois maintenant, le CPE est un problème, un énorme problème ! C’est un problème pour les étudiants des fac bloquées (enfin ceux qui veulent travailler) et un problème pour le gouvernement. Mais c’est surtout une magnifique opportunité pour la gauche de redorer son image (avant le choix de son candidat, ouille !), une magnifique opportunité pour les syndicats de venir faire de la propagande et du recrutement dans les rangs des étudiants, lycéens peut-être même collégiens pour augmenter le taux de syndicalisation futur et accroître leur pouvoir face aux patrons, une magnifique opportunité pour les étudiants, lycéens, collégiens de sécher les cours et d’espérer avoir en juin un diplôme sans avoir rien foutu ( ils s’en foutent si celui-ci ne vaut rien ; enfin ils ne sont pas encore à ce stade de réflexion !!).
Donc voilà qui est dans la rue, la gauche, les syndicats, quelques étudiants et pas mal de lycéens, collégiens ; mais j’ai l’espoir que ce n’est pas la France ! Ce n’est qu’une partie de celle-ci ! Quand vous dites que les Etats-Unis, la GB et tous les autres se foutent de notre gueule. On le sait très bien ! Et malheureusement, il n’est pas nécessaire d’aller si loin pour qu’on se foute de nous. Il suffit de se renseigner pour les dossiers de master lorsqu’on est étudiant. On voit les délais de dépôts qui approchent donc on appelle les facs non bloquées, les écoles, les instituts pour savoir comment ça va se passer pour nous qui venons d’une fac gréviste. Et la réponse est simple, on vous rit au nez, on se fout de votre gueule et désolé pour vous, ce n’est pas de leur faute si vous êtes dans une fac bloquée ! Ils se trouvent en France et ne comprennent pas non plus ce qui se passe à quelques mètres et ils trouvent ça risible également !
Et puis on essaie de trouver des moyens, des ruses, des arguments pour gagner la prochaine AG et pouvoir retourner en cours…et tous les lundis depuis plus d’un mois on perd ! Il y a 2 jours, on a perdu à 33 voix d’écarts, moins de 2 points, les bloqueurs n’avaient même pas atteint 50%… et puis on est fatigué de se battre face à ceux qui souhaitent prolonger leurs vacances, ceux qui fac bloquée ou non ne viennent jamais en cours donc autant qu’elle soit bloquée, ceux qui ont déjà baissé les bras et n’ont plus le courage de venir à 10h entendre des débats de sourds pour pouvoir voter à 14h, ceux qui ont l’impression de refaire mai 68, ceux qui le temps de prendre la parole se prennent pour des stars et y ont pris goût….mais on continue de se battre parce qu’on sait que la France ce n’est pas 3 millions de personnes !
Il ne faut pas penser que tous les Français sont dans la rue, que tous les français sont contre le CPE, que tous les Français refusent les règles de la démocratie car ce n’est pas le cas ! Il ne s’agit que d’une minorité qui se sent plus forte car on la considère comme la France, comme représentative de tous les Français !
Je sais qu’en France il y a des fainéants, certainement plus que dans les autres pays car grâce à leurs acquis sociaux, leurs emplois de fonctionnaires, les principes du droit du travail français, etc., il est plus facile d’être fainéant en France qu’ailleurs ! Mais les Français ne sont pas fainéants, ce sont des Français qui le sont !
Quand vous dites que votre vision a changé, c’est parce que vous considérez que ce qui se trouve dans les médias est ce qui se passe en France. C’est vrai pour une partie mais il y a une partie que vous ne voyez pas. Si vous étiez encore en France, peut-être que la plupart de votre entourage serait pro-CPE et vous n’auriez donc pas la même vision des choses. En effet les personnes pour le CPE ou celles qui considèrent que la loi est promulguée (c’est la démocratie même si ils ne sont pas particulièrement pour cette loi) ; tous ces gens, on ne les voit pas dans la rue à manifester car ils n’ont rien à réclamer ! Mais je vous rassure il y en a plein, ils existent et ils pensent comme vous : beaucoup de français sont fainéants, le CPE est peut être une solution, etc. !
Si je n’étais pas à la fac, la crise du CPE passerait sans doute à des milliers de kilomètres de moi car les gens qui m’entourent ne font pas manifester, quand je me rends à mon job le samedi, certains ne sont même pas au courant car ils ne regardent pas les infos. Mais malheureusement je suis à la fac, et ce que je vois est aussi, voire plus violent que les manifs, c’est la dictature de certaines personnes qui interdisent l’accès aux cours depuis 7 voire 8 semaines dans certaines facs au nom de l’égalité, qui fixent leurs règles d’une AG à l’autre (lorsqu’ils perdent, ils se rajoutent les votes nuls et blancs pour gagner- cas de Lille I lundi dernier)! De tout ça, on ne parle que très peu dans les médias mais ça fait peur et ça dégoûte ! Mais je pense que là ce n’est pas un caractère des français mais une caractéristique de l’homme : une fois qu’on a goûté au pouvoir, à la gloire… !
Merci de m’avoir permis de me défouler sur ces Français qui vont c**** ! Mais gardons à l’esprit que ce ne sont pas tous les Français !
Je suis complètement d’accord, c’est un beau témoignage… et c’est aussi pour cette raison que nous affirmons haut et fort que nous sommes pour le CPE!
Nous avons eu beaucoup de vives réactions au premier post sur ce sujet et c’est la raison pour laquelle tu lis cet acte III qui semble plus généraliste.
Si le sujet t’intéresse tu peux lire les sujets suivants:
Le CPE vu du Québec
Le Contrat Première Embauche - Acte II
J’aimerai tellement que les mouvements PRO-CPE aient le droit à la même tribune que les anti-CPE!!!
Ce qui fait peur vu d’ici c’est le respect de la démocratie… mais qui dirige ce pays? 3 millions sur 70 qui sont dans la rue?
Courage pour tes dossiers et pour finir cette année d’étude, mon frère est dans la même situation que toi et cela me scandalise.
Merci en effet pour ce commentaire… on a effectivement tendance à croire quand on regarde le JT de France 2 à l’étranger que la France est peuplée d’anti-CPE seulement ! Cela dit trois millions, même un million, c’est énorme… Je préfère l’estimation officielle de un million qui me parait plus crédible ; c’est d’ailleurs ahurissant de constater une telle différence entre les chiffres de la police et les chiffres des organisations syndicales : ça en dit long je pense sur la manipulation orchestrée par ces mêmes syndicats ! Le pouvoir des syndicats en France m’exaspère et m’a toujours exaspéré…
Je voudrais revenir sur une chose : j’ai dit que notre vision avait changé depuis deux ans. Tu me dis que c’est parce que nous nous reposons uniquement sur ce qu’on voit dans le JT de France 2… mais je ne pense pas. J’aurais été dans le même état d’exaspération si je vivais les évènements actuels en France. Je pensais déjà ce que je pense avant de partir, certains traits des français m’énervaient déjà au plus haut point et m’agacent encore aujourd’hui. Non, ce qui fait que ma vision d’aujourd’hui a changé, c’est que je suis choqué, littéralement horrifié de voir toute cette violence, et cet acharnement contre une loi, envers et contre tout. La violence, les voitures en pièces détachées en plein centre-ville, tout ça à cause de manifestations qui dégénèrent, maintenant ça me choque vraiment, alors que, même si j’aurais trouvé ça désolant de même si j’habitais encore en France, je n’aurais pas été choqué outre mesure parce que c’est malheureusement le lot de chaque manifestation de plus ou moins grand ampleur et que, j’aurais sans doute trouvé ça normal : je n’y aurais vu là que les débordements habituels d’une grande manifestation. Cette fois-ci… ça m’a vraiment fait mal de me rendre compte de tout ça.
Et puis, à côté de ça, c’est cet acharnement anti-tout, anti réforme, anti changement, ce “conservatisme de gauche” comme j’ai plaisir à le nommer, qui me débecte. Cette gauche qui n’a rien tenté pour les jeunes depuis plus de 30 ans et qui réclame ni plus ni moins l’abrogation pure et simple du texte… Bref je n’irai pas plus loin, j’ai déjà pas mal développé ce point dans ce billet et certains billets précédents. Disons juste que… merde, ça fait chier de voir de loin son pays d’origine sur la pente descendante, les politiques qui veulent renverser la vapeur, et les syndicats et autres organisations étudiantes qui ont réussi à embrigader et manipuler ce beau monde pour qu’il se retrouve une fois de plus dans les rues à crier “NON !”, comme toujours. Le pire dans tout ça, c’est que je ne peux rien faire, et ce n’est certainement pas ce blogue qui changera les choses; il nous permet simplement d’échanger sur des sujets intéressants avec des gens tout aussi intéressants, et c’est déjà beaucoup !
Juste un petit point en passant sur le décompte des manifestants…
La police utilise la méthode dite “américaine” une moyenne de persones pas ligne multiplié par le nombre de lignes dans la manif… Sachant que parfaois le nombre varie entre le début et la fin de cette manifestation…
Tandis que les syndicats connaissent certains chiffres puisqu’ils organisent des déplacements (comme les “provinciaux” qui montent à Paris en bus)… même s’il est vrai qu’ils doivent sûrement un peu gonfler leurs estimations… mais de là à parler de manipulation des syndicats, quand même Tof… ;-)
Et pour en finir avec le CPE, je suis content d’enfin lire que vous êtes contre ce principe de licenciement sans motivation… Nous aurions été le seul pays au monde à tolérer ça !!!
A bientôt, au plaisir de tous vous lire…
Concernant les chiffres des syndicats et de la police, je préfère pour a part prendre la moyenne. Mais ce n’est que mon avis.
Cela fait un bout de temps que je voulais réagir sur le CPE, ici, mais à chaque fois, le temps que j’écrive quelquechose de correcte, exprimant le fond de ma pensée, un autre billet apparaissait. Alors ce soir, hop ! copier coller de ce que j’avais préparé. Tant pis si c’est hors sujet :
Aller ! Je me lance ! Trop longtemps, j’ai eu envie de répondre, sans vraiment le faire, par manque de temps. J’ai peur de ne pas en avoir suffisamment, malheureusement, mais bon…
Tout d’abord, la fameuse question : Pour ou contre le CPE ? Et bien, je répondrais par un pirouette : “ni pour, ni contre, bien au contraire”. Oui, je n’ai pas d’idée arrêtée sur ce sujet, je me dit qu’après tout, vu tout ce qui a été fait avant, les dispositifs d’aide à l’emplois qui se sont succédés, depuis plus de 15 ans, et qui n’ont rien fait de plus que diminuer artificiellement les chiffres du chômage (je grossi le trait, mais je conseille la lecture de l’article de l’expansion à ce sujet :
http://www.lexpansion.com/art/15.0.140404.0.html
je sais pas faire de liens ;) ) parce que ça fait bien en politique, autant chercher à faire autre chose de radical. Tester, voir le résultat, et le virer si ça n’améliore pas ou si ça empire la situation (un de plus ou de moins, après tout, ce n’est pas bien grave), voilà pour quoi je suis plutôt pour.
Concernant le font du CPE, je dois reconnaitre quand même qu’une période probatoire de 2 ans, ça me paraît un tantinet excessif. A-t-on vraiment besoin d’une collaboration de 2 ans pour se rendre compte si un employé est capable de bien travailler ou pas ? Je ne le pense pas, mais mon expérience dans ce domaine est très limitée, et ma conviction relève plus du bon sens que d’autre chose. Par exemple, vous, Tof et Isa, vous faut-il deux ans pour savoir si vous vous plaisez au Québec ? Vous a t il fallu deux ans pour savoir si vous étiez capable de vivre ensemble ? Vous faut-il deux ans pour savoir si le chat que vous avez adopté est bien l’animal de compagnie que vous vouliez ? Mes questions peuvent paraîtres ridicules, j’entends d’ici les “mais ça na rien à voir”, et pourtant, quand on y réfléchi deux secondes…
Bref, deux ans d’essais, DEUX ANS ! Ca parait excessif. Alors on a remplacé le mot par son équivalent juridique, il me semble : période probatoire… Mouais… N’empêche pas, ça reste de l’essai. Et essayer une personne deux ans, c’est trop. De plus, si je suis d’accord avec vous pour dire qu’un patron trouvant un employé convenable ne va pas le licencier pour le plaisir de le faire, il est évident qu’il y aura des abus, et pas de manière anecdotique. Mais n’y a-t-il pas d’abus, déjà, avec les CDD, l’intérim et autres emplois jeunes ou que sais-je ? Finalement de ce côté là, on ne peut pas faire grand chose.
C’est concernant l’autre gros point que ça me chiffonne le plus. Le fait que ce contrat magique soit réservé au moins de 26 ans. Merde alors ! Que vont devenir les plus de 26 ans ? Je veux dire, je n’ai pas toujours brillé dans mes études, certes, j’ai trainé, j’ai tourné en rond, et j’ai perdu quelques (3 en fait) années. Résultats : j’ai obtenu mon diplôme Bac+5 à l’âge de 26 ans. Et évidemment, n’ayant fait que de la fac, j’ai eu très peu d’expériences significatives. Pendant ma recherche d’emplois, j’ai rencontré un bon nombre de recruteurs qui trouvaient mon cursus intéressant, mais qui me disait qu’un stage de 4 mois, ce n’était pas suffisamment significatif ! « Merci monsieur et au revoir ! » Alors si demain, je recherche un emploi, avec le même CV et qu’un autre avec une formation équivalente le recherche aussi, si il a 24 ans, je sais d’avance ce que sera la décision du recruteur. Il y a discrimination par l’âge dans cette affaire.
Actuellement je suis en CNE. Mais je sais au fond de moi que si j’avais recherché un CDI, j’aurais eu du mal à le trouver aussi rapidement. Mon employeur actuel m’a embauché parce que d’une part, j’ai la formation requise et un peu d’expérience tout de même, et d’autre part, si je ne fais pas l’affaire, il peut se débarrasser de moi facilement. Il peut aussi se donner un peu plus de temps pour m’évaluer et me laisser m’améliorer dans les domaines que je ne maîtrise pas totalement.
Cela ne m’empêche pas d’ailleurs de songer régulièrement que je peux être remercié du jour au lendemain, mais cela découle plus de l’organisation du travail où je suis, et je ne suis pas là pour raconter ma vie. Je dirais juste à ce sujet, pour éviter un semblant de méprise me concernant (genre « quelle feignasse celui là », ou alors « il doit être incompétent »), que je suis dirigé dans mon boulot par une personne qui ne connait pas du tout ce que je fais (programmation) et ne voit que le résultat. Une montre parait toute bête avec ses aiguilles qui trottinent régulièrement autour de l’axe centrale, mais on ne songe pas toujours à la complexité du mécanisme caché derrière et lui permettant de fonctionner correctement. Quant à expliquer ce mécanisme, tout ceux qui regardent l’heure s’en contrefichent du moment qu’elle fonctionne bien. C’est un peu mon problème donc.
Bref, je referme cette parenthèse et cette digression qui n’était pas nécessaire pour en revenir à ce que je disais, à savoir le CPE/CNE. C’est vrai donc, que ça fait peur, c’est vrai que c’est douloureux de devoir accepter qu’on n’aura pas la vie, la sécurité de l’emploi de nos parents, et la réforme actuelle ne peut se faire que dans la douleur. De plus, j’ai appris en allant sur le site de legissimo.com, que : « En pratique la durée de la période d’essai [pour un CDI] est fixée à :
- Six mois pour les cadres supérieurs
- Trois mois pour les cadres
- Deux mois pour les techniciens et agents de maîtrise
- Un mois pour les employés
- Une à deux semaines pour les ouvriers »
Bordel ! Vous vous rendez compte ? Un ouvrier va passer de Deux semaines d’essais à 2 ans ! ! Vous rendez vous compte du changement ? Cette réforme n’aurait elle pas dû se passer avec un peu plus de doigté ? De psychologie ? Y avait il tant d’urgence à la faire appliquer ? A part une échéance electorale, je ne vois pas…
Et en parlant de réforme, je voulais aussi réagir sur la forme, sur la manière dont ça s’est passé. Je ne vais pas m’épancher davantage et pondre encore 50 lignes là dessus, mais juste poser une ou deux questions.
Que peut on penser d’un gouvernement qui crée, vote et promulgue des lois qu’il ne respecte pas ?
Il ne faut pas oublier que la majorité en 2004 a adopté une loi “lui faisant obligation de négociations sociales pour le cas où on voudrait modifier le Code du travail.” C’est cette même loi qui a été donc violée par De Villepin à peine 2 ans plus tard.
Ensuite, la déclaration du président de vendredi : il promulgue la loi, et demande à ne pas l’appliquer.
Lundi, c’est Jean-Louis Borloo qui a demandé “aux branches professionnelles de ne pas signer de contrat première embauche”. Or, “le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique, agissant dans l’exercice de ses fonctions, de prendre des mesures destinées à faire échec à l’exécution de la loi est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende” selon l’article 432-1 du Code pénal relatif aux abus d’autorité dirigés contre l’administration ” ! Pire ! 10 ans de prison et 150 000€ d’amende si elle est suivie d’effet ! Alors, évidement, Chirac en faisant ça a surtout voulu tenter de sauver son premier ministre et sauver sa face par la même occasion. Finalement, c’est raté. Ou alors s’attendait-il à voir les manifs baisser d’intensité et finir par s’arrêter et finalement, voir le CPE se mettre en route. Le plus dur est fait ! Il ne manque plus qu’un contrat type et le CPE vivra. Je ne sais pas s’il va tenir en fin de compte, et la situation évolue rapidement. Qui vivra verra. En tout cas, je ne trouve pas ça normal que des hommes politiques, ayant les plus hautes responsabilités au sein de notre (beau) pays, ayant fait l’ENA, se permettent de faire ce genre de chose.
Deuxième chose concernant la déclaration de Chirac de Vendredi dernier : “La loi a été votée et adoptée par le parlement” a-t-il dit. Dans ce cas, c’est quoi ce “49.3″ dont on nous a rabâché les oreilles ? Encore un mensonge, une astuce, une entourloupe.
Ce n’est donc pas tant le fond que la forme, la manière dont tout ça s’est déroulé qui entraine tant de manifestations.
Et pour en finir avec mon intervention plus longue que nécessaire, je dirais que je suis fier d’être français à l’heure actuelle. Je m’en fiche de tout ces pays qui nous regardent en se marrant, en se moquant, en qualifiant le combat mené de combat d’arrière garde face au progrès. Comme si la route était toute tracée vers la mondialisation et le libéralisme, que le modèle à suivre, c’est le modèle américano-anglais, et que d’autres solutions ne sont pas envisageables. Ces modèles ne sont pas une réussite, loin de là, et de nombreuses inégalités existent. Alors pourquoi ne pas chercher une autre solution ? Mieux encore, il n’y a pas que les travailleurs qui ne soient pas prêt à ça. Il suffit de voir l’expérience de Claire pour s’en rendre compte. Les banques, tout comme les propriétaires de biens immobiliers, auront du mal pendant un bon bout de temps à faire confiance à un CNE ou un CPE. Ce n’est pas la mentalité en amérique du nord, je le sais, d’ailleur, il me semble que le CDI n’existe pas en tant que tel, du moins au Canada.
Nous avons une réputation de gueulards ? Et bien oui ! Et alors ? Nous sommes dans une démocratie non ? « Démocratie » ne signifie-t-il pas un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ? Il ne signifie pas, en tout ca, gouvernement par un seul homme pendant 5 ans, ça c’est la république qui le dit. Et encore, « république » ne dit pas que l’homme (ou la femme) fait ce qu’il veut pendant ces 5 années. Hors, le CPE/CNE est une réforme majeure, et elle n’a jamais fait parti d’aucun programme. Là, c’est tout le système démocratique français que je mets en cause, mais il faut bien trouver un moyen de se faire entendre ! Certains attendent les élections, en France, on va dans la rue. C’est comme ça, une tradition. Est-elle mauvaise ? Non, pas sur le fond en tout cas. Et c’est même dommage que d’autres peuples « démocratiques » ne fassent pas la même chose, parfois.
Ceci dit, je ne cautionne pas les blocages des facs, les violences péri-manifs, et toutes les dégradations dans les facs. Déjà qu’elles ont du mal à s’en sortir au niveau budget, elles n’ont pas besoin de ça. Je ne cautionne pas les votes truqués des AG pour le blocage des facs où l’on voit des travailleurs et des lycéens voter, et où la majorité absolue n’est nécessaire que quand ça arrange les bloqueurs. Il y a beaucoup de mauvais dans le mouvement anti CPE, mais il y eu beaucoup de mauvais aussi depuis la naissance jusqu’à la promulgation de cette loi. Ce n’est qu’un (juste ?) retour des choses.
je vous invite à lire un autre point vue d’un blog que je vous recommande:
http://www.al1jup.com/viewPost.php?id=260 isa
Wow. Encore un sujet qui provoque de vifs échanges, j’en suis ravi !!
Je ne peux pas (trop tard - je viens de rentrer d’une soirée boulot 21h - sortie 23h30) commenter tout ce qui a été dit et en particulier ce que tu as dit Sylvain, mais je vais essayer de résumer le plus possible. (:p) A propos, la possiblité d’ajouter des liens et un peu de mise en forme dans les commentaires arrive d’ici peu, j’y travaille à mes heures !
Donc… très vite… 2 ans de probation, oui c’est très long, mais maintenant c’est passé à un an. Et en un an, un employeur a déjà le temps de savoir si tel ou tel jeune employé qui débute dans la vie active arrivera à quelque chose et sera productif dans son entreprise au final. En gros, il peut savoir si oui ou non, son jeune employé en CPE est susceptible de lui rapporter de l’argent, n’ayons (n’ayez!) pas peur des mots. Rien de bien choquant la dedans… un chef entrepreneur doit faire fonctionner sa boite et engranger des rentrées d’argent… logique. Mais surtout, une bonne fois pour toutes, cassons les idées préconçues à deux cennes : l’employeur ne va sûrement pas s’amuser à licencier son employé au bout de 364 jours pour en prendre un autre, alors que le jeune aura un an d’expérience et de formation payée par l’employeur ! Les jeunes actifs, les employeurs les forment, parfois même à leur insu où plutôt sans qu’ils s’en rendent compte eux-mêmes. Crois-tu vraiment que le cas de figure que tu décris serait généralisé ?? Je ne crois pas, c’est anti-productif de faire ça. Un jeune actif atteint sa maturité professionnelle en 8 à 10 mois… le virer au bout d’un an pour en choisir un autre et avoir à le former à nouveau est un simple non-sens. Mais c’est pourtant l’argument de base des manifestants qui eux-mêmes, pour la grande majorité d’entre eux, n’ont jamais travaillé… Arrêtons.
Quant à la fierté française d’être différent, de revendiquer un système social différent et anti-libéral, je pense qu’au lieu d’être fier, la France ferait parfois bien de voir ailleurs comment ça se passe. Elle ferait bien aussi de cesser de se croire supérieure en tout et sur tout, de se foutre éperdument des commentaires de ses voisins, et enfin de croire que seul son système social est valable. C’est surtout ça qu’on lui reproche. Je ne veux pas me la jouer ni faire mon “moi, je sais”, mais ce que je vais dire ne saurait être interprété différemment. Tant pis je me lance : peut-être faut-il vivre à l’étranger et entendre des commentaires extra-européens pour véritablement se rendre compte de la valeur de la France et de sa perception par les autres pays du monde. Ça me gène un peu quelque part d’avoir à dire ça parce que c’est un sujet qui fâche et que je vais avoir l’impression de parler à un miroir mais… that’s it folks. Could you just figure out what it feels like to live in North-America.
L’”Amérique du Nord” n’est pas le paradis des travailleurs, l’”Amérique en français” non plus sans doute, mais malgré deux semaines de vacances officielles, personne ne se plaint de ses conditions de travail exécrables ou encore du système capitaliste dans lequel il évolue toute la semaine pour vivre et/ou faire vivre. Ce ne sont pas des moutons pour autant.
J’arrête là à contre-coeur… je n’ai plus le temps. Merci à tous pour vos commentaires, je vous invite bien sûr à poursuivre cette discussion ici ou dans le nouveau billet qu’Isa a posté aujourd’hui. On a aussi besoin d’entendre des pro-CPE; les pauvres ne peuvent s’exprimer que sur Internet apparemment puisque les médias français les censurent, c’est un fait.
Bon, je vais pas repartir dans 150 lignes, mais juste réagir rapidement. Je sais que tu n’as pas pu répondre à tout, mais tu as aussi manqué l’essentiel de ce que je voulais faire passer.
Non, je ne sais pas ce que c’est que de vivre dans un pays d’amérique du nord, evidement. Mais là ba, c’est la mentalité de toute la société qui est différente, pas seulement celle sur la question de l’emplois.
Une réforme de cette envergure (le CPE/CNE - je ne les dissocie pas) doit pouvoir entrainer un changement radical de point de vue de TOUT les acteurs de la société. Je reprends les mêmes exemples, mais le problème des prets, des locations, entre autre, est réel. Ca me paraît évident. Et je ne comprends pas pourquoi le gouvernement a cherché à imposer cette loi de cette manière, sans en parler.
En gros, le problème majeur est le manque de concertation avant d’avoir mis en place cette loi. Alors la revendication des syndicats et autre étudiants et travailleurs d’ailleur, c’est de tout reprendre à 0. On annule et on en reparle. Ca je le trouve légitime. Regfarde aussi à quel point nots chers dirigeants, Chirac en tête, on essayer de berner tout le monde en faisant mine de dire “OK”, mais en promulgant la loi. Ah ça ! il sont digne du “je vous ai compris” de leur De Gaulle adoré !
Bref, en oubliant le contenu du CPE, les points de la loi qui fachent, et en ne retenant que la manière dont tout ça s’est passé, rien qu’avec ça, je comprends les manifs, et je les approuve. Et c’est pour ça que je suis fiert. Les pays voisins ne voient qu’une bande de franchouillards gueulards refusant le changement, et oublient bien volontier la manière dont tout à commencé. Comment tout ça a été provoqué.
Moi non plus je ne vais pas repartir dans un roman de 150 lignes, surtout que j’écris du travail…
Mais voila en quelques lignes mes objections!
- Je n’ai pas manqué l’essentiel de ton propos, j’ai au contraire essayé d’y confronter mon point de vue, sans succès c’est certain.
- A propos du changement de mentalités chez TOUT les acteurs sociaux, là aussi j’ai dit ce que j’avais à dire : pour l’instant c’est bloqué, mais je ne désespère pas que dans quelques années, les banques tout comme les employeurs à l’heure actuelle seront moins frileuses… et encore une fois ça ne se fera pas en un an ou deux.
- Comment peux-tu dire que tu comprends les manifs en mettant de côté le contenu de CPE, puisque c’est ça et non le reste qui a provoqué cette crise depuis deux mois et demi maintenant ?? Tu es donc gêné par la manière dont ça s’est passé. Tu aurais voulu un référendum ?? Nos “chers dirigeants” ont essayé d’inverser la vapeur en France en promulguant presque de force cette loi. C’est le seul moyen de lutter contre les syndicats de gauche et la pression de la rue dans ce pays ! Si Chirac avait courbé l’échine dans son discours de vendredi dernier, les syndicats la gauche et la rue auraient obtenu de fait les pouvoirs décisionnels et éxécutifs ! C’est ça le véritable sens de la démocratie??? Sûrement pas!!! Il fallait faire du forcing (en bon français) même en sachant que la loi allait être abrogée une à deux semaines plus tard. En résumé, la France se dirige comme suit : la dictature du politique face à la dictature de la rue, et au premier des deux qui cèdera. Tu vois, il y a du mauvais des deux côtés… qu’on ne me dise pas que la France n’est pas sur la pente descendante. Tiens bon Villepin, certains français te soutiennent ici-bàs !
- Et puis, dire d’une certaine manière que la rue et l’opposition - qui pour le coup se rassemble, quel changement depuis 2002 ! - n’ont pas été entendus ni “compris” (mais que vient faire ici cette phrase de de Gaulle?), c’est un peu fort de café. Deux amendements sur les deux points décriés par la gauche sont prévus : un an, motif obligatoire. Que font les syndicats? Ils crient au scandale, à la provocation, et embarquent à nouveau plus d’un million de personnes dans les rues ! Y’aurait pas un léger problème? J’ai besoin d’explications sur ce point, vraiment.
Franchement, quand des québécois ou des collègues de travail me demandent ce qui se passe en France, je ne sais pas quoi leur répondre. Tout ce que je sais, c’est qu’une partie d’entre eux nous voient justement comme une “bande de franchouillards gueulards refusant le changement”, et je ne peux pas les contredire sur ce point. Je peux leur expliquer pourquoi il se passe ce qui se passe, mais je suis bien obligé de leur expliquer en parallèle ce qui signifie aujourd’hui “être français” au 21è siècle. Attention, ça a évidemment du bon d’être français !! J’en suis, et je ne suis pas prêt de le nier ! Mais c’est sans compter ces énormes tâches noires dans la mentalité française qui personnellement m’agacent… c’est tout.
Pour info, regardez ce sondage sur le site de CNN qui en dit long sur la perception de ces manifestations aux Etats-Unis…
J’espère que tu auras mieux compris ce que j’essaye moi aussi de faire passer.
Bon, décidément, on a du mal à se comprendre. Ce n’est pas facile par écran interposé, à intervalles réguliers. Je vais essayer de reprendre tes propos point par point pour y voir plus clair, et répondre à tes questions.
Concernant d’abord ton avant dernière intervention, oui, je suis d’accord, un an, c’est tout de même plus raisonnable, et je ne suis pas vraiment choqué par ça, personnellement.
Pour le licenciement au bout de 364 jours, évidemment que je suis d’accord également, et c’est ce que je disais aussi avant avec les deux ans d’essais. Mais reconnais aussi qu’il y aura des abus, c’est certain, et qu’il y aura des cas où l’employeur se débarrassera de l’employé à temps… Et je suis certain que nos chers journalistes ne manqueront pas de mettre en exergue ces actes là, montant en épingle un phénomène sans doute rare… Du coup, évidemment, je suis aussi d’accord pour dire que cet argument de la part des étudiants ne tiens pas du tout.
Pour la fierté d’être français, je te l’ai dit, c’est de la provocation de ma part en premier lieu, mais je n’accepte tout de même pas les critiques virulentes que l’on peut lire ici et là. Le phénomène ne se borne pas au CPE, il ne se borne pas à une jeunesse qui ne veux pas travailler, c’est une réduction que je ne peux accepter. Ce phénomène résulte d’une incompréhension totale entre la classe politique et le peuple qu’il est censé gouverner. Un manque de confiance également, et un manque de communication. Je voudrais développer, mais je n’ai pas la tête complètement à ça, je le ferais plus tard, si tu le veux.
Concernant le modèle américain, tout a été dit, je n’en rajouterai pas une couche.
Je passe maintenant à ta dernière intervention, point par point.
L’essentiel de mon premier propos (on va finir par s’y perdre…) consistait dans la manière dont tout ça s’est déroulé, sur la forme et non le fond. Le fait que des lois ont été violés à deux reprises notamment. Mais tu y réponds par la suite, donc, passons.
Concernant les changements de mentalités, je passe, on est d’accord visiblement. J’ajoute que c’est ce que je sous entendais lorsque je parlais de changement dans la douleur. Précédemment.
Pour le fait que je comprenne les manifs, bah oui. Je suis d’accord avec leur demande de Retirer le CPE, parce que cette loi n’a pas le droit d’être promulgué de la sorte. Le gouvernement aurait pu voter une loi accordant une 6eme semaine de congés payés, ça aurait été pareil (DE MON POIN DE VUE ACTUEL, SOUS CET ANGLE, JE LE PRECISE) : La loi interdit de faire passer une loi touchant au code du travail sans concertations préalables. Evidemment, une telle loi n’aurait pas soulevé une telle colère, j’en suis conscient !
Les arguments des manifestants portent sur le texte de loi, effectivement, sur le contenu qui ne leur convient pas. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a eu ni négociations, ni concertations précédemment, et donc que la loi pour la “concertation concernant le code du travail” a été bafouée. Voilà mon rapprochement, et voilà pourquoi je le comprends.
Pour faire une parenthèse concernant cette loi sur la concertation (je l’appelle comme ça, parce que « loi » de répète trop à mon goût dans son discours, mais ce n’est pas son nom), elle a été créée à la base, pour justement éviter ce qui se passe en ce moment, justement (les manifs et tout le reste)…
Fin de parenthèse.
Aurais-je voulu un référendum ? Non, évidemment, tu exagères, et tu le sais, espèce de caricaturiste va ! ;-) (Un peu de détente ! un peu d’humour… vieux !)
J’aurais voulu, au risque de me répéter, le respect de la loi, et un dialogue entre les syndicats, le patronat et le gouvernement.
Alors oui, évidemment, autant dire que cette loi n’aurait pas vue le jour tout de suite, c’est certain. Les syndicats de (extrême) gauche qui font chier, refusent, les patrons qui poussent un peu le bouchon pour tenter d’arriver finalement à un compromis proche de la proposition de départ, bref, comme d’hab. Mais c’est ça la démocratie. Et il me reste tant de naïveté en moi que je continue à penser que tout ça est quand même possible, au final.
- Si Chirac avait eu des couilles et avait été humain, en président qu’il est, il aurait dit que son premier ministre a fait une connerie monumentale, qu’en plus, il a outrepassé ses droits, et que pour la bonne marche du pays et le respect de la loi, on doit tout reprendre à 0. Que la loi ne sera pas abandonnée, mais discutée avec les concernés, et on en parlait plus.
Hors, c’est ce qu’il a annoncé à demi mot : renégociation avec Sarko. MAIS ! Dans le même temps, il promulgue… Mais ! Dans le même temps, il demande à ne pas appliquer.
Mais bon dieu ! Pourquoi promulguer si on ne doit pas l’appliquer et la changer ? C’est un moyen de ne pas faire perdre la face à De Villepin ? Ou une manière d’imposer ce texte sans en avoir l’air ?
- C’est dans ce deuxième cas que j’ai fait référence à De Gaulle…
A son « Je vous ai compris » qu’il a lancé aux colons d’Algérie le 4 juin 1958. Il avait été rappelé au pouvoir par la révolte des français d’Algérie, et a laissé entendre qu’il conserverait l’Algérie Française par ce cri. Mais c’est lui qui finalement signera les accords d’Evian en 1962, qui entraineront l’indépendance de l’Algérie. Lorsque tu parles de ça avec n’importe quel pied-noir, il te répond systématiquement que ce jour là, le jour du « je vous ai compris », il s’est en fait bien foutu de leur gueule. Il a donc laissé croire une chose pour faire le contraire. C’est peut être ce qu’a fait Chirac également vendredi dernier.
Bref, juste une petite référence historique que j’ai mis sur le coup, dans mon commentaire, mais qui n’était pas nécessaire, et à entrainé une incompréhension. Je suis désolé.
- Pour la compréhension de la rue, là, c’est moi qui ne vois pas. J’ai beau me relire, je ne sais pas à quelle partie de mon intervention tu fais référnce. Mais je peux t’expliquer :
Avec sa décision alambiquée, Chirac a donné le sentiment à la fois de satisfaire la rue, mais en même temps de la berner. La décision était simple pourtant : retirer ou appliquer. Or… il a fait les deux ! Là encore, le manque de confiance envers nos chers dirigeants laisse penser qu’il y a une ruse de sioux de la part du président. Je ne dis pas qu’ils ont raison (les syndicats), mais juste que leur réaction était à prévoir. Mais bordel ! C’est si difficile de revenir en arrière, de tout reprendre à 0 ? S’il n’y a pas ruse, ça serait revenu au même ! Franchement, dis moi quelle est la différence entre ce qu’à dit Chirac et dire « Je ne promulgue pas la loi et je demande la révision par le parlement, ainsi qu’une concertation avec les partenaires sociaux. Je propose un an de période d’essais et la motivation du licenciement »… Bref, incompréhensible. Et de incompréhensible à douteux, il n’y a qu’un saut de puce, dans le contexte actuel.
Voilà, je pense avoir été plus clair, je l’espère en tout cas. Pour tes collègues, je ne peux rien ajouter de plus. Pas la même mentalité, pas la même vie, pas le même gouvernement. Ces manifs, ce n’est qu’un fait ponctuel dans une longue Histoire. Et se comprendre n’est pas aisé, voir impossible (ou presque). L’image internationale de notre pays en pâtie, c’est normal, mais l’intérêt de cette loi est d’abord national. On a suffisamment de problème en interne pour en plus se soucier de ce qu’en pensent les voisins. Tant qu’on ne les fait pas trop chier avec le bruit… ;-)
ho ! Je voulais ajouter que je n’ai pas osé réagir sur le nouveau billet, puisque ce n’est pas tout à fait le même sujet… mais c’est comme vous voulez, messieurs-dames les admins ! ;-)
Une fois de plus je n’ai pas le temps de répondre à tout ce que tu as dit… Mais voici quelques réponses en vrac.
Je suis content de voir que nous sommes d’accord au moins sur le point suivant : un employeur ne va licencier un jeune juste avant la fin de son contrat pour en prendre un autre, c’est anti-productif. Mais c’est malheureusement un des plus importants argument choisi par les anti-CPE.
C’est bizzare ton paragraphe sur la "concertation", cette loi instaurée en 2004 qui aurait été violée. Je veux bien te croire, mais je n’en ai jamais entendu parler. Je m’étonne simplement qu’aucun syndicat et qu’aucun média n’en ait parlé jusqu’à maintenant… même Attac apparemment l’ignore… c’est dire ! A moins que tu me trouves un texte prouvant le contraire.
Pour ce que tu dis de Chirac qui en est réduit à l’état de monstre dépourvu de testicules, il ne pouvait décemment pas déavouer son gouvernement de la sorte en retirant le texte. Politiquement, c’était impossible, si l’on considère les échéances électorales qui arrivent. Alors forcément, c’est un peu le bourbier maintenant ! Mais c’était aussi impossible pour une autre raison, toujours la même : céder aux pressions de la rue, c’est lui conférer un pouvoir qu’elle n’a pas, et qu’elle n’est pas sensée avoir ! Cela réduirait à néant le pouvoir des organes décisionnels en France ! Bref, faut pas pousser mémé dans les orties non plus !
Pourquoi résumes-tu le choix de Chirac à retirer ou appliquer le texte ?? Pourquoi pas plutôt aménager au lieu de dire "NON" presque par principe?
Bon en fait j’arrête, nous ne sommes pas d’accord, c’est tout.
J’aujouterai juste pour finir que pour moi qui suis un français vivant à l’étranger, c’est plutôt important que la France ait une bonne image à l’extérieur. Mais voilà tu l’as dit toi-même, "On a suffisamment de problème en interne pour en plus se soucier de ce qu’en pensent les voisins." Il ne faut donc pas s’étonner de voir ce genre de caricatures nous concernant :

Ni de lire ce qu’on peut lire dans cet article du Courrier International. Je comprends que vu de France on s’en foute un peu… mais quand on vit à l’étranger c’est autre chose.