Dion et Duceppe marquent, Harper encaisse
Christophe | 2 octobre 2008 | 01:08Bref retour sur le débat des chefs en français qui a eu lieu ce soir, le 1er octobre 2008, sous une nouvelle formule sensée être plus flexible. Difficile de dire si elle l’a été, c’était mon deuxième débat des chefs d’une élection fédérale ! Malgré tout, voici mes remarques et commentaires sur le débat de ce soir.
Commençons par la grosse surprise du débat : Stéphane Dion, bien sûr. Je pensais voir un Stéphane Dion nerveux, balbutiant, incohérent et absolument pas convaincant… il en a été tout autrement ! M. Dion ne m’a absolument pas paru nerveux et a réussi l’exploit de présenter clairement ses idées. Contrairement à Gilles Duceppe, qui n’a pas lâché Harper de la soirée, M. Dion est un des seuls à avoir appliqué un principe de base en communication : face à une question, il écoutait, reformulait et finissait par répondre en apportant des solutions en présentant le programme du parti libéral, le tout en écorchant Harper au passage quand il le pouvait sans pour autant axer son argumentaire contre la politique du premier ministre. En ce sens, on peut dire que M. Dion a trouvé ce soir une partie du charisme et du leadership qu’il recherche depuis le début de la campagne qu’il a été élu à la chefferie du PLC. Malheureusement, c’est sans doute “trop peu, trop tard” à ce stade avancé de la campagne électorale fédérale, mais il en a peut-être convaincu plus d’un. L’”échauffement” de ce soir va sans doute lui donner la confiance qu’il lui faut pour le débat de demain, en anglais, face à un Stephen Harper qui sera bien plus convainquant et dominant dans sa langue maternelle.
Gilles Duceppe a été égal à lui-même. Il a fait selon moi ce que l’on attend de lui : défendre les intérêts du Québec et des Québécois à Ottawa, mais aussi démontrer aux Québécois pourquoi Harper ne se rapproche pas des idées et valeurs qu’ils partagent. Il a été, avec Stéphane Dion, le plus virulent de tous, parfois cinglant, notamment sur la culture et la nation Québécoise. Dès sa première intervention, il a attaqué Harper, et ne s’est pas retenu de le faire pendant toute la durée du débat, parfois même au détriment de la promotion des idées du Bloc ou de la présentation de son programme. La fibre souverainiste de certains électeurs a du vibrer, il a sans doute aussi gagné quelques votes de Québécois qui songeaient à voter pour le NPD, mais cela s’arrête là.
Jack Layton, le souriant mielleux, vit toujours au pays des bisounours. On en a peu appris qu’on ne savait déjà sur son programme socialo-marxiste. Comme les autres, il ne s’est pas gêné pour s’en prendre au gouvernement Harper mais est resté dans l’ensemble assez discret sur son propre programme.
C’était la première présence au débat des chefs pour Elizabeth May du parti vert. On ne peut pas lui enlever la lutte qu’elle a mené pour y participer, c’est tout à son honneur d’avoir réussi ce coup de force. Malheureusement, son français hésitant et trébuchant finissait par être pénible, à tel point qu’on souhaitait que le compte à rebours de 45 secondes s’écoule à chacune de ses interventions. Tout comme M. Duceppe, elle sait bien que son parti ne prendra jamais le pouvoir et s’est contentée de contrer (autant dire “Bloquer”) Harper.
Le premier ministre Stephen Harper a été forcé de rester sur la défensive toute la soirée, et a été bien moins convainquant qu’on aurait pu s’y attendre. Même si tout le monde s’y attendait, cette quasi-alliance de tous les partis d’opposition contre Harper a fait en sorte que le premier ministre conservateur a eu énormément de mal à s’affirmer et à défendre avec conviction le bilan de son gouvernement. Il a toutefois su remettre les pendules à l’heure concernant le renforcement de la répression envers les jeunes criminels. Son annonce, gonflée et simplifiée par les médias et les partis d’opposition se résumait ainsi : la prison à vie pour les jeunes criminels à partir de 14 ans. J’étais moi-même sous le choc de cette annonce, et les précisions nécessaires concernant cette mesure exceptionnelle et les aménagements qui vont avec ont enfin pu être exprimées par Stephen Harper. Il a aussi réaffirmé sa position concernant les coupes de 45 millions dans la culture, et les chiffres sont là pour prouver que son gouvernement a effectivement augmenté les budgets d’un certain nombre d’organismes culturels, au détriment d’autres bien entendu.
Mentionnons au passage et en apparté que ce débat a été l’occasion de “buzzer” sur Buzzz.tv, un concept prometteur qui permet d’évaluer en direct la performance des candidats à l’aide d’un système de vote très simple : un bouton vert quand on aime ce qu’on entend, rouge quand on aime pas, et jaune quand on pense assister à un moment fort du débat. Saluons le travail de l’agence québécoise Ixmédias pour cette expérience amusante et optimisée en plus pour iPod Touch ou iPhone.
En conclusion, si je devais nommer un gagnant, je placerais Stéphane Dion en tête, talonné par Gilles Duceppe et suivi de Stephen Harper non loin derrière. Jack Layton est quatrième, et Elizabeth May est bonne dernière. La “game” sera complètement différente demain lors du débat en anglais pendant lequel ce sera au tour de M. Dion de vaincre ses démons shakespeariens… alors qu’Harper de son côté va exceller. Les attaques des quatres partis d’oppositions seront beaucoup plus cinglantes que ce soir.

















Une simple petite précision à propos de buzzz.tv: l’expérience n’est pas destinée qu’aux iPhones et ipod Touch. Le site est accessible à tous, peu importe la plateforme utilisée! :)
Oui c’est vrai, à me lire on aurait pu croire que l’expérience était réservée aux heureux possesseurs d’iPhone ou de Touch. C’est corrigé !
M. Montréal à vous.
Vous avez oublié de mentionner que Layton est aussi un léniniste avec de liens d’amitié confirmés avec des « 911 conspiracy theorists »… s’il se tient pas au carreau on devrait l’envoyer (préventivement) faire un petit tour dans un tout inclus à Guantanamo si vous voyez ce que je veux dire…
M. Dion quant à lui a brillé par son intelligence et sa conviction, je suis d’accord avec vous. Ce n’est pas une « rockstar » (c’est plutôt son anti-thèse) ou un beau parleur comme d’autres mais il a démontré qu’il maitrise très bien sa matière, qu’il a une vision, de l’initiative et de l’expérience politique.
Dommage que les électeurs dupes et populistes n’accordent pas d’importance à ce type de choses et choisissent leur gouvernements comme on choisi une pop idole mièvre à Star Académie… Tout ça pour dire que c’est encore le beau tata sans talent qui risque de gagner cette année!
M. Duceppe à très bien fait aussi; il a été cinglant et direct : en parlant de l’importance de l’industrie artistique au Québec, en confrontant Harper à ces multiples bourdes et manipulations politiques. Il a su parler au nom du Québec et des ses valeurs mais aussi mettre en garde les Québécois contre la vision étriquée, centralisatrice (de droite), réactionnaire et le populisme éhonté de M. Harper.
Harper n’as pas su démontrer autre chose que sa vacuité.
Il a même eu le culot de dire qu’il avait eu “ben du fun” à passer pour une tête de turc!
Incapable de marquer aucun point sur aucun enjeu et de défendre son bilan, il était aussi discret qu’un banquier de Wall Street ces jours-ci!
Chapeau donc au département de communications & marketing du PC d’avoir su si brillamment nous convaincre à coup d’images et de discours populistes que M. Harper est un grand homme d’état et surtout nous faire oublier son véritable visage : celui d’un démagogue clientéliste dont les dangereuses postures idéologiques (si majoritaire) risquent de faire régresser le Canada tant au niveau économique, écologique, culturel que social.
J’ai hâte de voir la suite de tout ça ce soir.