Jean Charest force tranquille, André Boisclair incisif, Mario Dumont sur la défensive
Christophe | 14 mars 2007 | 02:06:00
C’était ce soir au Québec, en cette période d’élections provinciales qui auront lieu le 26 mars (je précise pour mes lecteurs français et européens), le soir du fameux "débat des chefs". La même recette qu’en janvier 2006 lors des élections fédérales, mais cette fois avec des acteurs politiques de la scène provinciale, bien évidemment.
Beaucoup de monde trouve le débat des chefs "plate" et zappent une fois qu’ils se sont fait une idée au bout de 10 ou 15 minutes. Sans compter que ce soir, il y avait un match de hockey que les Canadiens ont remporté avec parait-il beaucoup d’ardeur. Pour ma part, je suis resté scotché au débat, et je l’ai même trouvé réellement passionant ! C’est grave docteur ?
Jean Charest l’actuel premier ministre du parti libéral, par essence fédéraliste, et les deux prétentants à son poste que sont André Boisclair pour le Parti Québécois (souverainiste) et Mario Dumont de l’Action Démocratique du Québec (autonomiste), s’affrontaient donc ce soir lors d’un débat de deux heures, sans pause publicitaire; c’est bien la seule émission qui puisse s’en vanter, intérêt public oblige. Les 5 thèmes étaient les suivants : santé, environnement et développement durable, gestion de l’état et de l’économie, éducation, famille et développement humain, et enfin l’avenir politique du Québec.
Voici ce que j’ai retenu du débat de ce soir.
Mario Dumont avait plutôt bien commencé sur la santé, malgré l’insistance de Boisclair qui d’entrée de jeu, a employé une stratégie qui consistait à interrompre continuellement son interlocuteur. A partir du thème de l’environnement, Mario Dumont encaisse difficilement les coups et les questions incessantes de Boisclair. Sur l’économie, André Boisclair et Jean Charest s’allient comme on pouvait s’y attendre contre Mario Dumont et ensemble, le rouent de coups sur son absence de budget et l’inexistence de son équipe, sans oublier la question de Boisclair qui lui demandait avec insistance (trop à mon goût) une estimation de la marge de manoeuvre annuelle du Québec. Le chef adéquiste répond alors à Boisclair en lui parlant de la gestion des prisons sous le précédent gouvernement péquiste, et l’animateur du débat, M. Moisan, a du alors lui rappeler le thème actuel du débat. Arrivé au thème de l’éducation, Boisclair met à genoux Dumont sur la question de la suppression des commissions scolaires. Charest en rajoute une couche en lui assénant qu’il n’a pas d’équipe, qu’aucune de ses propositions ne tient la route. Enfin, Charest se joint à Boisclair et achève Dumont sur la question de l’avenir politique du Québec, en lui disant qu’être autonomiste au Québec est un quasi non-sens.
Passons à André Boisclair. Bien meilleur que ce à quoi on pouvait s’attendre, surtout si l’on considère que c’était là sa première participation à un débat des chefs. Durant tout le débat, sa cible prioritaire a été Mario Dumont, et de loin. J’ai trouvé sa performance très bonne, mais j’ajouterai que sa façon d’interrompre continuellement ses interlocuteurs était nuisible au débat, voire même carrément agaçante. Charest et Dumont lui ont fait remarquer, ce qui n’a d’ailleurs pas calmé ses ardeurs. Il a toujours su répliquer aux attaques de ses interlocuteurs avec une argumentation solide et souvent chiffrée, mais il lui est arrivé plusieurs fois au cours du débat, et ce, seulement contre Mario Dumont, de s’emporter jusqu’à en rougir, à force de répéter les mêmes questions. Il n’obtenait pas de réponses parce qu’il empêchait Mario Dumont d’y répondre par la même occasion.
Terminons par Jean Charest. J’ai été absolument impressionné par sa prestance, son assurance, son calme et sa connaissance de chacun des dossiers. Il a tout simplement excellé, n’a jamais eu à élever la voix et n’a que rarement eu à lire ses notes de façon ostensible. Concernant la défense de son bilan, ce pourquoi il était là ce soir, je l’ai trouvé très convaincant, malgré les attaques répétées notamment sur le thème de la santé que Mario Dumont mais surtout André Boisclair lui lançaient.
Pour terminer, je viens de prendre le pouls des blogs, afin d’avoir des réactions à chaud sur le débat de ce soir. Je suis tombé sur ce billet qui fait un rapide tour d’horizon des blogs sur le sujet, comme le fait très bien Technorati. Les avis sont très partagés. Beaucoup ont pensé que la performance de Mario Dumont était bonne voire excellente, certains ont trouvé Charest plat et incapable de défendre le bilan de son gouvernement, et d’autres encore ont trouvé Boisclair excellent voire meilleur que Charest.
Qui a gagné, qui a perdu ? Pour moi en tous cas, c’est Jean Charest (et sa "force tranquille" presque digne de Mittérrand) qui sort grand gagnant du débat, talonné par André Boisclair, très convaincant et confiant quoique trop incisif et suffisant. Mario Dumont ressort gravement blessé par son manque d’assurance et la stratégie de l’ADQ de ne dévoiler son budget qu’après la parution du budget fédéral, malgré quelques très bons points. Je me plie au jeu des notes :
- Jean Charest : 8.5/10
- Andre Boisclair : 8.2/10
- Mario Dumont : 7.5/10
À suivre, encore 13 jours de campagne ! Pour ceux qui l’ont raté ou ceux qui veulent voir à quoi il ressemble, regardez le débat des chefs sur le site de Radio-Canada.

















Je pense au contraire que Mario Dumont est sorti gagnant de ce débat.
Jean Charest lui a été clairement incapable de justifier son bilan.
En 2003, Charest a été beaucoup plus convaincant mais cette année de maniére générale, les gens s’entendent pour dire qu’il a déçu.
Je pense que Mario Dumont a été convaincu ET déterminé, il n’avait peut-etre pas la ”force tranquille” mais on le sentait déterminé et surtout passionné.
Je trouve que dans un monde ou les politiciens pratiquent de plus en plus la langue de bois, c’est agréable de voir un homme comme Dumont s’engager pour ses convictions.
La majorité des convictions de Dumont étaient a la fois logiques et tout a fait cohérente.
-Rendre le Québec autonome est une nécessité et une bien meilleure solution que la soumission du PLQ et la révolution de PQ que les québecois ont déja refusés deux fois.
-Supprimer les comissions scolaires est une nécessité car elles prennent beaucoup d’argent en ne faisant réellement aucun travail.
-Transformer le systéme de santé. C’est une nécessité, rien ne va ici. Il faut introduire un systéme semi-privé sinon, on va droit dans le mur et tombe dans des hopitaux délabrés et tout le temps plein comme dans un pays de l’ex Union Soviétique.
Bref, Mario Dumont a été le meilleur, le plus convaincant et le plus déterminé.
Ne pas voter pour lui serait insensé.
Pour ma part je suis abasourdi par les sondages de ce matin et ceux d’hier soir. Je ne comprends pas que Dumont puisse ressortir gagnant du débat d’hier soir, mais alors franchement pas. Je ne dis pas pour autant qu’il s’est vautré, sinon je lui aurais donné un 4 ou un 5 sur 10. Mais de là à le sortir vainqueur..
Techniquement parlant, pour moi c’est Charest, puis Boisclair, suivi de Dumont. Charest maitrise parfaitement les techniques du débat, entre autres il regardait dans les yeux la caméra, il retournait la question de son interlocuteur pour mieux l’attaquer. Boisclair agaçait avec ses questions incessantes sans laisser le temps à ses interlocuteurs d’y répondre. Dumont n’a jamais su prendre le dessus sur Boisclair lorsqu’il se faisait harceler de questions, et a commis des fautes techniques en voulant montrer son document sur le viaduc de la concorde. Pour ce qui est du contenu, je suis obligé de faire le même constat ; j’ai trouvé personnellement que Charest a bien défendu son bilan. Sa connaissance en profondeur des chacun des thèmes était époustouflante. André Boisclair s’est également très bien défendu et était très crédible. Quant à Dumont, mis à part certaines lacunes concernant le budget de l’ADQ, Dumont a relativement bien performé et a eu la finesse de ne pas s’adresser qu’aux électeurs de l’ile de Montréal, programme de l’ADQ aidant. Mais il aurait peut-être pu dire un mots sur les accomodements raisonnables, puisque c’est en surfant sur leur vague que l’ADQ en est arrivée à menacer sérieusement Charest et Boisclair aujourd’hui. Il a toutefois fait l’équivalent d’un hors-sujet sur la question de la marge de manoeuvre du Québec. Quant à ses notes internes du ministère des transports sur le viaduc de la concorde, on peut se demander si en effet, c’était le bon moment pour le sortir et en débattre.
De toute façon, je n’ai toujours pas le droit de vote au Canada, donc je ne voterai pas le 26 mars. Je ne sais toujours pas pour qui je voterai si je pouvais me rendre aux urnes. Mais je ne reviens toujours pas des résultats des sondages ou de mes lectures de blogs qui donnent Dumont gagnant hier soir.
Pour ma part, je suis d’accord avec Christophe pour ce qui est du débat dans l’ordre des performances des chefs. Personnellement, je crois que comme la dernière fois, Dumont s’enlise en plein milieu de la campagne car pas de substance ni d’ideologie précise ( et encore moins de cadre financier) pouvant accrocher un électeur, voir amener quelqu’un a une ideologie adéquiste car encore trop imprécise et nébuleuse. En fait, s’il semble populaire, ça tient plus au coup du lapin dans le chapeau, sensationaliste, qui impréssionne les gens qui ont peu d’éducation, trop émotifs, accusant une certaine pauvreté intellectuelle, dont le vote est plutôt axé sur l’appât du gain qui, soit dit en passant, n’arrive jamais(Sauf pour les mieux nantis et amis du parti élu). Car comme à toutes les fois, un gros trou dans le budget qui empèche la réalisation des fameuses promesses. Et on retourne à la même equation qu’avant. Peu importe le parti qui remporte le pouvoir, il y a toujours un retour à la case départ. C’est pourquoi mon vote est toujours idéologique plutôt que sur des promesses qui ne seront jamais tenues de toute façon peu importe le parti qui remporte.
L’autonomisme, comme l’appelle Mario Dumont, a très peu d’intérêt ici pour le moment. Car les québecois ( Et les "canadians" qui digèrent l’amère "nation québecoise" récente.) ne sont pas rendus à ce stade. Car le concept est trop imprécis et trop peu connu. Je ne dis pas que c’est impossible dans le futur et je dirais même que c’est probablement la prochaine étape de la société québecoise si elle n’a pas accédé à son indépendance d’ici ce temps là. Mais au train où vont les choses, Si le Québec devenait un état autonome, ce serait plutôt dans plusieurs décennies. Donc, je risque de voir ça se produire quand je serai très vieux!!! ( Et probablement trop gâteux pour avoir conscience de se qui se passe!!)
Si on revient à cette élection, je crois qu’on va avoir un prochain gouvernement libéral minoritaire. Car les partis au pouvoir ici sont généralement élus deux fois de file et puis, on les fous à la porte pour élire l’autre parti pour deux autres élections. Je voterai parti quebecois encore cette année, car étant issu d’une mère saguenéenne, péquiste depuis la première heure et ancienne activiste souverainiste. Je suis donc un péquiste héréditaire et un souverainiste congénital!!! J’y suis tombé dedans quand j’étais petit comme disais Obélix!! hé! hé!
Mon vote est idéologique et non influencé par les promesses électorales car comme je disais plus haut, souvent irréalisables. Je crois que si les gens voteraient d’une façon plus idéologique, on aurait probablement de vrais débats d’idées et un gouvernement plus réaliste et plus près des vraies aspirations du peuple ( et non des aspirations d’une minorité de gens riches et autres lècheux de culs en tout genres qui parasitent le pouvoir et infestent les coulisses du gouvernement!!!). Mais je peux rêver encore longtemps!! comme l’autonomisme!!!
Donc nous regarderons le soir du 26 , la victoire non surprenante et tellement prévisible des collabos.. euhhh… libéraux pardon. Mais avec la nuance de les voir être réélus minoritaires ( Je m’en réjouis déjà..!!! hé! hé!), ce qui pourrait rendre la politique québecoise assez intéressante.
À suivre..!
Bonne élections à tous!!!
P.S.: Les futurs québecois qui ne votent pas encore, vous devriez vous réunir et faire un vote bidon pour voir si les mêmes tendances s’observent parmi vous!! Et si vous vous réunissez quelque part, faites le moi savoir, j’irai vous rejoindre si je peux, histoire d’en discuter dans le réel!! Excusez la longueur du commentaire, j’ai eu une rechute ;)
Le dernier avant longtemps!! Promis!! Mais le sujet était trop tentant!!! Désolé!!
C’est tout de même curieux ! Comment se fait-il qu’on puisse lire, ici et là, que Mario Dumont ne représente en fait qu’un «petit esprit» - Et c’est d’ailleurs ainsi qu’il a été officiellement traîté par Jean Marie Le Pen him self!-, un «amateur, vendeur d’illusions», «démagogue», «populiste», «vide de sens et sans contenu», «mu par une ambition démesurée et mal placée»…etc…, mais qu’il continue, jour après jour, d’obtenir une aussi grande adhésion à ses pseudo-idées complètements farfelues et inconsistantes?
Je sais que c’est le jeu démocratique - mais faut surtout pas perdre de vue que la démocratie ne saurait s’accomoder (sic!) de jeux de gamins!-.
Faut-il ainsi se résoudre à croire que les québecois qui soutiennent super Mario D. sont du même acabit que lui?
Si c’est le cas…, je crois bien que je me suis lourdement trompé sur le compte des québecois et de leur degrés de maturité!
En fait, Dumont est très populaire dans ce qu’on appelle le Québec profond ou le Québec des régions, Là où les oiseaux "retournent de bord" comme on dit ici, Ou peu d’immigration y habite et ou les gens ont peu de contact avec les communautés culturelles , à part ce qu’ils voient à la télé. Ce qui dépeint souvent un portrait assez sombre de la vie urbaine à Montréal ou à Québec.A un point que plusieurs ne sont jamais venus dans une grande ville par peur. Aussi, M. Dumont est originaire d’un milieu rural, ce qui le rend assez populaire auprès de cette population.Donc, c’est l’ignorance et une perception négative et exagérée de la vie urbaine avec les autres ethnies qui favorisent ce vote. Et il a l’air de bien s’en tirer, car les trois partis sont maintenant nez à nez et on parle d’ores et déjà d’un gouvernement minoritaire.
A suivre..!
Je me positionne en faveur du PQ.
Je crois que Boiclair a prouvé qu’il pouvait faire un bon chef d’état, que sa plateforme et ses candidats étaient solides, aucune bourde majeure lors de cette campagne électorale, ni de lui ni de ses candidats, c’est rassurant!
Je crois que ceux qui craignent qu’un vote pour le PQ soit considéré comme un vote pour la séparation ne devraient pas trop s’en faire, si nous sommes écoeurés par le PLQ, ou de l’énigmatique Dumont, le PQ demeure, malgré tout, la seule alternative valable à mes yeux, rien ne vous oblige à voter oui si jamais il y avait un autre référendum, ce que je doute avec Boiclair.
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