Les Tables de loi de l’immigrant français au Québec (2 de 2)
Christophe | 1 mars 2008 | 15:06:29[Note: ce billet est la suite de celui-ci, je vous conseille d'en prendre connaissance avant de continuer.]
Place maintenant aux explications, à la version “entre les lignes”, après avoir fait mijoter tout ça quelques temps! Voici donc “les dix commandements de l’immigrant français au Québec”, détaillés et développés, suivi de ce qu’il fallait comprendre derrière tout ça.
“Toi, Français au Québec, tu te dois d’être un immigrant parfait sous tous rapports.
Quand tu choisiras entre Bell et Vidéotron pour ta télé, il ne sera pas nécessaire pour toi de sélectionner TV5. Regarder TV5 nuira à ton intégration au Québec, tiens-le toi pour dit. Oublie donc le JT de Pujadas, “Envoyé Spécial”, mais surtout… “Questions pour un champion”. Ah et “Thalassa” aussi, bien sûr.
Pendant que tu y es, renies tes origines françaises en fait, ça accélèrera d’autant plus ton processus d’intégration. De toute façon quand tu ouvriras la bouche, personne ici ne saura que tu es Français de France. Si, si si.
Bon par contre parmi les chaînes de ton bouquet TV là, il faut que tu prennes RDS, sinon tu ne pourras jamais devenir fan du Canadien de Montréal. Pour Martineau, c’est bon, Télé-Québec fait partie du bouquet de base.
Autre chose: apprends dès maintenant à détester cordialement la Reine d’Angleterre et Michaëlle Jean. Tu sauras qui c’est plus tard c’est pas grave; déteste-la. Déteste-les je veux dire, pas seulement Elizabeth II, tu as compris? Bon.
Entre deux sacres bien sentis contre Elizabeth II ou Michaëlle Jean, il faudra que tu manges une poutine, et que tu aimes ça. Ah bah oui hein! Sinon, tu ne t’intègreras jamais mon vieux!
Si tu veux t’intégrer plus vite encore, tu devras prendre l’accent québécois, pas juste des intonations hein, prendre l’accent au complet, et te mettre à sacrer comme du monde. Par exemple on dit pas “tabernacle” mais “tabârnakkk!!!”. Non n’essaies pas maintenant tu n’y arriveras pas. C’est pas la peine tu l’as pas du tout! Allez.
Au bout de quelques temps, ton processus d’intégration sera déjà bien entamé (encore plus si tu as suivi à la lettre les précédentes étapes). Rendu là, le moment sera choisi pour toi de choisir ton camp. Soit t’es bleu, soit t’es rouge, mais je te recommande vivement de préférer le bleu. C’est d’ailleurs pour ça qu’il faut que tu détestes la reine d’Angleterre et la gouverneure générale, tu te souviens? Non tu vois pas le rapport mais c’est normal, tu feras les connexions plus tard ok? Bon!
Naturellement, tu es venu au Québec pour vivre en français hein, hors de question pour toi d’avoir de quelconques penchants pour la vie en anglais. Y’a Calgary pour ça si tu veux! Le côté rouge de la force… Euh, non rien, c’était pas important anyway.
Enfin, j’espère pour toi que tu oublieras pour de bon le savoir-vivre et les plaisirs gastronomiques à la française, parce qu’ici, d’une ça te coûtera un bras, et de deux ça fitte pas dans le moule… ça retardera ton intégration en gros.
FIN.
”
J’avoue, c’était exagéré, extrêmement même, à un point que je ne pensais pas atteindre, mais le fond de ma pensée est là.
Il fallait simplement comprendre derrière tout ça que, selon moi, n’importe quel immigrant est libre de vivre comme il l’entend au Québec, à partir du moment ou sa liberté n’empiète pas sur celles des autres. Personne ne saurait lui dicter une façon de penser ou de se comporter, personne ne devrait l’influencer quant au “camp” à choisir ni lui indiquer pour qui voter, le tout pour qu’il ressemble au parfait immigrant français s’éloignant le plus possible du stéréotype du fameux “maudit Français”.
Version FR: Personnellement, je regarde TV5 assez régulièrement, que ce soit pour le JT de France 2 ou pour les quelques films français qui y sont diffusés. Je bois du vin français même s’il est cher. Parmi les flux RSS auxquels je suis abonné, il y a “Le Monde”, “Le Figaro”, et même “Libération”. J’ai suivi avec énormément d’intérêt les éléctions présidentielles françaises, et j’essaie de suivre dans la mesure du possible les débats de société en France. Il m’arrive encore d’échapper un “putain” furtif. Est-ce que pour autant, je serais un Français au Québec qui ne s’intègre pas? Je ne crois pas non.
Version QC: Personnellement, je regarde Radio-Canada très régulièrement, que ce soit pour le Téléjournal de Bernard Derome ou pour les excellentes séries québécoises qui y sont diffusées. Je bois du vin d’Australie, d’Italie, du Chili, de Californie, d’Espagne, d’Afrique du Sud… j’en oublie. Parmi les flux RSS auxquels je suis abonné, il y a Cyberpresse, Radio-Canada, et même Canöe. J’ai suivi avec énormément d’intérêt les élections provinciales du 26 mars 2007, et je suis avec autant d’attention les multiples débats de société au Québec ainsi qu’une bonne partie des matchs impliquant les Canadiens de Montréal, au grand dam d’Isa d’ailleurs. Il m’arrive souvent (trop souvent) de sacrer en québécois dans le texte. Est-ce que pour autant, je serais un Français qui se croit plus québécois encore qu’un “pure-laine”? Je ne crois pas non.
Ma vie quotidienne se compose de ces deux versions. Je suis Français, fier de l’être, fier d’être partie intégrante de la société québécoise tout en y apportant mes racines françaises et tout ce qui va avec. D’autre part, jamais je ne pourrai devenir pleinement “Québécois”, ni en me forçant, ni avec le temps, et je vis très bien avec ça. Je reste persuadé que ceci est valable au Québec comme n’importe où ailleurs et pour n’importe quel immigrant, d’où qu’il vienne et où qu’il aille. Qu’on cesse donc avec tous ces préjugés débiles que je pourfends et que j’espère avoir réduit en vulgaires souvenirs (on peut bien rêver!).
Les Français, qu’on le veuille ou non, sont une catégorie d’immigrant à part au Québec. Historiquement d’abord, linguistiquement ensuite. C’est un avantage comme un inconvénient. On le sait, on le sent, et c’est peut-être pour ça que parfois, une certaine pression s’installe en nous : il nous faut être irréprochables pour se faire pardonner des défaites de nos aïeux il y a 250 ans… qui sait?
Bref. Il n’y a pas à proprement parler de “modèle d’intégration”. Chacun vit son immigration à son rythme et à sa façon. Chacun s’intègre (ou non d’ailleurs !) à son rythme et à sa façon. Ainsi va la vie.






Je veux bien être le premier à commenter cette belle pensée. En effet, je suis entièrement d’accord avec toi que les français sont des immigrants à part entière et pas comme les autres, puisqu’ils sont les seuls qui immigrent au Québec avec l’appuie de leur gouvernement qui voit en leur immigration une forme d’expansionnisme culturelle que j’approuve et j’apprécie. Cela dit qu’un immigrant français n’est pas un malheureux affamé qui vient manger le pain des pauvres québécois (comme certains nouveaux immigrants sont vues ici), mais un aventurier dont le destin le conduira malgré lui à challenger les pure-laine et les autres immigrants à tous les niveaux (Est-ce à cause de la force et la richesse de sa culture?!!). J’ajouterais que ce n’est pas un hasard de voir les québécois qui réussissent emprunter l’accent français de France dans leurs élocutions en publique. La réalité est que j’envie énormément les français pour leurs situations; ils sont les seuls qui peuvent vraiment vivre comme citoyen d’ici et de chez eux sans devoir abandonner quoi que ce soit de leur identité. Quant à nous les autres importés, nous sommes forcés à abandonner notre identité ou vivre en ghetto, et s’ils nous arrivent de revendiquer un minimum de droit, le pure-laine ne se gêne pas à nous dire de retourner chez nous, mais le français peut retourner chez lui et vivre la tête haute, pour nous (beaucoup parmi les autres importés) si on retourne chez nous cela signifie que nous avons échoué de nous faire une vie meilleure, une vie sans dictature, une vie avec des lois et droits……………..mais à quel prix…………………..!!!!!!!!!
Abdalla | 5 mars 2008 | 17:18:04Merci pour ton commentaire.
Christophe | 10 mars 2008 | 17:21:10Je dirais que chaque immigrant, fusse-t-il français ou non d’ailleurs, laisse toujours de côté une partie de lui dans son immigration. Oui nous pourrions vivre “à la française” uniquement en plein Montréal, mais personnellement je ne suis pas venu pour ça. Certains oui, mais c’est leur choix.
Et en effet, s’il nous prend l’envie de retourner en France, même si un retour n’est pas forcément aussi facile qu’on l’imagine, on peut le faire sans problèmes. Je ne le prendrai pas pour un échec d’ailleurs si cela devait nous arriver.
Fraîchement arrivés pour un an au Canada, au Québec, et actuellement à Montréal…on te remercie de laisser chacun libre, effectivement, de vivre son expérience d’immigration ici. Super ces deux billets, instructifs sans être donneurs de leçons, exactement ce qu’il fallait !
Lachouette | 11 mars 2008 | 22:44:42intéressant… Pour alimenter le débat, savez-vous quels sont les immigrants qui quittent le Québec en plus grand nombre au bout de 5 ans ?
Les Français !
L’une des explications de cette stat semble être que les Français sont les seuls au Québec à ne pas s’appuyer sur une communauté. Quand ils arrivent au Québec, ils se retrouvent seuls sans l’appui d’une communauté pré-existante, alors que, par exemple, les Portugais s’appuient sur un fort réseau culturel, social et ECONOMIQUE pour parvenir à s’intégrer !
Si, au Québec, un Portugais embauche plus facilement un Portugais, est-ce la même chose entre Français ? Permettez-moi d’en douter !
personne | 16 avril 2008 | 20:38:25Je ne suis pas d’accord, l’anonyme. Et alors les statistiques sorties de nulle part, ça va faire là. Donne-nous des sources au moins. Et puis quand-bien même si tes statistiques s’avéraient exactes, je ne vois pas ce qu’elles démontrent.
La communauté française de Montréal, même si elle est moins soudée que les communautés italiennes et portugaises pour ne citer qu’elles, existe bel et bien, je la côtoie très régulièrement, sans même l’avoir cherché. Les Français que je connais sont très bien intégrés d’ailleurs.
Et dans mon milieu professionnel, il n’y a pas une semaine sans que je ne rencontre un nouvel interlocuteur français. Je ne peux donc pas être d’accord avec ta dernière phrase.
Ce n’était de toute façon pas l’objet de ce billet et du précédent, on dirait que tu as mal compris ce que je voulais exprimer. Je ferai mieux la prochaine fois :)
Christophe | 20 avril 2008 | 10:48:37