Point de Rupture, le referendum de 1995 au Québec
Christophe | 9 septembre 2005 | 00:13Je remarque que plus les mois passent, plus l’actualité du Québec et du Canada m’intéressent, alors qu’en même temps je me désintéresse malgré moi de l’actualité française. Manquer le JT de David Pujadas sur TV5 n’est plus une catastrophe comme ça pouvait l’être au début. Cela dit, pas une semaine ne se passe sans que je sache un minimum ce qui se passe en France, je sais par exemple que De Villepin vient de fêter ses 100 premiers jours à Matignon, l’heure du premier bilan approche semble-t-il ! J’y accorde je pense moins d’importance qu’il y a quelques mois, je me contente de lire les articles qui m’intéressent vraiment, et je me contente souvent de lire les gros titres pendant mon lunch du midi devant l’ordi au travail.
Justement, puisqu’il est question de l’actualité du Québec, hier soir et ce soir la chaîne de télévision Radio Canada a présenté sur ses ondes un documentaire en deux parties, intitulé “Point de Rupture”, à l’occasion des 10 ans du référendum sur la souveraineté du Québec. C’était d’après la chaîne le premier documentaire réalisé avec le concours des journalistes de Radio Canada côté français et anglais, et ce fut une véritable réussite. Dès la bande annonce la semaine dernière, mes deux soirées du 7 et du 8 étaient bloquées, je ne voulais manquer ça sous aucun prétexte !
Je pense qu’au bout de plus d’un an en Belle Province, je ressens le besoin de m’intégrer encore plus dans cette société plus ou moins encore nouvelle pour moi. Certaines choses, certains référentiels m’échappent encore, et c’est ma foi plutôt normal en fin de compte. Regarder cette émission était comme une évidente nécessité, j’avais je crois besoin d’en savoir plus sur ce fameux référendum de 1995 qui a profondément marqué les esprits des séparatistes mais aussi des fédéralistes qui voyaient l’éclatement de leur pays, le Canada, si le oui venait à l’emporter.
La souveraineté du Québec, le sentiment d’appartenance à une société distincte comme le disait Lucien Bouchard, sont en effet des thèmes récurrents. Je vous disais en juin dans ma news sur la Fête de la Saint-Jean, que lors de notre bref retour en France, on nous posait souvent la question : “Alors, c’est comment le Canada ?” Je ne pouvais alors m’empêcher de rectifier en précisant qu’il s’agissait plutôt du Québec, ce qui avait tendance à susciter l’incompréhension de mon interlocuteur… J’admets que le Québec est une des treize provinces du Canada et qu’à ce titre, le Québec fait partie intégrante du Canada. Mais, tous les québécois vous diront qu’ils restent (habitent) au Québec avant de rester au Canada ! Sans doute faut-il le vivre pour le voir et comprendre réellement cet état de fait.
Le documentaire de Radio Canada a fait son office : j’étais scotché devant mon écran de télévision et je pestais comme jamais à chaque pause publicitaire… Dieu sait qu’elles sont nombreuses les maudites ! Moi qui croyait que le référendum de 1995 n’avait concerné que le Québec et les québécois, je me suis rendu compte à quel point le Canada anglophone, les Etats-Unis et la France ont joué un rôle important pendant cette période critique. Jaques Parizeau et Lucien Bouchard essayaient de rendre le Québec indépendant et souverain, pendant que Jean Chrétien et son équipe devaient empêcher l’éclatement du pays. J’avoue n’avoir jamais vu la souveraineté du Québec sous cet angle : le Québec veut son indépendance d’accord, mais est-ce que le Canada est prêt à se séparer d’une de ses provinces sans rien dire? La joie des québécois si le oui l’avait emporté le soir du 30 Octobre 1995 aurait aussi provoqué une profonde tristesse parmi le Canada anglophone des autres provinces. “We love you Québec, we love you Québec!” scandaient alors de jeunes anglophones dans les rues, face à des québécois séparatistes septiques, alors que les sondages donnaient le oui gagnant à presque 60%… D’autres questions étaient posées dans ce documentaire : comment vont s’établir les relations économiques entre le Québec et le Canada si le oui l’emporte? La souveraineté du Québec doit-elle ou non passer par un partenariat ou des accords avec le Canada? Si le Canada refuse les partenariats, la souveraineté doit-elle quand-même se faire?
C’était en tous cas une période de crise majeure: le Canada et le Québec s’affrontait d’une part, et d’autre part le peuple québécois lui-même était divisé entre les partisans et les opposants à l’indépendance du Québec. Lors des manifestations des fédéralistes il y a 10 ans à Ottawa et ailleurs au Québec, on pouvait voir parmi la même foule des drapeaux canadiens et des drapeaux québécois ensembles ! Il est rare de voir du bleu et du rouge réunis ici… généralement, le bleu du 24 Juin cède sa place au rouge du 1er Juillet, on ne voit jamais les deux ! Comme quoi, on peut être québécois francophone ou anglophone, fier de l’être, mais être contre la séparation du Québec… J’ai sous doute vraiment compris ça ce soir.
Me voilà maintenant beaucoup plus septique moi aussi quand à la séparation du Québec avec le Canada. Dès que le prochain gouvernement québécois reprendra les rennes du pouvoir actuellement dirigés par Jean Charest du Parti Libéral, celui-ci aura pour mission de mener un référendum le plus rapidement possible. A l’heure actuelle, je ne sais pas de quel côté pencherait la balance de mon vote. De toute façon, il me faudra encore attendre deux ans avant de pouvoir voter, à partir du jour ou j’aurais acquis la nationalité canadienne. Ce n’est donc pas pour demain !
Liens connexes :
- Dossier “Point de Rupture” - Radio-canada.ca
- Archives multimédia du Référendum de 1995 au Québec sur Radio-canada.ca

















Parler de l’histoire du Québec sans parler du sentiment identitaire. Parler de l’histoire du Québec sans évoquer l’éternelle confrontation entre le désir de préservation d’une espèce d’unité canadienne et l’affirmation d’un peuple québécois souverain, ça serait comme oublier l’essentiel de la tragédie… qui vire parfois à la tragi-comédie, je le reconnais.
De l’autre côté de l’Atlantique, il est difficile de s’imaginer l’impact colossal qu’a l’affirmation souverainiste au Québec. On en parle même lorsque le parti souverainiste n’est pas au pouvoir, c’est un sujet récurant, un sujet qui enflamme les passions… alors que nous sommes dans un pays si consensuel, le débat sur l’indépendance déchaîne les émotions.
Le documentaire conjointement réalisé par Radio-Canada (francophone) et par la CBC (anglophone) afin de se remémorer les événements entourant le référendum sur l’indépendance du Québec de 1995, est un bon documentaire. Quatre heures intenses, quatre heures où les acteurs de ce moment historique se souviennent de ce qui aurait pu déboucher sur une crise politique majeure au pays. Il faut le reconnaître.
La première partie fût vraiment à la hauteur de mes attentes. Un Jacques Parizeau déterminé, chef charismatique du camp souverainiste, qui est tiraillé par ses propres alliés qui ont des doutes sur sa stratégie. Lucien Bouchard l’intellectuel, plus réfléchi, qui deviendra un véritable miraculé suite à sa grave maladie… et Jean Chrétien, confiant, trop confiant sur l’issue du scrutin.
La deuxième partie fût, à mon sens, beaucoup moins impartiale… Cette manifestation des “We love Quebec” à Montréal dont tu parles… véritable démonstration “d’amour” des anglos vis-à-vis du peuple Québécois… à aucun moment il est dit clairement qu’aucun des participants avait acheté son billet pour s’en venir à Montréal. Avions, bus, trains… tout avait été payé par le camp fédéraliste, avec les impôts des payeurs de taxes. Seraient-ils venus aussi nombreux s’ils avaient du payer leur billet ?
Ces étudiants d’Ontario, et d’ailleurs au Canada, inscrits à McGill et qui avaient reçu l’autorisation de voter de la part du fédéral… Pour qui pensez-vous qu’ils allaient voter ?
Et ce fameux “vote ethnique”… oui, phrase malheureuse d’un Jacques Parizeau à bout de forces, face au sort qui s’acharne sur son camp après la défaite de 1980. Oui, il n’aurait pas dû le dire, mais le vote ethnique joua un rôle important dans la défaite de 1995. Mais en dix ans, cela a changé et les forces s’équilibrent beaucoup plus maintenant. Même en distribuant des citoyennetés canadienne en accéléré aux immigrants, pas sûr que le fédéral puisse compter sur une large majorité de la part des ethnies comme en 1995. Et ils le savent !
Un bon documentaire certes, mais qui me laisse un peu amer suite à la deuxième partie.
ben, ça donne envie de voir ce documentaire…
Je voulais rajouter un truc, juste parce que ça me fait sourire (et sans aucune impertinence, parce que j’y connais rien à ce sentiement identitaire canadien et à ce référendum) mais écrit comme cela, ça fait vraiment penser aux Corses.
à part que même si l’on paye les continentaux, il n’y en aura plus beaucoup pour scander “on aime la Corse”
Excusez cette incursion
Julien
C’est vrai que j’attendais de cette deuxième partie un peu plus de recul quant à cette “affaire”, peut-être un ton plus polémique ou dénonciateur. Les faits étaient simplement relatés de façon plus on moins floue : il fallait vraiment lire entre les lignes et connaître l’histoire de ce référendum afin de vraiment comprendre que tous ces avions, ces bus et ces chambres d’hôtels avaient été une gracieuseté du gouvernement fédéral de Jean Chrétien. Pour ce qui est du vote ethnique, oui peut-être est-il une des causes de la victoire du non au référendum de 1995, mais en même temps, je ne pense pas que le Québec puisse “choisir” ses immigrants en fonction de leur futur vote en faveur de la souveraineté. Peut-être devrait-il mieux communiquer sur ce point, comme l’avait incidieusement fait le Fédéral à l’époque envers les nouveaux arrivants au pays au travers de procédures d’immigration accélérées et de “propagande” dans les lettres de bienvenue… Sujet délicat.
C’est vrai que la comparaison avec la Corse en France peut être établie. A la différence près comme tu dis que personne ne les retiendra de partir sous prétexte que l’unité nationale serait en péril ! Quoique, sait-on jamais… moi personnellement, si la Corse devait un jour partir, ce serait “Bon vent!” Si tu veux voir ce documentaire, pour information je l’ai numérisé, donc je dispose de la totalité du documentaire en fichiers informatiques sans aucune publicités! Quand on enlève les pubs, le documentaire fait un peu plus de trois heures et non quatre d’ailleurs. A bon entendeur, vous n’avez qu’à m’écrire et je vous transfère ça.
Je tenais simplement à exprimer publiquement ma fierté de voir mon p’tit frère aiguiser sa conscience politique et partager avec nous cette réflexion citoyenne pour le pays (ou la province ?!? ouarf, loin de moi l’idée de relancer le débat…) bref l’espace politique où il construit sa vie aujourd’hui.
Bises à Jean-Philippe au passage, dont l’argument du “voyage des anglos payé par la fédération” ne me semble toutefois pas très convaincant d’un point de vue rhétorique pour défendre la cause souverainiste.
En ce qui concerne la Corse, j’ajouterai juste qu’il faut avoir vécu ses paysages, mangé sa charcuterie, siroté son vin de noix… avant de dire “bon vent” le coeur si léger…
En attendant, je suis très intéressée par un transfert du docu numérisé.
Allez, je tranche : VIVA L’ITALIA
Cecilia
He he… bah au bout d’un an de vie ici, c’est normal de s’intéresser à la politique entre autres choses… même si le rythme de l’actualité politique est beaucoup moins frénétique ici qu’en France où finalement, je me rends compte qu’on ne parle que de ça !
Je vais laisser à JP le soin d’argumenter, je pense juste que la souveraineté du Québec est sans doute beaucoup plus légitime que celle des Corses avec qui j’ai comme un blocage psychologique. Les Québécois revendiquent à juste titre leur appartenance à une société distincte (sous entendu du reste du Canada anglophone) de part leur culture, leur langue et leur histoire. Maintenant, il est évident que chaque région de France a sa culture et ses traditions, mais elles ne revendiquent pas l’indépendance comme peut le faire la Corse qui, sous prétexte qu’elle est une île, se permet bien des choses, malgré sa charcuterie et son vin de noix !
Une autre différence, et de taille celle-là : on ne rencontre pas de postes de police dynamités ni de mairies saccagées sur le chemin que parcourt le Québec jusqu’à son indépendance… Il s’agit d’une “lutte” pacifique, on ne peut pas en dire autant de nos amis les Corses. Ne les mettons pas pour autant tous dans le même panier, les Corses ne sont pas tous des nationalistes poseurs de bombes… et les Québécois ne sont pas tous non plus pour la souveraineté… mais ils sont bien plus nombreux à porter en eux cette identité distincte, et aucun d’eux ne poserait des bombes pour obtenir par la force ce qu’ils souhaitent. A JP la suite!
Pour ce qui est du documentaire numérisé, rendez-vous dans la partie privée pour les instructions de téléchargement !
A bientôt ;)
Loin de moi l’idée de vouloir rallier telle ou telle personne à la cause souverainiste. Je mettais juste en évidence que la deuxième partie du documentaire mettait en évidence certaines erreurs du camp du “oui”, et avec raison, sans parler clairement d’une certaine manipulation électorale des fédéralistes.
Difficile ici de parler de l’argumentation indépendantiste… déjà que de vive voix c’est assez complexe à expliquer, alors ici, vous pensez bien !
Mais je compte faire une série de chroniques sur le sujet… très bientôt…
En attendant, je vous invite à lire ce que j’ai pensé de ce documentaire sur mon site culturel à cette adresse : http://www.zone-critique.com/a.....article=14
À plus !
Jean-Phi.
Ce débat est d’une telle complexité et j’en connais si peu les tenants et les aboutissants … d’autant plus que je n’ai pas vu le documentaire dont il est question !
Ma remarque à Jean-Phi était une petite boutade de profane, un prétexte pour te convoquer, et nous savons très bien que le format de nos “post” entraîne en apparence des raccourcis de pensée que seule une longue discussion peuvent étayer… ou une visite approfondie de ton site culturel, pour lire tes chroniques que je devine passionnantes !
Je trouve cela très important de se sentir concerné par l’histoire politique de sa terre d’élection, et c’est tout à fait normal de se détacher un peu de la politique intérieure française ! Ici, on sent la campagne présidentielle approcher à grands pas, ce qui donne le résultat suivant :
ceux qui nous gouvernent ne pensent plus une seconde à gouverner mais à faire campagne ; les camps de l’opposition ne proposent nulle alternative puisqu’ils sont occupés à anticiper la dite campagne.
Rien de passionnant, hélas. Les grandes questions en matière de relance économique, de réforme sociale… sont toujours en suspens. Et les Français bouffent de plus en plus de pâtes.
Cecilia
quand ils ont des pâtes…
Ok… le mythe du français râleur qui se plaint alors qu’il a tout ce qu’il lui faut n’est vraiment pas prêt de s’écrouler … :P V’la que vous n’avez même plus de quoi manger à votre faim maintenant! On a bien fait de partir… ;)
Pour en revenir au sujet, tout à l’heure dans l’ascenseur de ma tour, deux québecois parlaient d’une anecdote qui leur était arrivée en rapport avec le référendum de 1995. Comme quoi, encore une fois, le sujet même 10 ans après est resté dans la mémoire collective des québécois, fallait-il le prouver.
Nan, mais c’est surtout le mythe du Français qui plaisante là, même si c’est aussi une réalité. Il y a un an, plus de 22 000 étudiant vivaient en situation de pauvreté réél (ce qui correspond à la Fac de lille 1, pour information, ou à la population étudiante de Tours, à peu de chose pres). Donc y’a pas que la volonté de raler. Mais bon, je réponds un peu sérieusement à quelquechose qui ne l’etait pas vraiment je pense.
Pour en revenir au sujet, j’ai vu le documentaire, et un constat s’impose : ne pas connaitre une culture, une population, l’ Histoire d’un peuple, rend difficile la prise de position, la compréhension de ces évènements dans leur globalité. Donc je ne peux, ou ne veux le voir que comme un documentaire sur lequel je ne ferais pas de commentaires, en tout cas sur le fond. Sur la forme par contre, je dois dire que ça m’a fait bizarre. J’avais l’impression de me retrouver devant un doc de CBS ou NBC ou que sais-je. Bref, un doc Etats-unien, mais en Français. On sens l’influence nord américaine (surtout qu’il a été fait en partenariat avec la télé Canadienne anglophone) . Tout ceci m’a juste rappelé qu’il est facile de juger un peuple lorsqu’on est séparé par un océan, et ça a tendance à me remettre à ma place face à ce qu’il se passe en amérique du nord en général.
c’est d’ailleur assez amusant qu’au moment où je me rapelle cela, je lise la news suivante d’Isa… Je pense que je comprends et suis d’accord avec elle.