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Un couple de Français à Montréal, Québec, Canada
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Putain, 4 ans !!!

Christophe | 16 mai 2008 | 01:27:02

Non, ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui dit ça, quoiqu’il pourrait bien avoir prononcé cette phrase à l’heure ou j’écris ces lignes.

Aujourd’hui, 16 mai 2008, Isa et moi fêtons nos 4 ans à Montréal ! Pour l’occasion, et pour marquer le coup, voici venu le nouveau Montréal à moi.

Il m’aura fallu deux mois pour trouver un thème qui me plaisait vraiment, et qui était facilement personnalisable. Je l’ai trouvé grâce à l’excellent travail de Julien de Luca et son thème Freshy 2, que Isa et moi avons modifié pour donner le résultat que vous voyez..Tout n’est pas fini, loin de là, mais là il est 1h15 du matin…

À venir peut-être, quand j’aurais eu le temps de fignoler le tout, un bilan sur ces 4 ans passés à Montréal !

Dodo.

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Ok, trois ans. Pi?

Christophe | 13 juillet 2007 | 13:33:27

Ma chronique précédente était un bilan de nos trois premières années passées en tant qu’immigrant au Québec. Et si je parlais de l’année à venir? Des trois prochaines? Des cinq prochaines? Des… dix prochaines? Est-ce que je peux affirmer avec certitude que je serai encore au Québec dans trois, cinq ou dix ans? Je vais tenter d’y répondre, par l’image, dans cette dernière chronique.

Commençons par l’année qui vient. C’est d’abord, très probablement, l’année où nous allons nous demander notre citoyenneté canadienne. Eh oui, ce serait dommage d’avoir passé ces années au Québec “pour rien”, sans demander notre citoyenneté. Si pour une raison X nous devions rentrer en France, au moins nous n’aurions pas à refaire les démarches d’immigration si au bout de quelques années nous souhaitions revenir. Mais de toute façon, ce n’est pas le plus important : personnellement, il me tarde de pouvoir prendre ma part de responsabilité dans mon pays d’adoption : pouvoir voter aux élections, me sentir appartenir pleinement à la société canadienne, me débarasser de mon statut d’immigrant “permanent” qui, justement, pourrait ne plus l’être du tout par la même occasion. Bref, ça en fait du chemin à parcourir, après tous ces litres d’essence déjà consumés depuis notre arrivée. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin !

Élargissons maintenant notre champ de vision. Essayons d’y parvenir doucement. Fermez les yeux. Gardez-en juste un ouvert pour continuer à lire disons. Vous voici au Québec depuis plus de trois ans, après avoir traversé autant d’épreuves heureuses que difficiles pour en arriver là ou vous en êtes. Les lumières s’éteignent, le son mono fait place au son stéréo dolby surround tout en s’amplifiant, les bavardages du public cessent : le film commence. Vous revenez ce soir de la projection en avant première (au Québec, on s’entend) de “Ensemble, c’est tout”. Très bon film par ailleurs. Un film français donc, que vous avez été voir au cinéma Quartier Latin, dans une salle remplie à craquer… de Français, pour la plupart. Voir un film français à Montréal, c’est croire pendant deux heures que l’on se trouve en France, ou plutôt oublier, le temps d’un film, que l’on a immigré au Québec, et qu’on se trouve dans une salle de cinéma à Montréal. Toutes les conditions sont réunies pour participer à cette terrible machination : film français, public composé de Français essentiellement, rires synchronisés de toute la salle sur des références culturelles ou des répliques typiquement françaises, on s’y croirait. Rien à faire, vous vous dites que c’est plaisant de retrouver instantanément les anciens repères que l’on a mis de côté pour s’en créér d’autres en arrivant. Revoir Paris, son métro, ses rues, réentendre certains sons caractéristiques de Paris ou de la France, tout cela vous fait forcément voyager dans l’espace-temps… Le temps d’un film, une certaine nostalgie de votre vie d’avant pourrait fort bien vous envahir. En ce qui me concerne, c’est presque systématique. L’intensité de ce sentiment de nostalgie dépend cependant de la qualité du film et de ses prises de vues qui parfois me titillent particulièrement. Allez, c’est la fin du générique de fin, il est temps de sortir de la salle. Eh oui, vous êtes au Quartier Latin, à Montréal ! Ça fait drôle hein ? Je sais ce que c’est ! Si vous êtes atteint des mêmes symptômes que moi, vous ressentirez ça vous aussi, à votre façon. Peut-être en êtes-vous déjà victime? Bah, pas grave. Dans les trois prochaines minutes, vous savez déjà que tout ça sera oublié. Vous serez même contents d’avoir fait en quelques secondes le voyage en sens inverse, et de profiter de l’été à Montréal !

Essayons de voir encore plus large, avec encore plus de profondeur; entrons maintenant dans l’affectif. Votre famille, vos amis, ceux que, comme moi et comme tous les immigrants, vous avez laissé dans votre pays d’origine. Certains le vivent bien, d’autres le vivent moins bien voir très mal, pour x raisons qui sont propres à chacun d’entres nous. Pour ma part, je vis l’éloignement familial et affectif relativement bien, mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il se pourrait bien qu’un jour, je ne le vive plus très bien. Je touche du bois. Pourquoi éloigner cette idée, la nier même, alors que nous y sommes tous confrontés? Et si encore il n’y avait que ce fantôme pour parfois venir nous hanter et installer le doute en nous ! Parlons-en, exorcisons ces questions existentielles, si vous le voulez bien !

Je vis donc plutôt bien l’éloignement famillial, mais certaines situations installent forcément le doute, ou remettent en question ce choix que l’on a fait de vivre à l’étranger.

Je pense bien évidemment au décès de ma grand-mère, il y a déjà bientôt un an. Perdre un proche n’est déjà pas chose facile, perdre un proche quand on se trouve à 6000 kilomètres de sa famille n’est pas là pour arranger les choses. J’avais eu la chance de pouvoir me rendre à son enterrement, mais aurais-je à nouveau cette possibilité quand la Faucheuse s’attaquera au “prochain” sur la liste? Oui, comme vous, ce mot, “prochain” me fait froid dans le dos… Aurais-je la force de surmonter un deuxième décès dans ma famille? A vrai dire, je n’en sais rien. On pense toujours que oui, parce que tout ceci fait partie de notre choix de vie, qu’on en avait conscience avant de partir.. que nenni.

Les amis maintenant. Ou plus exactement, ceux qui sont encore là après l’écrémage qui suit le départ. Est-ce qu’ils s’accrochent désespérément dans l’espoir de nous voir revenir un jour ? Est-ce qu’ils savent ce que nous vivons au quotidien? Est-ce qu’ils nous comprendrons encore dans 5 ans, dans 10 ans, enfin, est-ce qu’ils resteront ? Est-ce qu’ils pourraient nous en vouloir de développer d’autres amitiés dans notre pays d’adoption? Bien malin celui qui pourrait répondre avec certitude à toutes ces questions. Tenez, assez récemment, je me suis cyber engueulé avec mon meilleur ami resté en France, pour une histoire stupide de débat sur le port du hidjab, et l’utilisation du mot “soccer” ici au Québec pour désigner le football que l’on connait en Europe. Nous avons du continuer le débat par courriel pour éviter le pugilat public et parce que de toute façon, nos commentaires étaient entrés dans la sphère privée. J’en ai profité pour lui rappeler à quel point je souhaitais qu’il vienne me voir, histoire qu’il puisse se faire une idée de ce que nous vivons ici. Mais j’ai été obligé aussi de lui dire que, malheureusement, même s’il restait plusieurs semaines, il n’aurait finalement jamais une idée précise de ce en quoi est faite notre vie ici. Il n’aurait rien à se le reprocher pour autant. Ceci est le lot de chaque immigrant : gérer les décalages qui parfois s’installent, et jongler avec. Si seulement il n’y avait que le décalage horaire, hein ça… Nous avons du nous appeler par téléphone, un soir de semaine, pour en découdre, mettre les points sur certains i, et en finir avec cet épisode qui est aujourd’hui de l’histoire ancienne. Une fois de plus, tout ceci fait réfléchir.

Et enfin, finissons brièvement par la vue à long, voire à très long terme. Attention, ça fesse. On y va. Suis-je prêt à avoir des enfants au Québec? Est-ce qu’un jour, le principe de “Maman Webcam” fera partie du quotidien de ma propre mère, et celui d’”enfants webcam” pourra être le quotidien de mes propres enfants? Suis-je prêt, suis d’accord avec l’idée que mes enfants auront l’accent québécois, et seront bien plus québécois que je ne pourrais l’être moi-même? Suis-je d’accord avec l’idée que la France ne représentera que “le pays de naissance des parents”, du point de vue de mes futurs enfants? Est-ce que nous serons encore au Québec dans 10 ans? Dans 20 ans? Je ne saurai le dire, ni prendre le risque d’y répondre aujourd’hui. Et, non chérie, les enfants peuvent encore attendre un p’tit boute !

Bref, cette anecdote au cinéma, et les considérations suivantes un peu plus profondes, ne sont donc pas complètement pas anodines. Heureusement, ces idées nous traversent l’esprit rapidement et de façon éphémère. De plus, c’est vrai que dans le cadre d’une chronique comme celle-ci, j’y met un peu plus de relief, voire de lourdeur… ne vous y méprenez pas ! J’espère d’ailleurs n’avoir remis en cause aucun projet d’immigration d’un lecteur qui aurait lu ces lignes, ce n’était pas le but, mais alors pas du tout !

Pour finir, car toutes les bonnes choses ont une fin, cette chronique met un terme à ma carrière de chroniqueur chez Immigrer.com. Oh je ne dis pas que je n’en enverrai pas de temps en temps à Laurence, à titre de chroniques “ponctuelles”, pourquoi pas. Et puis, quitter comme ça la communauté, la grande famille Immigrer.com qui m’a tant apporté et à qui j’ai essayé de donner en retour grâce à mes chroniques, est quelque chose que je ne suis pas prêt à faire !

Cette chronique parlait entre autre d’avenir… eh bien justement, il est temps que je cède ma place à une jeune recrue, fraichement débarquée, qui aura tant à raconter ! Je dois dire que ces deux dernières années m’ont beaucoup inspiré. Certains des sujets que j’ai abordé ont provoqué de vifs débats sur le forum, alors d’autres sont passés presque inaperçus. Qu’importe, j’ai fait mon temps. Ce que j’ai à dire s’oriente beaucoup moins qu’avant vers le lectorat d’Immigrer.com, et cela s’est ressenti dans mes trois ou quatre dernières chroniques. J’avais moi même plus de difficultés à trouver un sujet digne de faire l’objet d’une chronique d’une part, et d’autre part qui puisse réellement intéresser. Je pars donc, mais je garde un pied et un oeil sur vous ! Bonne chance à ma ou mon successeur(e) !

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Trois ans, ’stie!

Christophe | 15 mai 2007 | 12:39:02

Trois ans. Cela fera exactement trois ans, le 16 mai 2007, qu’Isa et moi aurons posé nos valises à Montréal. Cet anniversaire est l’occasion pour moi de revenir sur ces trois dernières années, de faire le point, le bilan. Quelle tâche fastidieuse que celle de faire un bilan de vie, faire le point sur ces trois dernières années qui ont changé ma vie, nos vies. Je vous propose donc un voyage accéléré dans les trois dernières années de ma vie : commençons à l’heure où l’immigration au Québec n’était qu’au stade d’idée, de concept caressé doucement, de folie… jusqu’à aujourd’hui. Et sans aucun doute, demain.

Nous voici donc projeté 3 ans exactement en arrière, dans l’avion qui nous conduit à Montréal en ce 16 mai 2004. Les épreuves et les moments intenses que nous venons de vivre resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Nos deux dernières semaines en France avaient été fantastiques. Les moments forts avec la famille, avec les amis, les adieux, la veille et le mariage d’un couple d’amis auquel je n’ai pas pu assister en entier, l’au-revoir baclé et raté à mon meilleur ami, la dernière nuit avant le départ où personne ne s’est reposé, le jour du départ les yeux mi-clos et boursouflés… tout cela n’est pas près de s’effacer. Beaucoup enviaient notre projet qui se concrétisait, pendant que les autres se demandaient encore comment on pouvait sciemment lâcher un CDI à notre âge, et partir vers l’inconnu sans même avoir la certitude de retrouver du travail “la-bas”. Après presque un an de démarches abracadabrantes, d’aller-retours incessants à l’ambassade du Canada, et de questions existentielles à n’en plus finir, nous y étions. Le point de non-retour était franchi. Alea Jacta Est.

Nos premiers mois sur le sol québécois furent mémorables. Le moindre écureuil fascine, l’accent québécois étonne tandis que le notre nous trahit, la taille exubérante des appareils éléctroménagers et des voitures nous prend de court, l’hiver approchant nous terrifie, l’actualité canadienne et québécoise nous dépasse tandis que les nouvelles de France et “Patxi” en couverture de Paris-Match (la Star’Ac 3… ou 4?) nous rassurent. Nous apprenons à connaître Montréal, un peu plus chaque jour : chacun y découvre ses coins favoris, ses quartiers préférés, ses nombreux parcs. Nous découvrons Montréal et ses festivals d’été, ses feux d’artifice chaque semaine. Après un séjour chez mon parrain qui nous avait accueilli pendant nos 6 premières semaines, nous emménageons en juillet 2004 dans un petit trois et demi d’une tour à logements sur Rachel, avec vue sur le parc Lafontaine et le centre-ville. Nous avions hâte d’y être… le séjour chez mon parrain s’était plutôt mal terminé pour des raisons d’incompatibilité de caractères que je regrette mais sur lesquelles je me m’épancherai pas.

Puis vient rapidement le temps de se trouver du travail, au beau milieu de cette période de découverte de notre nouvel univers. Le stress se fait sentir… et si je ne trouvais jamais? Et si je ne trouvais pas un travail qui corresponde à mes compétences, et qui me plaise ? Allez, on se lance. Six semaines dans un club de recherche d’emploi. Payées. Oui, payées ! Oh, pas de quoi se payer un trois et demi sur le Plateau, bien entendu, mais ça aide quand-même. CV refait mode québécoise, je le dépose sur Monster.ca. Et hop, mes deux prochaines années étaient bookées quelques jours plus tard. Chanceux… oui je sais. Quoique j’ai un souvenir relativement amer de ces premiers mois passés à travailler au Québec pour des casinos en ligne. J’étais tombé sur une compagnie qui ignorait parfaitement ce que signifiait le mot “organisation”, et au coeur d’un business délirant d’activités et de rebondissements. Je me suis fait littéralement exploiter pendant mes trois premiers mois, à me demander quelle connerie j’avais bien pu faire en prenant ce maudit avion. Heureusement, les choses se sont améliorées graduellement, et mes journées de travail se sont terminées régulièrement à 17 heures quelques mois plus tard. Ah… maudites habitudes, satanée mentalité française et belle jeunesse, toutes trois m’avaient enferré dans cette compagnie alors qu’il me suffisait de profiter de la flexibilité du marché de l’emploi pour mieux rebondir ! Bah, à l’époque, c’était inconcevable. D’autant plus qu’Isa étudait à HEC et que nous ne vivions que sur un seul salaire, qu’il ne s’agissait en aucun cas de laisser filer. En tous cas !

Le temps passe. Déjà un an… Notre premier retour touristique en France recharge nos batteries tout en les épuisant en même temps : une semaine pour voir tout le monde, c’est bien trop court. Quelques mois plus tard, une partie de la famille vient à nous pour notre plus grand plaisir. Octobre 2005, nous craquons pour un petit chat et lui faisons élire domicile chez nous. Muffin fait désormais partie de la famille. Nous surmontons haut la main notre premier hiver, j’en redemande même. Quelle joie, chaque matin, de marcher sur les trottoirs enneigés de ce premier hiver ! Quelle expérience inoubliable que celle de fumer une cigarette par -42° Celsius avec facteur vent ! Et quelle surprise de constater qu’un deuxième automne nous attend après l’hiver, quand la neige fondante d’avril dévoile les feuilles de novembre emprisonnées sous la glace depuis des mois… La période des découvertes touche à sa fin mais nous réserve manifestement encore quelques surprises.

Nous restons un an dans notre trois et demi sur Rachel, opuis nous déménageons l’année suivante, pour nous retrouver dans un demi sous-sol quelque peu glauque, derrière le Dairy-Queen de la rue Parc. Je ne recommande à personne le demi sous-sol… je pense bien qu’il doit en exister des sympas et agréables à vivre, mais le notre ne l’était guère. Je suis encore dans mes casinos, Isa a trouvé du travail au moment ou sa deuxième année d’étude commence. À part l’obscurité de notre appart qui nous plombe le moral, tout va pour le mieux en cette année 2005. Nous partons quelques jours découvrir New-York, nous achetons notre première voiture, et nous vivons de l’extérieur les émeutes qui secouent les banlieues françaises. Je me laisse emporter par un documentaire saisissant, qui me plonge dans les méandres de l’actualité canado-québécoise et me permet d’y voir beaucoup plus clair : le documentaire “Point de Rupture“, sur le référendum de 1995. Ça y est, une fibre de plus vibre en moi.

2005, c’est aussi l’année de la première saison des Invincibles, qui me montre l’audace et la force de caractère des séries TV québécoises qui sont d’une qualité époustouflante. Son cinéma non plus n’a rien à envier au cinéma français. Des films d’une immense qualité comme l’Audition, précédé d’Horloge biologique et suivi de La vie avec mon père, (pour ne citer qu’eux, sortis en 2005) me transportent au coeur des problématiques de la société québécoise que je comprends de mieux en mieux. Je fais des liens, des connexions. Certains référents culturels qui me manquaient viennent peu à peu s’ajouter au puzzle complexe et parfois tordu de la société québécoise que j’apprends à aimer et que j’aime comprendre.

L’année 2005 s’achève sur une note “blanche” : le 16 décembre 2005, 42 centimètres de neige tombent en moins de douze heures sur Montréal et sa grande région métropolitaine. Même pas la peine d’essayer la voiture, elle restera au garage ce jour là. Puis arrivent Noël et nouvel an, entre amis

2006. Élections fédérales, les conservateurs au pouvoir. Puis, les manifestations monstres anti-CPE en France, qui après les émeutes, sont le deuxième évènement que nous avons vécu de l’extérieur, avec nos yeux d’immigrants. Incompréhension face à tous ces jeunes qui n’ont jamais travaillé ou si peu, et qui claquent la porte à un contrat qui aurait pu apporter un peu de souplesse des deux côtés du bureau, le jour de l’entretien, ou le jour de la démission. Passons, et revenons au Québec. Ce Québec que je commençais à comprendre l’année précédente, j’y décrivais une autre de ses facettes qui m’avait sauté à la face dans une chronique intitulée Les deux solitudes. Ces deux mondes différents qui se cotoient cordialement chaque jour, je le vivais quotidiennement chaque jour. À l’époque, je travaillais dans le quartier d’Atwater, à quelques mètres de Westmount… et j’avais coutume de dire que je faisais en réalité des milliers de kilomètres chaque jour pour aller au bureau et rentrer à la maison. Je vivais au Québec, mais tous les matins, j’aller travailler au Canada, et tous les soirs, je rentrais chez moi au Québec. Que personne ne me dise que le Québec n’est pas différent du reste du Canada. Souverainiste de la première heure ou fédéraliste convaincu, il me semble inconcevable (ou hypocrite) de nier le caractère distinctif du Québec.

Le temps passe. Déjà deux ans. Le 16 mai 2006, soit deux ans jour pour jour après notre arrivée à Montréal, nous étions dans le bureau du notaire pour signer les papiers d’achat de notre futur condo. Rien que deux ans ! Puis un deuxième retour en France, plus long celui-là parce qu’une semaine, c’est bien trop court. La folie de la coupe du monde de football envahit Montréal, la France en finale, les Français de Montréal en liesse, mais Zizou qui déconne. Too bad. Montréal se remet d’un mois très spécial, l’ambiance retombe, les confettis disparaissent. Ma grand-mère maternelle décide d’en faire autant, un jour du mois d’août 2006. Le soir même, j’avais mon billet d’avion, et quelques jours plus tard, j’étais en France auprès de ma famille. Décalage horaire, décalage psychologique, tristesse, joie, émotions en tout genre, j’étais là, mais j’étais aussi ailleurs par moments. C’était une épreuve difficile à traverser pour l’immigrant que j’étais et que je reste encore aujourd’hui. On a beau s’y attendre, et on a beau savoir qu’on aura peut-être à faire face à cette éventualité au moment des préparatifs, rien ne peut nous permettre d’être prêt ce jour là. Vivre le décès d’un proche à distance a tendance à prolonger le deuil parait-il. C’était vrai.

Septembre 2006. Un mois de fin d’été qui aurait pu être tout à fait paisible sans le 13 septembre 2006. De ma fenêtre au bureau, du haut de ma tour, j’assiste avec mes collègues aux premières minutes de la fusillade du Cégep de Dawson, pour me retrouver projeté au coeur de l’action à cause d’une stupide mais néanmoins irrépréssible envie de fumer une cigarette. Les deux semaines qui s’en suivirent furent terriblement marqués par l’évènement, et en particulier à la place Alexis Nihon, ou je travaillais. A propos de travail, je commençais à me trouver autre chose en passant des entrevues discrètement en pleine journée ou sur l’heure du lunch, ni vu ni connu. Les casinos me lassaient sérieusement. Je finis par trouver rapidement, pour commencer une nouvelle job le 13 novembre. Commencer un 13 n’était sans doute pas une bonne idée : deux mois plus tard j’étais viré, à mon grand soulagement d’ailleurs, et une semaine après notre troisième retour en France pour les fêtes. Quelle joie de passer ces moments en famille et entre amis !

2007. Je commence ma troisième nouvelle job au Québec.. J’y suis encore aujourd’hui et pour encore longtemps j’espère ! 2007 et son hiver tardif du 15 janvier, qui s’est imposé jusqu’au 16 avril dernier avec un bon petit 10 centimètres de neige fondante pour bien t’écoeurer une dernière fois. Ça a marché pour moi. Cette année, l’hiver a eu raison de moi, et je l’ai même haï. Avril et mai nous passionnent pour l’actualité française et les élections présidentielles, nous nous remettons à regarder le JT de France chaque soir. Le 16 mai 2007, le nouveau président de la république française va prendre ses fonctions, le jour où, il y a trois ans exactement, nous avions posé nos valises au Québec.

A venir, la demande de citoyenneté canadienne ! Pas pour tout de suite, mais on y songe. Il s’en passe des choses en trois ans !!!


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