Yes, I speak French!
Christophe | 23 janvier 2008 | 00:37:47Vu ici. Un très bon texte de Stéphane Laporte, particulièrement d’actualité d’ailleurs, et que je ne trouve pas plus caricatural ni exagéré que ça finalement. La conclusion est un peu dure merci. Mais… anyway, lisez.
Deux clientes entrent dans une boutique du centre-ville de Montréal. La première s’extasie devant un chandail : Wow ! Son amie la rejoint : Cool !
La vendeuse intervient :
– Can I help you ?
–Yes, I want…
Son amie l’interrompt :
– Qu’est-ce que tu fais là ? On est au Québec, icitte ! Fais-toé servir dans ta langue !
–T’as raison, man ! Do you speak French ?
–No, sorry!
– Ah ben ça, c’est l’boutte ! Bill 101, ring a bell ? ‘stie ! Je veux être servie dans ma bouche !
– Dans ta langue, Manon !
– C’est vrai, on n’est pas au restaurant ! Dans ma langue ! In my tongue !
La vendeuse hausse les épaules :
– I don’t understand !
– Ben c’est ça, le problème, avec vous autres, vous ne nous comprenez pas ! Mais on est la majorité. C’est un manque de respect pour notre gang ! Savez-vous c’est quoi le respect, madame ? R-E-S-P-E-C-T ! Même Aretha Franklin est capable de l’épeler en français !
– Avec un accent, par exemple…
– Ça, c’est pas grave, au moins elle se force. Forcez-vous ! C’est tout ce qu’on vous demande, de vous forcer un peu. Vous connaissez sûrement quelques mots en français : déjà-vu, soufflé, oh la la, voulez-vous coucher avec moi ?
– Sorry !
–Sorry, sorry, on est tannés que vous soyez sorry. Vous, vous pensez que c’est niaiseux, mais si on ne se fait pas respecter, on va disparaître ! Moi, j’veux maigrir mais j’veux pas disparaître ! Capitche ?
–I don’t understand !
– Manon, passe-moi ton phone, j’appelle les nouvelles !
– Attends ! Avant, je veux voir la boss. Miss, je veux voir la boss ! I want to see the bump !
–I don’t understand…
– Ah ben là, shit, ça va faire ! J’me force pour parler sa langue pis a m’understande pas encore ! On sacre notre camp d’icitte ! Vous aurez pas notre cash ! C’est fini ce temps-là ! On n’est plus des bouffons, on est le Cirque du Soleil, astheure !
Les deux copines sortent du magasin, fières d’elles. Deux vitrines plus loin, elles voient le même chandail, elles s’empressent d’entrer. Le vendeur les accueille :
– Hello !
– Bonjour, do you speak French ?
–Yes, I speak French !
–Boonnn ! Enfin quelqu’un qui parle français ! Je veux le top midnight blue dans le small.
– OK.
Le vendeur va chercher le chandail bleu nuit, taille petite, et le met dans une boîte. Puis il pitonne sur la caisse enregistreuse. Manon est ravie, et se retourne vers son amie :
– Non, mais c’est-tu le fun de se faire servir en français ?
– Mets-en, ma chum !
Elle donne 50 $ au vendeur. L’amie est prête à s’en aller :
– Qu’est-ce qu’on fait tonight ? On va-tu voir Across the Universe ou P.S. I Love You ?
–Relaxe ! J’attends mon change.
Le vendeur lui remet sa monnaie.
– Merci ! Pis félicitations pour votre français !
Elles sortent du magasin.
– Moi, un anglais qui se force à parler notre langue, ça m’émotionne tellement, un peu plus je l’aurais frenché !
–Calm down Manon, take it easy !
Pendant ce temps, le patron de la boutique vient voir son employé et lui dit qu’il ne savait pas qu’il parlait français. L’employé lui répond : “You don’t have to speak French to understand the Québécois, you just have to pretend to do so.”
Un top midnight blue dans le small, c’est pas difficile à comprendre, même pour un Anglais de Westmount. Un submarine avec des chicken wings non plus.
Le vendeur n’a fait qu’appliquer à ses clientes la méthode Harper : avoir l’air de satisfaire les Québécois, tout en ne changeant absolument rien. Bravo pour votre belle nation ! De toute façon, dans le français des Québécois, il y a au moins 51 % d’anglais, ce n’est qu’une question de temps avant que les anglophones unilingues nous comprennent à 100 %.






Trop vrai ce texte!
Bon tu ne m’en voudras pas j’espère
Mais je l’ai publié moi aussi sur mon BloG du coup!
Bonne fin de semaine ;)
KRiSS | 23 janvier 2008 | 15:45:34Quand je suis venu au Québec, je savais qu’ils étaient réputés ces braves Québecois pour dire “fin de semaine” au lieu de “week-end”, magasinage au lieu de shopping etc…
Mais ils me parlaient de screwdriver pour un tournevis, de whippers pour des balais d’essuie-glace etc…
En fait ils utilisent nettement plus de mots en anglais qu’en France ou en Belgique, mais ce ne sont pas les mêmes, simplement…
cEd
DecIRC | 23 janvier 2008 | 16:02:13@ Kriss: aucun problème, je l’ai moi-même repris! Du moment que tu cites la source originale ;)
@ DecIRC: Oui, c’est vrai, au final, l’emploi de mots anglais dans la vie quotidienne équivaut à l’utilisation de ceux-ci en français de France. Cela dit, ce paradoxe linguistique s’explique culturellement, historiquement, et de part la situation géographique du Québec.
Les Français en France utilisent des anglicismes à tire-larigot mais pour eux, ces mots sont quasiment intégrés au Français. Moi aussi j’allais faire du shopping, et pour ce faire je garais ma voiture sur parking. Ici, on a créé des lois et des organismes pour essayer de défendre la langue française, en essayant de limiter ces anglicismes.
Il y a encore 40 ans, à Montréal, les entreprises étaient dirigées par des anglophones. Les manuels automobiles étaient rédigés uniquement en anglais, d’ou les “whippers”, les “tires” et autres “bumpers” d’aujourd’hui, alors que chacun de ces mots a une traduction dans la langue de Molière. Les parents de la génération d’aujourd’hui ne vivaient pas en français comme nous pouvons le faire… il faudra un certain temps avant que les séquelles laissées par la domination anglophone ne s’estompent vraiment, et encore plus pour que cela puisse se répercuter réellement à la langue française telle qu’elle est parlée au Québec.
Il ne faut pas oublier non plus que les situations géographiques de la France et du Québec ne sont pas du tout les mêmes: la France n’est pas entourée de 300 millions d’anglophones comme peut l’être le Québec. Cela ne rend pas plus facile la lourde tâche de la défense du français au Québec.
Enfin, c’est à chacun de faire l’effort, s’il le souhaite, de militer à son échelle pour la sauvegarde du Français, surtout à Montréal d’ailleurs où le pourcentage de francophones sur l’île de Montréal est récemment passé pour la première fois en dessous de la barre des 50%. Psychologiquement, c’est quelque chose.
Christophe | 23 janvier 2008 | 22:32:11bonsoir
david | 25 janvier 2008 | 13:06:03je suis vos péripéties depuis plus d 1 an déjà et je dois dire que c aussi à cause de vous que la fièvre d’immigrer outre atlantique m’a prise également.
je suis attente pour l obtention d un visa d 1 an et je souhaiterais trouver un job dans ma branche qui est le transport maritime et routier par conteneur, sur montreal
si vous avez des plans de colocation, n’hésitez pas à m en faire part et surtout continuez !!!
il faut de temps à autre regarder au delà de l horizon, merci de me l’avoir fait redécouvrir !!
david
Ça fait du bien de lire un billet dénonçant l’anglicisation de notre belle métropole. Je crois que dans la naïveté des deux jeunes filles francophones, on retrouve les illusions d’une nation au grand complet.
Si les années 20 étaient notre enfance, la révolution tranquille notre adolescence tranquille, on a raté une belle occasion en 1980 et 1995 de devenir adultes. Et on le sait, les adolescents, c’est influençable…
Merci de mettre en lumière notre perception et leur perception.
Bon blog, je reviendrai.
En Saignant | 26 janvier 2008 | 10:53:42Laporte is hilarious. That said, I think he’s kind of stealing from Tetes a Claques here, in terms of the anglicismes in Quebec French.
Bilingual in Montreal | 27 janvier 2008 | 23:34:10hhehehe funny ton post man…
C drole on lutte pour le bilinguisme pi on va faire checker nos galipers au garage du coin sans oublier de mettre du gaz dans le char pi de deglacer nos whippers…
Mais au moins on mange un mac poulet avec un coke diète et non pas un mac chicken et un coca light
AU final c’est la même chose…
C’est comme manger du pain sans gras trans mais avec des ogm ou du pain sans ogm avec du gras trans ;)
mat | 30 janvier 2008 | 16:05:06Oui moi je suis d’accord qu’on doit s’addapter au pays ou on vit. Mais je dois dire aussi que les Français ne le font pas non plus , en tout cas pas quand eux ils vivent et travaillent au Luxembourg, car là on parle le Luxembourgeois, et moi personnellement j’en ai marre je ne plus pouvoir faire mes achats en utilisant ma langue maternelle, ….en plus cette arrogence et impertinance si on ne leur parle pas en Français ….je ne supporte plus. Bien alors …il ne faut pas prendre au personel , mais il faut réfléchir…..vous avez bien reconnu le fait qu’au Québec on parle le Français. Moi j’ai fait l’experience au Luxembourg ….et je me sens comme étrangère dans mon Pays. A mon avis il faut s’addapter au pays où on vit , à point c’est tout.
Claire | 10 février 2008 | 02:58:48