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Un couple de Français à Montréal, Québec, Canada
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Le dernier JT de Patrick Poivre D’Arvor sur TF1

Christophe | 10 juillet 2008 | 18:59:08

Il y a parfois des évènements qui prennent peut-être plus d’importance quand on a immigré dans un autre pays.  Il y a deux ans par exemple, à un jour près, TV5 Monde diffusait la dernière de Tout le monde en parle avec Thierry Ardisson. Aujourd’hui, c’était le dernier journal télévisé de Patrick Poivre D’Arvor, après 21 ans de service chez TF1.

Patrick Poivre D\'Arvor

J’avais appris sa mise à pied dans la presse française, un peu de la même façon que lui d’ailleurs… Et ce matin, à la radio de Radio-Canada, l’animateur en a glissé un mot.

Ce midi, je n’ai pas résisté, il fallait que je regarde en direct ce dernier JT de PPDA. J’ai fini par trouver un flux d’une excellente qualité qui diffusait la chaine en direct. Ce qui m’intéressait vraiment, c’étaient les toutes dernières minutes du journal, les adieux de PPDA à la chaine et à son public. Elles se sont passées vers 14h35, heure de Montréal. J’ai regardé ce moment avec énormément d’émotion.

http://www.montrealamoi.com/files/080710-dernier-JT-PPDA.flv

Pour tous les Français, ces quelques minutes représentaient une page de l’histoire de la télévision française qui se tournait. Mais pour moi, comme peut-être pour une partie des Français de l’étranger, le départ de PPDA représente plus que tout cela : c’est un repère, une véritable institution qui disparait et qui me montre que la France est en train de changer, sans moi. Par exemple, lors de nos retours en France, se retrouver devant le journal télé de PPDA était un signe manifeste d’un retour aux sources en quelque sorte. Lors de notre prochain retour en France, ce même JT qui sera alors présenté par Laurence Ferrari, n’aura pas la même symbolique. C’est en partie à cause de ce lien qui se rompt ainsi, et dont Patrick Poivre D’Arvor a parlé, que j’ai ressenti beaucoup d’émotion en visionnant en direct les dernières minutes d’antenne du présentateur vedette de TF1.

Maintenant, je sais relativiser, et je n’en fais pas une affaire d’État (un jeu de mots qui plaira à certains !!!). Demain, je n’y penserai plus, mais je suis obligé d’admettre que ce genre d’évènement m’affecte d’autant plus depuis que j’ai quitté la France.

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JT TF1, Laurence Ferrari, Patrick Poivre d'Arvor, ppda, TF1, tout le monde en parle
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Les Tables de loi de l’immigrant français au Québec (2 de 2)

Christophe | 1 mars 2008 | 15:06:29

[Note: ce billet est la suite de celui-ci, je vous conseille d'en prendre connaissance avant de continuer.]

Place maintenant aux explications, à la version “entre les lignes”, après avoir fait mijoter tout ça quelques temps! Voici donc “les dix commandements de l’immigrant français au Québec”, détaillés et développés, suivi de ce qu’il fallait comprendre derrière tout ça.

“Toi, Français au Québec, tu te dois d’être un immigrant parfait sous tous rapports.

Quand tu choisiras entre Bell et Vidéotron pour ta télé, il ne sera pas nécessaire pour toi de sélectionner TV5. Regarder TV5 nuira à ton intégration au Québec, tiens-le toi pour dit. Oublie donc le JT de Pujadas, “Envoyé Spécial”, mais surtout… “Questions pour un champion”. Ah et “Thalassa” aussi, bien sûr.

Pendant que tu y es, renies tes origines françaises en fait, ça accélèrera d’autant plus ton processus d’intégration. De toute façon quand tu ouvriras la bouche, personne ici ne saura que tu es Français de France. Si, si si.

Bon par contre parmi les chaînes de ton bouquet TV là, il faut que tu prennes RDS, sinon tu ne pourras jamais devenir fan du Canadien de Montréal. Pour Martineau, c’est bon, Télé-Québec fait partie du bouquet de base.

Autre chose: apprends dès maintenant à détester cordialement la Reine d’Angleterre et Michaëlle Jean. Tu sauras qui c’est plus tard c’est pas grave; déteste-la. Déteste-les je veux dire, pas seulement Elizabeth II, tu as compris? Bon.

Entre deux sacres bien sentis contre Elizabeth II ou Michaëlle Jean, il faudra que tu manges une poutine, et que tu aimes ça. Ah bah oui hein! Sinon, tu ne t’intègreras jamais mon vieux!

Si tu veux t’intégrer plus vite encore, tu devras prendre l’accent québécois, pas juste des intonations hein, prendre l’accent au complet, et te mettre à sacrer comme du monde. Par exemple on dit pas “tabernacle” mais “tabârnakkk!!!”. Non n’essaies pas maintenant tu n’y arriveras pas. C’est pas la peine tu l’as pas du tout! Allez.

Au bout de quelques temps, ton processus d’intégration sera déjà bien entamé (encore plus si tu as suivi à la lettre les précédentes étapes). Rendu là, le moment sera choisi pour toi de choisir ton camp. Soit t’es bleu, soit t’es rouge, mais je te recommande vivement de préférer le bleu. C’est d’ailleurs pour ça qu’il faut que tu détestes la reine d’Angleterre et la gouverneure générale, tu te souviens? Non tu vois pas le rapport mais c’est normal, tu feras les connexions plus tard ok? Bon!

Naturellement, tu es venu au Québec pour vivre en français hein, hors de question pour toi d’avoir de quelconques penchants pour la vie en anglais. Y’a Calgary pour ça si tu veux! Le côté rouge de la force… Euh, non rien, c’était pas important anyway.

Enfin, j’espère pour toi que tu oublieras pour de bon le savoir-vivre et les plaisirs gastronomiques à la française, parce qu’ici, d’une ça te coûtera un bras, et de deux ça fitte pas dans le moule… ça retardera ton intégration en gros.

FIN.
”

J’avoue, c’était exagéré, extrêmement même, à un point que je ne pensais pas atteindre, mais le fond de ma pensée est là.

Il fallait simplement comprendre derrière tout ça que, selon moi, n’importe quel immigrant est libre de vivre comme il l’entend au Québec, à partir du moment ou sa liberté n’empiète pas sur celles des autres. Personne ne saurait lui dicter une façon de penser ou de se comporter, personne ne devrait l’influencer quant au “camp” à choisir ni lui indiquer pour qui voter, le tout pour qu’il ressemble au parfait immigrant français s’éloignant le plus possible du stéréotype du fameux “maudit Français”.

Version FR: Personnellement, je regarde TV5 assez régulièrement, que ce soit pour le JT de France 2 ou pour les quelques films français qui y sont diffusés. Je bois du vin français même s’il est cher. Parmi les flux RSS auxquels je suis abonné, il y a “Le Monde”, “Le Figaro”, et même “Libération”. J’ai suivi avec énormément d’intérêt les éléctions présidentielles françaises, et j’essaie de suivre dans la mesure du possible les débats de société en France. Il m’arrive encore d’échapper un “putain” furtif. Est-ce que pour autant, je serais un Français au Québec qui ne s’intègre pas? Je ne crois pas non.

Version QC: Personnellement, je regarde Radio-Canada très régulièrement, que ce soit pour le Téléjournal de Bernard Derome ou pour les excellentes séries québécoises qui y sont diffusées. Je bois du vin d’Australie, d’Italie, du Chili, de Californie, d’Espagne, d’Afrique du Sud… j’en oublie. Parmi les flux RSS auxquels je suis abonné, il y a Cyberpresse, Radio-Canada, et même Canöe. J’ai suivi avec énormément d’intérêt les élections provinciales du 26 mars 2007, et je suis avec autant d’attention les multiples débats de société au Québec ainsi qu’une bonne partie des matchs impliquant les Canadiens de Montréal, au grand dam d’Isa d’ailleurs. Il m’arrive souvent (trop souvent) de sacrer en québécois dans le texte. Est-ce que pour autant, je serais un Français qui se croit plus québécois encore qu’un “pure-laine”? Je ne crois pas non.

Ma vie quotidienne se compose de ces deux versions. Je suis Français, fier de l’être, fier d’être partie intégrante de la société québécoise tout en y apportant mes racines françaises et tout ce qui va avec. D’autre part, jamais je ne pourrai devenir pleinement “Québécois”, ni en me forçant, ni avec le temps, et je vis très bien avec ça. Je reste persuadé que ceci est valable au Québec comme n’importe où ailleurs et pour n’importe quel immigrant, d’où qu’il vienne et où qu’il aille. Qu’on cesse donc avec tous ces préjugés débiles que je pourfends et que j’espère avoir réduit en vulgaires souvenirs (on peut bien rêver!).

Les Français, qu’on le veuille ou non, sont une catégorie d’immigrant à part au Québec. Historiquement d’abord, linguistiquement ensuite. C’est un avantage comme un inconvénient. On le sait, on le sent, et c’est peut-être pour ça que parfois, une certaine pression s’installe en nous : il nous faut être irréprochables pour se faire pardonner des défaites de nos aïeux il y a 250 ans… qui sait?

Bref. Il n’y a pas à proprement parler de “modèle d’intégration”. Chacun vit son immigration à son rythme et à sa façon. Chacun s’intègre (ou non d’ailleurs !) à son rythme et à sa façon. Ainsi va la vie.

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Les Tables de loi de l’immigrant français au Québec (1 de 2)

Christophe | 27 février 2008 | 01:00:42

[Ce billet ainsi que celui qui va suivre sont dans mes brouillons depuis plus d'un mois. Je les vois à chaque fois que je veux écrire un billet. Ils ont été écrits en une seule soirée, mais après plusieurs jours voire semaines de réflexion. Leur inspiration vient de textes que j'ai pu lire sur le net (forums, blogues, et autres que je ne citerai volontairement pas, je donne trop dans la polémique ces temps-ci) ou de belles paroles que j'ai pu entendre ici et là. J'ai longtemps hésité avant de les publier, j'aurais voulu les réécrire ou plus exactement les reformuler, mais je ne trouve jamais le temps de le faire et de plus, cela les "dénaturerait" en quelque sorte. Je les ai même fais lire à certaines personnes, dont Isa évidemment, afin qu'elles me disent ce qu'elles en pensent, chose que je ne fais jamais d'habitude.

Fait que... allez hop, je lâche la "bombe" en espérant qu'elle suscite des questions et des réactions intéressantes et constructives. Notez que j'ai volontairement choisi de publier ces deux billets dans la catégorie "Bilan", puisque c'est une réflexion qui s'est construite avec le temps et que je n'aurais pas pu avoir il y a quatre ans.]

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans sujet qui me taraude depuis pas mal de temps, mais je n’ai pas encore pris le temps de l’évoquer. C’est le moment. Attention, ça va fesser dans l’dash.

Il y a parfois un certain discours dominant qu’on entend ou qu’on peut lire quand on est immigrant français au Québec. Je dis “quand on est immigrant français” car je ne sais naturellement pas si c’est le cas pour les immigrants autres que français. Ce discours voudrait nous dicter une certaine façon de faire et de se comporter en tant qu’immigrant au Québec. Il est de plus souvent véhiculé par des immigrants français fraîchement arrivés au Québec, mais aussi parfois par des piliers de bar de l’intégration au Québec. Même s’il passe souvent pour une sorte de blague, un fond de vérité contre lequel je m’insurge voudrait s’imposer. Ce discours, sous toutes ses formes, j’ai de plus en plus de difficultés à l’encaisser.

Voici maintenant le contenu de ces Tables de la loi dont l’immigrant Français au Québec devrait s’abreuver sans modération.

  • Premier commandement: Je suis le Dieu des immigrants Français au Québec
  • Deuxième commandement : Tu ne regarderas pas le 20 heures de France 2 sur TV5
  • Troisième commandement : Se souvenir d’oublier la fête nationale française du 14 juillet
  • Quatrième commandement : Honore le Canadien de Montréal et Richard Martineau
  • Cinquième commandement : Tu tueras la Reine d’Angleterre et Michaëlle Jean
  • Sixième commandement : Tu mangeras de la poutine
  • Septième commandement : Tu prendras l’accent québécois
  • Huitième commandement : Tu ne feras pas de témoignages à saveur fédéraliste
  • Neuvième commandement : Tu ne désireras pas vivre en anglais à Montréal
  • Dixième commandement : Tu ne convoiteras pas le vin et le fromage ben moins chers en France

Je vous laisse mijoter avec ça quelques temps, et je publierai le deuxième billet bien assez tôt.

À suivre…

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Diplômée de HEC Montréal: la photo officielle

Isabelle | 18 mai 2007 | 18:15:52
Diplomee HEC Montreal

C’est non sans joie que je vous présente la photo officielle de ma remise de diplôme. Une belle expérience nord-américaine, avec toge et émotions.

Un grand merci à ma famille, amis et Christophe sans qui je n’aurai pu obtenir ce beau diplôme!

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Trois ans, ’stie!

Christophe | 15 mai 2007 | 12:39:02

Trois ans. Cela fera exactement trois ans, le 16 mai 2007, qu’Isa et moi aurons posé nos valises à Montréal. Cet anniversaire est l’occasion pour moi de revenir sur ces trois dernières années, de faire le point, le bilan. Quelle tâche fastidieuse que celle de faire un bilan de vie, faire le point sur ces trois dernières années qui ont changé ma vie, nos vies. Je vous propose donc un voyage accéléré dans les trois dernières années de ma vie : commençons à l’heure où l’immigration au Québec n’était qu’au stade d’idée, de concept caressé doucement, de folie… jusqu’à aujourd’hui. Et sans aucun doute, demain.

Nous voici donc projeté 3 ans exactement en arrière, dans l’avion qui nous conduit à Montréal en ce 16 mai 2004. Les épreuves et les moments intenses que nous venons de vivre resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Nos deux dernières semaines en France avaient été fantastiques. Les moments forts avec la famille, avec les amis, les adieux, la veille et le mariage d’un couple d’amis auquel je n’ai pas pu assister en entier, l’au-revoir baclé et raté à mon meilleur ami, la dernière nuit avant le départ où personne ne s’est reposé, le jour du départ les yeux mi-clos et boursouflés… tout cela n’est pas près de s’effacer. Beaucoup enviaient notre projet qui se concrétisait, pendant que les autres se demandaient encore comment on pouvait sciemment lâcher un CDI à notre âge, et partir vers l’inconnu sans même avoir la certitude de retrouver du travail “la-bas”. Après presque un an de démarches abracadabrantes, d’aller-retours incessants à l’ambassade du Canada, et de questions existentielles à n’en plus finir, nous y étions. Le point de non-retour était franchi. Alea Jacta Est.

Nos premiers mois sur le sol québécois furent mémorables. Le moindre écureuil fascine, l’accent québécois étonne tandis que le notre nous trahit, la taille exubérante des appareils éléctroménagers et des voitures nous prend de court, l’hiver approchant nous terrifie, l’actualité canadienne et québécoise nous dépasse tandis que les nouvelles de France et “Patxi” en couverture de Paris-Match (la Star’Ac 3… ou 4?) nous rassurent. Nous apprenons à connaître Montréal, un peu plus chaque jour : chacun y découvre ses coins favoris, ses quartiers préférés, ses nombreux parcs. Nous découvrons Montréal et ses festivals d’été, ses feux d’artifice chaque semaine. Après un séjour chez mon parrain qui nous avait accueilli pendant nos 6 premières semaines, nous emménageons en juillet 2004 dans un petit trois et demi d’une tour à logements sur Rachel, avec vue sur le parc Lafontaine et le centre-ville. Nous avions hâte d’y être… le séjour chez mon parrain s’était plutôt mal terminé pour des raisons d’incompatibilité de caractères que je regrette mais sur lesquelles je me m’épancherai pas.

Puis vient rapidement le temps de se trouver du travail, au beau milieu de cette période de découverte de notre nouvel univers. Le stress se fait sentir… et si je ne trouvais jamais? Et si je ne trouvais pas un travail qui corresponde à mes compétences, et qui me plaise ? Allez, on se lance. Six semaines dans un club de recherche d’emploi. Payées. Oui, payées ! Oh, pas de quoi se payer un trois et demi sur le Plateau, bien entendu, mais ça aide quand-même. CV refait mode québécoise, je le dépose sur Monster.ca. Et hop, mes deux prochaines années étaient bookées quelques jours plus tard. Chanceux… oui je sais. Quoique j’ai un souvenir relativement amer de ces premiers mois passés à travailler au Québec pour des casinos en ligne. J’étais tombé sur une compagnie qui ignorait parfaitement ce que signifiait le mot “organisation”, et au coeur d’un business délirant d’activités et de rebondissements. Je me suis fait littéralement exploiter pendant mes trois premiers mois, à me demander quelle connerie j’avais bien pu faire en prenant ce maudit avion. Heureusement, les choses se sont améliorées graduellement, et mes journées de travail se sont terminées régulièrement à 17 heures quelques mois plus tard. Ah… maudites habitudes, satanée mentalité française et belle jeunesse, toutes trois m’avaient enferré dans cette compagnie alors qu’il me suffisait de profiter de la flexibilité du marché de l’emploi pour mieux rebondir ! Bah, à l’époque, c’était inconcevable. D’autant plus qu’Isa étudait à HEC et que nous ne vivions que sur un seul salaire, qu’il ne s’agissait en aucun cas de laisser filer. En tous cas !

Le temps passe. Déjà un an… Notre premier retour touristique en France recharge nos batteries tout en les épuisant en même temps : une semaine pour voir tout le monde, c’est bien trop court. Quelques mois plus tard, une partie de la famille vient à nous pour notre plus grand plaisir. Octobre 2005, nous craquons pour un petit chat et lui faisons élire domicile chez nous. Muffin fait désormais partie de la famille. Nous surmontons haut la main notre premier hiver, j’en redemande même. Quelle joie, chaque matin, de marcher sur les trottoirs enneigés de ce premier hiver ! Quelle expérience inoubliable que celle de fumer une cigarette par -42° Celsius avec facteur vent ! Et quelle surprise de constater qu’un deuxième automne nous attend après l’hiver, quand la neige fondante d’avril dévoile les feuilles de novembre emprisonnées sous la glace depuis des mois… La période des découvertes touche à sa fin mais nous réserve manifestement encore quelques surprises.

Nous restons un an dans notre trois et demi sur Rachel, opuis nous déménageons l’année suivante, pour nous retrouver dans un demi sous-sol quelque peu glauque, derrière le Dairy-Queen de la rue Parc. Je ne recommande à personne le demi sous-sol… je pense bien qu’il doit en exister des sympas et agréables à vivre, mais le notre ne l’était guère. Je suis encore dans mes casinos, Isa a trouvé du travail au moment ou sa deuxième année d’étude commence. À part l’obscurité de notre appart qui nous plombe le moral, tout va pour le mieux en cette année 2005. Nous partons quelques jours découvrir New-York, nous achetons notre première voiture, et nous vivons de l’extérieur les émeutes qui secouent les banlieues françaises. Je me laisse emporter par un documentaire saisissant, qui me plonge dans les méandres de l’actualité canado-québécoise et me permet d’y voir beaucoup plus clair : le documentaire “Point de Rupture“, sur le référendum de 1995. Ça y est, une fibre de plus vibre en moi.

2005, c’est aussi l’année de la première saison des Invincibles, qui me montre l’audace et la force de caractère des séries TV québécoises qui sont d’une qualité époustouflante. Son cinéma non plus n’a rien à envier au cinéma français. Des films d’une immense qualité comme l’Audition, précédé d’Horloge biologique et suivi de La vie avec mon père, (pour ne citer qu’eux, sortis en 2005) me transportent au coeur des problématiques de la société québécoise que je comprends de mieux en mieux. Je fais des liens, des connexions. Certains référents culturels qui me manquaient viennent peu à peu s’ajouter au puzzle complexe et parfois tordu de la société québécoise que j’apprends à aimer et que j’aime comprendre.

L’année 2005 s’achève sur une note “blanche” : le 16 décembre 2005, 42 centimètres de neige tombent en moins de douze heures sur Montréal et sa grande région métropolitaine. Même pas la peine d’essayer la voiture, elle restera au garage ce jour là. Puis arrivent Noël et nouvel an, entre amis

2006. Élections fédérales, les conservateurs au pouvoir. Puis, les manifestations monstres anti-CPE en France, qui après les émeutes, sont le deuxième évènement que nous avons vécu de l’extérieur, avec nos yeux d’immigrants. Incompréhension face à tous ces jeunes qui n’ont jamais travaillé ou si peu, et qui claquent la porte à un contrat qui aurait pu apporter un peu de souplesse des deux côtés du bureau, le jour de l’entretien, ou le jour de la démission. Passons, et revenons au Québec. Ce Québec que je commençais à comprendre l’année précédente, j’y décrivais une autre de ses facettes qui m’avait sauté à la face dans une chronique intitulée Les deux solitudes. Ces deux mondes différents qui se cotoient cordialement chaque jour, je le vivais quotidiennement chaque jour. À l’époque, je travaillais dans le quartier d’Atwater, à quelques mètres de Westmount… et j’avais coutume de dire que je faisais en réalité des milliers de kilomètres chaque jour pour aller au bureau et rentrer à la maison. Je vivais au Québec, mais tous les matins, j’aller travailler au Canada, et tous les soirs, je rentrais chez moi au Québec. Que personne ne me dise que le Québec n’est pas différent du reste du Canada. Souverainiste de la première heure ou fédéraliste convaincu, il me semble inconcevable (ou hypocrite) de nier le caractère distinctif du Québec.

Le temps passe. Déjà deux ans. Le 16 mai 2006, soit deux ans jour pour jour après notre arrivée à Montréal, nous étions dans le bureau du notaire pour signer les papiers d’achat de notre futur condo. Rien que deux ans ! Puis un deuxième retour en France, plus long celui-là parce qu’une semaine, c’est bien trop court. La folie de la coupe du monde de football envahit Montréal, la France en finale, les Français de Montréal en liesse, mais Zizou qui déconne. Too bad. Montréal se remet d’un mois très spécial, l’ambiance retombe, les confettis disparaissent. Ma grand-mère maternelle décide d’en faire autant, un jour du mois d’août 2006. Le soir même, j’avais mon billet d’avion, et quelques jours plus tard, j’étais en France auprès de ma famille. Décalage horaire, décalage psychologique, tristesse, joie, émotions en tout genre, j’étais là, mais j’étais aussi ailleurs par moments. C’était une épreuve difficile à traverser pour l’immigrant que j’étais et que je reste encore aujourd’hui. On a beau s’y attendre, et on a beau savoir qu’on aura peut-être à faire face à cette éventualité au moment des préparatifs, rien ne peut nous permettre d’être prêt ce jour là. Vivre le décès d’un proche à distance a tendance à prolonger le deuil parait-il. C’était vrai.

Septembre 2006. Un mois de fin d’été qui aurait pu être tout à fait paisible sans le 13 septembre 2006. De ma fenêtre au bureau, du haut de ma tour, j’assiste avec mes collègues aux premières minutes de la fusillade du Cégep de Dawson, pour me retrouver projeté au coeur de l’action à cause d’une stupide mais néanmoins irrépréssible envie de fumer une cigarette. Les deux semaines qui s’en suivirent furent terriblement marqués par l’évènement, et en particulier à la place Alexis Nihon, ou je travaillais. A propos de travail, je commençais à me trouver autre chose en passant des entrevues discrètement en pleine journée ou sur l’heure du lunch, ni vu ni connu. Les casinos me lassaient sérieusement. Je finis par trouver rapidement, pour commencer une nouvelle job le 13 novembre. Commencer un 13 n’était sans doute pas une bonne idée : deux mois plus tard j’étais viré, à mon grand soulagement d’ailleurs, et une semaine après notre troisième retour en France pour les fêtes. Quelle joie de passer ces moments en famille et entre amis !

2007. Je commence ma troisième nouvelle job au Québec.. J’y suis encore aujourd’hui et pour encore longtemps j’espère ! 2007 et son hiver tardif du 15 janvier, qui s’est imposé jusqu’au 16 avril dernier avec un bon petit 10 centimètres de neige fondante pour bien t’écoeurer une dernière fois. Ça a marché pour moi. Cette année, l’hiver a eu raison de moi, et je l’ai même haï. Avril et mai nous passionnent pour l’actualité française et les élections présidentielles, nous nous remettons à regarder le JT de France chaque soir. Le 16 mai 2007, le nouveau président de la république française va prendre ses fonctions, le jour où, il y a trois ans exactement, nous avions posé nos valises au Québec.

A venir, la demande de citoyenneté canadienne ! Pas pour tout de suite, mais on y songe. Il s’en passe des choses en trois ans !!!


Retrouvez cette chronique sur le site www.immigrer.com

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Alors, la Saint-Jean ?

Christophe | 26 juin 2005 | 00:53:15

Bonjour à tous !

Un drapeau québécois sur un balcon lors de la fête de la Saint-JeanVous pouvez voir sur la gauche une photo prise non loin de chez nous il y a quelques jours. Les drapeaux québécois semblent fleurir sur les balcons de toute la ville lors de cette période de fête du Québec. Nous avons donc participé aux célébrations de la Fête Nationale du Québec hier, en petit comité, rien à voir en effet avec l’année dernière où nous étions bien plus nombreux ! Ce fut néanmoins une journée agréable bien entendu mais les contraintes de certains et les obligations des autres ont fait que nous n’avons pas pu nous réunir tous ensemble pour célébrer cette journée.

La foule réunie autour d'une scène installée sur le Champ de Mars Cette année, le 24 juin a sans doute pris un autre sens pour nous. Il y a un an, le 24 juin 2004, cela faisait un peu plus d’un mois que notre avion avait atterri. Nous ne vivions pas encore dans notre propre appartement, aucun de nous deux ne travaillait encore… nous étions encore en vacances, en pleine période de découverte de notre nouvelle terre d’accueil. Mais cette année, les choses ont changé puisque justement, cela fait maintenant plus d’un an que nous sommes là ! Et depuis un an, nous avons appris à connaître mieux la société québecoise. Cette fête de la Saint-Jean a pris désormais un tout autre sens à nos yeux !

Les drapeaux Québécois fleurissaient également parmi la foule nombreuse venu participer aux célébrations de la Fête Nationale du Québec !Maintenant en effet, nous sommes sans doute plus sensibilisés à la “cause” québécoise, au sentiment d’appartenance à une communauté fière de sa différence, de son histoire, de ses valeurs et sa culture. Et même si l’idée d’un Québec indépendant parait pour l’instant difficilement réalisable pour plusieurs raisons notamment économiques sur lesquelles je ne vais pas m’épancher, je crois que nous voterions Oui au référendum sur l’indépendance du Québec s’il y en avait un et si nous avions le droit de vote. Je me souviens, lors de notre retour en France, on me disait souvent des phrases comme celles-ci : “Ah bah oui, ça ne se passe pas comme ça au Canada !” Je ne pouvais m’empêcher de répondre “Au Québec tu veux dire !”, ce qui suscitait souvent une réaction inattendue comme “Oui bon, tu m’as compris…” ou encore “Eh bien ça y est, il a viré de bord !” Il s’agit donc d’un concept bien difficile à faire comprendre à un interlocuteur qui n’y habite pas… au Québec. Non je n’ai pas “viré de bord”, je “reste” (habiter) au Québec bien avant de rester à Montréal - QC - Canada ! Evidemment, il y a un an, il m’aurait été bien difficile d’avoir ce discours là : je venais à peine de comprendre la différence entre le provincial et le fédéral… Mais maintenant, plus de doutes ! Et hier, le 24 Juin, j’avais cette-fois moi aussi, mon drapeau du Québec.

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6 mois déjà !

Isabelle | 16 novembre 2004 | 10:39:31

Bonjour tout le monde !

Et oui voilà 6 mois que nous sommes ici… le temps passe tellement vite ! Nous avons repris un bon rythme de vie : boulot / dodo/ amis… on ne s’ennuie pas ;-)

La ville est toujours aussi belle et change de jours en jours sous nos yeux : quelle vue de cet apparement ! Rien que pour ça nous hésiterons à déménager…

6 mois de découverte, de plaisirs, d’apprentissage d’une nouvelle culture, d’un nouveau mode de vie. C’est une chance que nous avons de pouvoir ouvrir nos esprits à cet univers, cette façon de penser, d’intérargir avec les autres différentes et pleine de surprises. Chaque jour nous nous étonnons de petites choses, bien que le quotidien s’installe nous avons le sentiment de vacances prolongées… On est là avec des yeux d’enfants, curieux de petites découvertes : “Ils disent un carosse pour dire un landeau”. Le vocabulaire est nouveau et la culture qui l’accompagne aussi. Mélange savoureux d’une Amérique française à laquelle nous participons chaque jour.

De petits bonheurs qui font de cette expérience une occasion unique pour nous d’enrichir notre connaissance de l’autre, de comment les gens pensent et vivent de l’autre bord de l’océan. On gagne en profondeur et en recul sur notre façon de penser à l’européenne tellement différente de celle des québecois !

Le froid arrive et comme vous l’avez vu, Montrealamoi fait peau neuve et endosse les couleurs de l’hiver. Nous avons hâte d’affronter le terrible hiver dont tout le monde parlepour voir si nous serons à la hauteur pour survivre aux éléments déchaînés :-) Le test ultime pour savoir si nous surporterons de rester ici quelques années. On se rassure déjà en se disant “l’été est tellement beau”… oui mais quand même !

Nous découvrons ces jours-ci la “stratégie des couches” : deux pantalons, deux paires de gants, un débardeur, un t-shirt, un pull colV, un pull col roulé, un gilet, un manteau, une écharpe et un bonnet pour les oreilles… Oui, c’est une sacrée intendance pour la lessive mais c’est efficace. J’ai enfin compris pourquoi les esclalators du métro étaient aussi longs : c’est pour nous laisser le temps de remettre en place nos 15 épaisseurs avant d’affronter l’extérieur ! Il faut dire que le métro est chauffé à plus de 25° et que la différence avec l’extérieur à -7° est terrible ! Ca pique au corps et engourdit les jambes tellement il fait froid, mais quand nous avons la chance d’avoir le soleil qui brille au-dessus de nos têtes, alors on a l’impression qu’il fait moins froid (on peut enlever le pull, voire le gilet également !)

Je laisserais Christophe vous parler de ses impressions après 6 mois ici, mais je pense qu’il se reconnaîtra dans ce que je viens de vous décrire… En deux mots “c’est que du bonheur” ;-)

… mais vous nous manquez tous très fort !

Bises,

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