Ok, trois ans. Pi?
Christophe | 13 juillet 2007 | 13:07:27Ma chronique précédente était un bilan de nos trois premières années passées en tant qu’immigrant au Québec. Et si je parlais de l’année à venir? Des trois prochaines? Des cinq prochaines? Des… dix prochaines? Est-ce que je peux affirmer avec certitude que je serai encore au Québec dans trois, cinq ou dix ans? Je vais tenter d’y répondre, par l’image, dans cette dernière chronique.
Commençons par l’année qui vient. C’est d’abord, très probablement, l’année où nous allons nous demander notre citoyenneté canadienne. Eh oui, ce serait dommage d’avoir passé ces années au Québec “pour rien”, sans demander notre citoyenneté. Si pour une raison X nous devions rentrer en France, au moins nous n’aurions pas à refaire les démarches d’immigration si au bout de quelques années nous souhaitions revenir. Mais de toute façon, ce n’est pas le plus important : personnellement, il me tarde de pouvoir prendre ma part de responsabilité dans mon pays d’adoption : pouvoir voter aux élections, me sentir appartenir pleinement à la société canadienne, me débarasser de mon statut d’immigrant “permanent” qui, justement, pourrait ne plus l’être du tout par la même occasion. Bref, ça en fait du chemin à parcourir, après tous ces litres d’essence déjà consumés depuis notre arrivée. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin !
Élargissons maintenant notre champ de vision. Essayons d’y parvenir doucement. Fermez les yeux. Gardez-en juste un ouvert pour continuer à lire disons. Vous voici au Québec depuis plus de trois ans, après avoir traversé autant d’épreuves heureuses que difficiles pour en arriver là ou vous en êtes. Les lumières s’éteignent, le son mono fait place au son stéréo dolby surround tout en s’amplifiant, les bavardages du public cessent : le film commence. Vous revenez ce soir de la projection en avant première (au Québec, on s’entend) de “Ensemble, c’est tout”. Très bon film par ailleurs. Un film français donc, que vous avez été voir au cinéma Quartier Latin, dans une salle remplie à craquer… de Français, pour la plupart. Voir un film français à Montréal, c’est croire pendant deux heures que l’on se trouve en France, ou plutôt oublier, le temps d’un film, que l’on a immigré au Québec, et qu’on se trouve dans une salle de cinéma à Montréal. Toutes les conditions sont réunies pour participer à cette terrible machination : film français, public composé de Français essentiellement, rires synchronisés de toute la salle sur des références culturelles ou des répliques typiquement françaises, on s’y croirait. Rien à faire, vous vous dites que c’est plaisant de retrouver instantanément les anciens repères que l’on a mis de côté pour s’en créér d’autres en arrivant. Revoir Paris, son métro, ses rues, réentendre certains sons caractéristiques de Paris ou de la France, tout cela vous fait forcément voyager dans l’espace-temps… Le temps d’un film, une certaine nostalgie de votre vie d’avant pourrait fort bien vous envahir. En ce qui me concerne, c’est presque systématique. L’intensité de ce sentiment de nostalgie dépend cependant de la qualité du film et de ses prises de vues qui parfois me titillent particulièrement. Allez, c’est la fin du générique de fin, il est temps de sortir de la salle. Eh oui, vous êtes au Quartier Latin, à Montréal ! Ça fait drôle hein ? Je sais ce que c’est ! Si vous êtes atteint des mêmes symptômes que moi, vous ressentirez ça vous aussi, à votre façon. Peut-être en êtes-vous déjà victime? Bah, pas grave. Dans les trois prochaines minutes, vous savez déjà que tout ça sera oublié. Vous serez même contents d’avoir fait en quelques secondes le voyage en sens inverse, et de profiter de l’été à Montréal !
Essayons de voir encore plus large, avec encore plus de profondeur; entrons maintenant dans l’affectif. Votre famille, vos amis, ceux que, comme moi et comme tous les immigrants, vous avez laissé dans votre pays d’origine. Certains le vivent bien, d’autres le vivent moins bien voir très mal, pour x raisons qui sont propres à chacun d’entres nous. Pour ma part, je vis l’éloignement familial et affectif relativement bien, mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il se pourrait bien qu’un jour, je ne le vive plus très bien. Je touche du bois. Pourquoi éloigner cette idée, la nier même, alors que nous y sommes tous confrontés? Et si encore il n’y avait que ce fantôme pour parfois venir nous hanter et installer le doute en nous ! Parlons-en, exorcisons ces questions existentielles, si vous le voulez bien !
Je vis donc plutôt bien l’éloignement famillial, mais certaines situations installent forcément le doute, ou remettent en question ce choix que l’on a fait de vivre à l’étranger.
Je pense bien évidemment au décès de ma grand-mère, il y a déjà bientôt un an. Perdre un proche n’est déjà pas chose facile, perdre un proche quand on se trouve à 6000 kilomètres de sa famille n’est pas là pour arranger les choses. J’avais eu la chance de pouvoir me rendre à son enterrement, mais aurais-je à nouveau cette possibilité quand la Faucheuse s’attaquera au “prochain” sur la liste? Oui, comme vous, ce mot, “prochain” me fait froid dans le dos… Aurais-je la force de surmonter un deuxième décès dans ma famille? A vrai dire, je n’en sais rien. On pense toujours que oui, parce que tout ceci fait partie de notre choix de vie, qu’on en avait conscience avant de partir.. que nenni.
Les amis maintenant. Ou plus exactement, ceux qui sont encore là après l’écrémage qui suit le départ. Est-ce qu’ils s’accrochent désespérément dans l’espoir de nous voir revenir un jour ? Est-ce qu’ils savent ce que nous vivons au quotidien? Est-ce qu’ils nous comprendrons encore dans 5 ans, dans 10 ans, enfin, est-ce qu’ils resteront ? Est-ce qu’ils pourraient nous en vouloir de développer d’autres amitiés dans notre pays d’adoption? Bien malin celui qui pourrait répondre avec certitude à toutes ces questions. Tenez, assez récemment, je me suis cyber engueulé avec mon meilleur ami resté en France, pour une histoire stupide de débat sur le port du hidjab, et l’utilisation du mot “soccer” ici au Québec pour désigner le football que l’on connait en Europe. Nous avons du continuer le débat par courriel pour éviter le pugilat public et parce que de toute façon, nos commentaires étaient entrés dans la sphère privée. J’en ai profité pour lui rappeler à quel point je souhaitais qu’il vienne me voir, histoire qu’il puisse se faire une idée de ce que nous vivons ici. Mais j’ai été obligé aussi de lui dire que, malheureusement, même s’il restait plusieurs semaines, il n’aurait finalement jamais une idée précise de ce en quoi est faite notre vie ici. Il n’aurait rien à se le reprocher pour autant. Ceci est le lot de chaque immigrant : gérer les décalages qui parfois s’installent, et jongler avec. Si seulement il n’y avait que le décalage horaire, hein ça… Nous avons du nous appeler par téléphone, un soir de semaine, pour en découdre, mettre les points sur certains i, et en finir avec cet épisode qui est aujourd’hui de l’histoire ancienne. Une fois de plus, tout ceci fait réfléchir.
Et enfin, finissons brièvement par la vue à long, voire à très long terme. Attention, ça fesse. On y va. Suis-je prêt à avoir des enfants au Québec? Est-ce qu’un jour, le principe de “Maman Webcam” fera partie du quotidien de ma propre mère, et celui d’”enfants webcam” pourra être le quotidien de mes propres enfants? Suis-je prêt, suis d’accord avec l’idée que mes enfants auront l’accent québécois, et seront bien plus québécois que je ne pourrais l’être moi-même? Suis-je d’accord avec l’idée que la France ne représentera que “le pays de naissance des parents”, du point de vue de mes futurs enfants? Est-ce que nous serons encore au Québec dans 10 ans? Dans 20 ans? Je ne saurai le dire, ni prendre le risque d’y répondre aujourd’hui. Et, non chérie, les enfants peuvent encore attendre un p’tit boute !
Bref, cette anecdote au cinéma, et les considérations suivantes un peu plus profondes, ne sont donc pas complètement pas anodines. Heureusement, ces idées nous traversent l’esprit rapidement et de façon éphémère. De plus, c’est vrai que dans le cadre d’une chronique comme celle-ci, j’y met un peu plus de relief, voire de lourdeur… ne vous y méprenez pas ! J’espère d’ailleurs n’avoir remis en cause aucun projet d’immigration d’un lecteur qui aurait lu ces lignes, ce n’était pas le but, mais alors pas du tout !
Pour finir, car toutes les bonnes choses ont une fin, cette chronique met un terme à ma carrière de chroniqueur chez Immigrer.com. Oh je ne dis pas que je n’en enverrai pas de temps en temps à Laurence, à titre de chroniques “ponctuelles”, pourquoi pas. Et puis, quitter comme ça la communauté, la grande famille Immigrer.com qui m’a tant apporté et à qui j’ai essayé de donner en retour grâce à mes chroniques, est quelque chose que je ne suis pas prêt à faire !
Cette chronique parlait entre autre d’avenir… eh bien justement, il est temps que je cède ma place à une jeune recrue, fraichement débarquée, qui aura tant à raconter ! Je dois dire que ces deux dernières années m’ont beaucoup inspiré. Certains des sujets que j’ai abordé ont provoqué de vifs débats sur le forum, alors d’autres sont passés presque inaperçus. Qu’importe, j’ai fait mon temps. Ce que j’ai à dire s’oriente beaucoup moins qu’avant vers le lectorat d’Immigrer.com, et cela s’est ressenti dans mes trois ou quatre dernières chroniques. J’avais moi même plus de difficultés à trouver un sujet digne de faire l’objet d’une chronique d’une part, et d’autre part qui puisse réellement intéresser. Je pars donc, mais je garde un pied et un oeil sur vous ! Bonne chance à ma ou mon successeur(e) !

Après chaque tempête et chaque bordée de neige, il faut… déneiger sa voiture. Oh oui c’est marrant au début, c’est l’fun, c’est même exotique pour les immigrants nouvellement arrivés. Mais au bout de la quatrième tempête de neige et d’une dizaine de bordées de neige (relativement fréquentes comparées aux tempêtes), un certain "ras-le-bol" s’installe, et c’est bien normal. Ajoutons à ce tableau le passage à l’heure d’hiver, qui tombe au moment où les jours raccourcissent déjà, à la fin du mois d’octobre. La nature fait déjà en sorte qu’il fasse noir de plus en plus tôt. Mais en décembre, période de l’année déjà propice aux dépressions (mentales aussi bien que climatiques), la nuit tombe dès 16h30 si ce n’est plus tôt. A 17 heures, il fait carrément nuit, à l’heure des embouteillages sur Descarie. Puis arrivent janvier et février, les deux mois les plus glacials de l’année. Cette année, les montréalais ont été si l’on peut dire "chanceux" : la première bordée de neige est tombée le 26 décembre. De fait, ils ont du passer un réveillon de Noël sans la moindre trace de neige. Déprimant, d’une certaine manière. Puis la première tempête de neige les a épargnés jusqu’au 15 janvier 2007, date à partir de laquelle on pouvait vraiment s’estimer en hiver, suite au redoux qui a suivi la seule et unique bordée de neige de décembre. Mais à partir de ce 15 janvier, il n’a plus été question de redoux du tout. Les températures, de saison, oscillaient autour des -10 à -15°, ponctuées par des périodes de froid intense à -38° avec le facteur vent, non négligeable celui-là. Et dans ce temps là, personne ne sort, ou seulement par obligation : aller au travail ou remplir le frigidaire par exemple. On ne sort plus "pour le fun" dans ce temps là, plus de petites soirées improvisées à la fin du cours de théâtre : fait ben trop frette, on verra la semaine prochaine ! Ouais… ben la petite soirée improvisée s’est tenue finalement en après-midi dimanche dernier, quand tout danger de vergetures était définitivement écarté.
Parlons climat ! l’hiver. J’ai réalisé en venant ici que je ne savais pas ce qu’était l’hiver auparavant. Ce que je dis peut sembler assez paradoxal si l’on considère que cette année, l’hiver est arrivé le 15… janvier. Mais il est arrivé quand même ! Avant, je ne savais pas ce que c’était que de retrouver en ville avec 25 centimètres de neige. Je ne me souvenais pas de ce que pouvait représenter -25°C, et pourtant je suis allé plusieurs fois à la montagne, à Peisey-Nancroix pour être précis, quand j’étais enfant. J’avais du oublier, j’imagine. Ici, je redeviens un enfant plusieurs fois par année, à chaque tempête de neige. J’ai essayé, mais je ne parviens pas à ne pas rire quand je vois que dans l’actualité récente en France, la neige occupait les 10 premières minutes du journal télé de 20 heures. Ça me rappelle un souvenir de France justement, un trajet Paris - Lille en voiture, sur l’A1 donc. Je venais à peine de longer l’aéroport Charles de Gaulle, quand il a commencé à neiger, il devait être midi ce jour là. Incroyable mais vrai, il neigeait ! Les petits flocons timides ont peu à peu commencé a s’accrocher au bitume, et à gêner considérablement la visibilité par leur densité. J’étais en pleine tempête de neige, non pas à Montréal mais à quelques dizaines de kilomètres de Paris. Plus je me rapprochais de ma destination, moins il était possible de rouler à une vitesse normale, et j’ai bien vite fini par me retrouver complètement à l’arrêt, pendant que la neige s’installait de plus en plus sur l’autoroute. Quelques heures plus tard, nous recommencions à rouler au pas, mais au moins, on avançait. Bilan : aucun tué, aucun blessé, juste des semi-remorques en travers de la route, des automobilistes arrêtés à contresens au beau milieu de la voie, et tous les survivants qui devaient réussir à se frayer un passage en jonglant parmi ces obstacles de ferraille. Enfin, après le dernier camion, la voie était libre. Pas un seul véhicule visible devant moi, rien que l’autoroute complètement enneigée. A 60km/h grand max, et quelques petites frayeurs après, je suis finalement arrivé à Lille vers 16 heures. 6 heures de route pour faire Paris - Lille, soit presque trois fois plus de temps que nécessaire en temps normal (ou par temps normal si vous préférez !). Un record personnel. Moralité : Français de France, l’hiver, achetez-vous des pneus neige !!! Je ne dis pas que 20 cm de neige en pleine journée à Montréal tombent sans que personne ne s’en soucie; c’est certain que la circulation automobile est quelque peu gênée, que ce soit en ville ou sur les autoroutes… mais ça roule quand même. Alors quand 4 centimètres paralysent les routes de France, c’est plus fort que moi, je ris ! Même si je sais que les infrastructures et le processus de déblaiement de la neige sont tout logiquement plus avancés ici qu’en France…








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