Montréal à moi (.com)

Un couple de Français à Montréal, Québec, Canada
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Ok, trois ans. Pi?

Christophe | 13 juillet 2007 | 13:33:27

Ma chronique précédente était un bilan de nos trois premières années passées en tant qu’immigrant au Québec. Et si je parlais de l’année à venir? Des trois prochaines? Des cinq prochaines? Des… dix prochaines? Est-ce que je peux affirmer avec certitude que je serai encore au Québec dans trois, cinq ou dix ans? Je vais tenter d’y répondre, par l’image, dans cette dernière chronique.

Commençons par l’année qui vient. C’est d’abord, très probablement, l’année où nous allons nous demander notre citoyenneté canadienne. Eh oui, ce serait dommage d’avoir passé ces années au Québec “pour rien”, sans demander notre citoyenneté. Si pour une raison X nous devions rentrer en France, au moins nous n’aurions pas à refaire les démarches d’immigration si au bout de quelques années nous souhaitions revenir. Mais de toute façon, ce n’est pas le plus important : personnellement, il me tarde de pouvoir prendre ma part de responsabilité dans mon pays d’adoption : pouvoir voter aux élections, me sentir appartenir pleinement à la société canadienne, me débarasser de mon statut d’immigrant “permanent” qui, justement, pourrait ne plus l’être du tout par la même occasion. Bref, ça en fait du chemin à parcourir, après tous ces litres d’essence déjà consumés depuis notre arrivée. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin !

Élargissons maintenant notre champ de vision. Essayons d’y parvenir doucement. Fermez les yeux. Gardez-en juste un ouvert pour continuer à lire disons. Vous voici au Québec depuis plus de trois ans, après avoir traversé autant d’épreuves heureuses que difficiles pour en arriver là ou vous en êtes. Les lumières s’éteignent, le son mono fait place au son stéréo dolby surround tout en s’amplifiant, les bavardages du public cessent : le film commence. Vous revenez ce soir de la projection en avant première (au Québec, on s’entend) de “Ensemble, c’est tout”. Très bon film par ailleurs. Un film français donc, que vous avez été voir au cinéma Quartier Latin, dans une salle remplie à craquer… de Français, pour la plupart. Voir un film français à Montréal, c’est croire pendant deux heures que l’on se trouve en France, ou plutôt oublier, le temps d’un film, que l’on a immigré au Québec, et qu’on se trouve dans une salle de cinéma à Montréal. Toutes les conditions sont réunies pour participer à cette terrible machination : film français, public composé de Français essentiellement, rires synchronisés de toute la salle sur des références culturelles ou des répliques typiquement françaises, on s’y croirait. Rien à faire, vous vous dites que c’est plaisant de retrouver instantanément les anciens repères que l’on a mis de côté pour s’en créér d’autres en arrivant. Revoir Paris, son métro, ses rues, réentendre certains sons caractéristiques de Paris ou de la France, tout cela vous fait forcément voyager dans l’espace-temps… Le temps d’un film, une certaine nostalgie de votre vie d’avant pourrait fort bien vous envahir. En ce qui me concerne, c’est presque systématique. L’intensité de ce sentiment de nostalgie dépend cependant de la qualité du film et de ses prises de vues qui parfois me titillent particulièrement. Allez, c’est la fin du générique de fin, il est temps de sortir de la salle. Eh oui, vous êtes au Quartier Latin, à Montréal ! Ça fait drôle hein ? Je sais ce que c’est ! Si vous êtes atteint des mêmes symptômes que moi, vous ressentirez ça vous aussi, à votre façon. Peut-être en êtes-vous déjà victime? Bah, pas grave. Dans les trois prochaines minutes, vous savez déjà que tout ça sera oublié. Vous serez même contents d’avoir fait en quelques secondes le voyage en sens inverse, et de profiter de l’été à Montréal !

Essayons de voir encore plus large, avec encore plus de profondeur; entrons maintenant dans l’affectif. Votre famille, vos amis, ceux que, comme moi et comme tous les immigrants, vous avez laissé dans votre pays d’origine. Certains le vivent bien, d’autres le vivent moins bien voir très mal, pour x raisons qui sont propres à chacun d’entres nous. Pour ma part, je vis l’éloignement familial et affectif relativement bien, mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il se pourrait bien qu’un jour, je ne le vive plus très bien. Je touche du bois. Pourquoi éloigner cette idée, la nier même, alors que nous y sommes tous confrontés? Et si encore il n’y avait que ce fantôme pour parfois venir nous hanter et installer le doute en nous ! Parlons-en, exorcisons ces questions existentielles, si vous le voulez bien !

Je vis donc plutôt bien l’éloignement famillial, mais certaines situations installent forcément le doute, ou remettent en question ce choix que l’on a fait de vivre à l’étranger.

Je pense bien évidemment au décès de ma grand-mère, il y a déjà bientôt un an. Perdre un proche n’est déjà pas chose facile, perdre un proche quand on se trouve à 6000 kilomètres de sa famille n’est pas là pour arranger les choses. J’avais eu la chance de pouvoir me rendre à son enterrement, mais aurais-je à nouveau cette possibilité quand la Faucheuse s’attaquera au “prochain” sur la liste? Oui, comme vous, ce mot, “prochain” me fait froid dans le dos… Aurais-je la force de surmonter un deuxième décès dans ma famille? A vrai dire, je n’en sais rien. On pense toujours que oui, parce que tout ceci fait partie de notre choix de vie, qu’on en avait conscience avant de partir.. que nenni.

Les amis maintenant. Ou plus exactement, ceux qui sont encore là après l’écrémage qui suit le départ. Est-ce qu’ils s’accrochent désespérément dans l’espoir de nous voir revenir un jour ? Est-ce qu’ils savent ce que nous vivons au quotidien? Est-ce qu’ils nous comprendrons encore dans 5 ans, dans 10 ans, enfin, est-ce qu’ils resteront ? Est-ce qu’ils pourraient nous en vouloir de développer d’autres amitiés dans notre pays d’adoption? Bien malin celui qui pourrait répondre avec certitude à toutes ces questions. Tenez, assez récemment, je me suis cyber engueulé avec mon meilleur ami resté en France, pour une histoire stupide de débat sur le port du hidjab, et l’utilisation du mot “soccer” ici au Québec pour désigner le football que l’on connait en Europe. Nous avons du continuer le débat par courriel pour éviter le pugilat public et parce que de toute façon, nos commentaires étaient entrés dans la sphère privée. J’en ai profité pour lui rappeler à quel point je souhaitais qu’il vienne me voir, histoire qu’il puisse se faire une idée de ce que nous vivons ici. Mais j’ai été obligé aussi de lui dire que, malheureusement, même s’il restait plusieurs semaines, il n’aurait finalement jamais une idée précise de ce en quoi est faite notre vie ici. Il n’aurait rien à se le reprocher pour autant. Ceci est le lot de chaque immigrant : gérer les décalages qui parfois s’installent, et jongler avec. Si seulement il n’y avait que le décalage horaire, hein ça… Nous avons du nous appeler par téléphone, un soir de semaine, pour en découdre, mettre les points sur certains i, et en finir avec cet épisode qui est aujourd’hui de l’histoire ancienne. Une fois de plus, tout ceci fait réfléchir.

Et enfin, finissons brièvement par la vue à long, voire à très long terme. Attention, ça fesse. On y va. Suis-je prêt à avoir des enfants au Québec? Est-ce qu’un jour, le principe de “Maman Webcam” fera partie du quotidien de ma propre mère, et celui d’”enfants webcam” pourra être le quotidien de mes propres enfants? Suis-je prêt, suis d’accord avec l’idée que mes enfants auront l’accent québécois, et seront bien plus québécois que je ne pourrais l’être moi-même? Suis-je d’accord avec l’idée que la France ne représentera que “le pays de naissance des parents”, du point de vue de mes futurs enfants? Est-ce que nous serons encore au Québec dans 10 ans? Dans 20 ans? Je ne saurai le dire, ni prendre le risque d’y répondre aujourd’hui. Et, non chérie, les enfants peuvent encore attendre un p’tit boute !

Bref, cette anecdote au cinéma, et les considérations suivantes un peu plus profondes, ne sont donc pas complètement pas anodines. Heureusement, ces idées nous traversent l’esprit rapidement et de façon éphémère. De plus, c’est vrai que dans le cadre d’une chronique comme celle-ci, j’y met un peu plus de relief, voire de lourdeur… ne vous y méprenez pas ! J’espère d’ailleurs n’avoir remis en cause aucun projet d’immigration d’un lecteur qui aurait lu ces lignes, ce n’était pas le but, mais alors pas du tout !

Pour finir, car toutes les bonnes choses ont une fin, cette chronique met un terme à ma carrière de chroniqueur chez Immigrer.com. Oh je ne dis pas que je n’en enverrai pas de temps en temps à Laurence, à titre de chroniques “ponctuelles”, pourquoi pas. Et puis, quitter comme ça la communauté, la grande famille Immigrer.com qui m’a tant apporté et à qui j’ai essayé de donner en retour grâce à mes chroniques, est quelque chose que je ne suis pas prêt à faire !

Cette chronique parlait entre autre d’avenir… eh bien justement, il est temps que je cède ma place à une jeune recrue, fraichement débarquée, qui aura tant à raconter ! Je dois dire que ces deux dernières années m’ont beaucoup inspiré. Certains des sujets que j’ai abordé ont provoqué de vifs débats sur le forum, alors d’autres sont passés presque inaperçus. Qu’importe, j’ai fait mon temps. Ce que j’ai à dire s’oriente beaucoup moins qu’avant vers le lectorat d’Immigrer.com, et cela s’est ressenti dans mes trois ou quatre dernières chroniques. J’avais moi même plus de difficultés à trouver un sujet digne de faire l’objet d’une chronique d’une part, et d’autre part qui puisse réellement intéresser. Je pars donc, mais je garde un pied et un oeil sur vous ! Bonne chance à ma ou mon successeur(e) !

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Trois ans, ’stie!

Christophe | 15 mai 2007 | 12:39:02

Trois ans. Cela fera exactement trois ans, le 16 mai 2007, qu’Isa et moi aurons posé nos valises à Montréal. Cet anniversaire est l’occasion pour moi de revenir sur ces trois dernières années, de faire le point, le bilan. Quelle tâche fastidieuse que celle de faire un bilan de vie, faire le point sur ces trois dernières années qui ont changé ma vie, nos vies. Je vous propose donc un voyage accéléré dans les trois dernières années de ma vie : commençons à l’heure où l’immigration au Québec n’était qu’au stade d’idée, de concept caressé doucement, de folie… jusqu’à aujourd’hui. Et sans aucun doute, demain.

Nous voici donc projeté 3 ans exactement en arrière, dans l’avion qui nous conduit à Montréal en ce 16 mai 2004. Les épreuves et les moments intenses que nous venons de vivre resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Nos deux dernières semaines en France avaient été fantastiques. Les moments forts avec la famille, avec les amis, les adieux, la veille et le mariage d’un couple d’amis auquel je n’ai pas pu assister en entier, l’au-revoir baclé et raté à mon meilleur ami, la dernière nuit avant le départ où personne ne s’est reposé, le jour du départ les yeux mi-clos et boursouflés… tout cela n’est pas près de s’effacer. Beaucoup enviaient notre projet qui se concrétisait, pendant que les autres se demandaient encore comment on pouvait sciemment lâcher un CDI à notre âge, et partir vers l’inconnu sans même avoir la certitude de retrouver du travail “la-bas”. Après presque un an de démarches abracadabrantes, d’aller-retours incessants à l’ambassade du Canada, et de questions existentielles à n’en plus finir, nous y étions. Le point de non-retour était franchi. Alea Jacta Est.

Nos premiers mois sur le sol québécois furent mémorables. Le moindre écureuil fascine, l’accent québécois étonne tandis que le notre nous trahit, la taille exubérante des appareils éléctroménagers et des voitures nous prend de court, l’hiver approchant nous terrifie, l’actualité canadienne et québécoise nous dépasse tandis que les nouvelles de France et “Patxi” en couverture de Paris-Match (la Star’Ac 3… ou 4?) nous rassurent. Nous apprenons à connaître Montréal, un peu plus chaque jour : chacun y découvre ses coins favoris, ses quartiers préférés, ses nombreux parcs. Nous découvrons Montréal et ses festivals d’été, ses feux d’artifice chaque semaine. Après un séjour chez mon parrain qui nous avait accueilli pendant nos 6 premières semaines, nous emménageons en juillet 2004 dans un petit trois et demi d’une tour à logements sur Rachel, avec vue sur le parc Lafontaine et le centre-ville. Nous avions hâte d’y être… le séjour chez mon parrain s’était plutôt mal terminé pour des raisons d’incompatibilité de caractères que je regrette mais sur lesquelles je me m’épancherai pas.

Puis vient rapidement le temps de se trouver du travail, au beau milieu de cette période de découverte de notre nouvel univers. Le stress se fait sentir… et si je ne trouvais jamais? Et si je ne trouvais pas un travail qui corresponde à mes compétences, et qui me plaise ? Allez, on se lance. Six semaines dans un club de recherche d’emploi. Payées. Oui, payées ! Oh, pas de quoi se payer un trois et demi sur le Plateau, bien entendu, mais ça aide quand-même. CV refait mode québécoise, je le dépose sur Monster.ca. Et hop, mes deux prochaines années étaient bookées quelques jours plus tard. Chanceux… oui je sais. Quoique j’ai un souvenir relativement amer de ces premiers mois passés à travailler au Québec pour des casinos en ligne. J’étais tombé sur une compagnie qui ignorait parfaitement ce que signifiait le mot “organisation”, et au coeur d’un business délirant d’activités et de rebondissements. Je me suis fait littéralement exploiter pendant mes trois premiers mois, à me demander quelle connerie j’avais bien pu faire en prenant ce maudit avion. Heureusement, les choses se sont améliorées graduellement, et mes journées de travail se sont terminées régulièrement à 17 heures quelques mois plus tard. Ah… maudites habitudes, satanée mentalité française et belle jeunesse, toutes trois m’avaient enferré dans cette compagnie alors qu’il me suffisait de profiter de la flexibilité du marché de l’emploi pour mieux rebondir ! Bah, à l’époque, c’était inconcevable. D’autant plus qu’Isa étudait à HEC et que nous ne vivions que sur un seul salaire, qu’il ne s’agissait en aucun cas de laisser filer. En tous cas !

Le temps passe. Déjà un an… Notre premier retour touristique en France recharge nos batteries tout en les épuisant en même temps : une semaine pour voir tout le monde, c’est bien trop court. Quelques mois plus tard, une partie de la famille vient à nous pour notre plus grand plaisir. Octobre 2005, nous craquons pour un petit chat et lui faisons élire domicile chez nous. Muffin fait désormais partie de la famille. Nous surmontons haut la main notre premier hiver, j’en redemande même. Quelle joie, chaque matin, de marcher sur les trottoirs enneigés de ce premier hiver ! Quelle expérience inoubliable que celle de fumer une cigarette par -42° Celsius avec facteur vent ! Et quelle surprise de constater qu’un deuxième automne nous attend après l’hiver, quand la neige fondante d’avril dévoile les feuilles de novembre emprisonnées sous la glace depuis des mois… La période des découvertes touche à sa fin mais nous réserve manifestement encore quelques surprises.

Nous restons un an dans notre trois et demi sur Rachel, opuis nous déménageons l’année suivante, pour nous retrouver dans un demi sous-sol quelque peu glauque, derrière le Dairy-Queen de la rue Parc. Je ne recommande à personne le demi sous-sol… je pense bien qu’il doit en exister des sympas et agréables à vivre, mais le notre ne l’était guère. Je suis encore dans mes casinos, Isa a trouvé du travail au moment ou sa deuxième année d’étude commence. À part l’obscurité de notre appart qui nous plombe le moral, tout va pour le mieux en cette année 2005. Nous partons quelques jours découvrir New-York, nous achetons notre première voiture, et nous vivons de l’extérieur les émeutes qui secouent les banlieues françaises. Je me laisse emporter par un documentaire saisissant, qui me plonge dans les méandres de l’actualité canado-québécoise et me permet d’y voir beaucoup plus clair : le documentaire “Point de Rupture“, sur le référendum de 1995. Ça y est, une fibre de plus vibre en moi.

2005, c’est aussi l’année de la première saison des Invincibles, qui me montre l’audace et la force de caractère des séries TV québécoises qui sont d’une qualité époustouflante. Son cinéma non plus n’a rien à envier au cinéma français. Des films d’une immense qualité comme l’Audition, précédé d’Horloge biologique et suivi de La vie avec mon père, (pour ne citer qu’eux, sortis en 2005) me transportent au coeur des problématiques de la société québécoise que je comprends de mieux en mieux. Je fais des liens, des connexions. Certains référents culturels qui me manquaient viennent peu à peu s’ajouter au puzzle complexe et parfois tordu de la société québécoise que j’apprends à aimer et que j’aime comprendre.

L’année 2005 s’achève sur une note “blanche” : le 16 décembre 2005, 42 centimètres de neige tombent en moins de douze heures sur Montréal et sa grande région métropolitaine. Même pas la peine d’essayer la voiture, elle restera au garage ce jour là. Puis arrivent Noël et nouvel an, entre amis

2006. Élections fédérales, les conservateurs au pouvoir. Puis, les manifestations monstres anti-CPE en France, qui après les émeutes, sont le deuxième évènement que nous avons vécu de l’extérieur, avec nos yeux d’immigrants. Incompréhension face à tous ces jeunes qui n’ont jamais travaillé ou si peu, et qui claquent la porte à un contrat qui aurait pu apporter un peu de souplesse des deux côtés du bureau, le jour de l’entretien, ou le jour de la démission. Passons, et revenons au Québec. Ce Québec que je commençais à comprendre l’année précédente, j’y décrivais une autre de ses facettes qui m’avait sauté à la face dans une chronique intitulée Les deux solitudes. Ces deux mondes différents qui se cotoient cordialement chaque jour, je le vivais quotidiennement chaque jour. À l’époque, je travaillais dans le quartier d’Atwater, à quelques mètres de Westmount… et j’avais coutume de dire que je faisais en réalité des milliers de kilomètres chaque jour pour aller au bureau et rentrer à la maison. Je vivais au Québec, mais tous les matins, j’aller travailler au Canada, et tous les soirs, je rentrais chez moi au Québec. Que personne ne me dise que le Québec n’est pas différent du reste du Canada. Souverainiste de la première heure ou fédéraliste convaincu, il me semble inconcevable (ou hypocrite) de nier le caractère distinctif du Québec.

Le temps passe. Déjà deux ans. Le 16 mai 2006, soit deux ans jour pour jour après notre arrivée à Montréal, nous étions dans le bureau du notaire pour signer les papiers d’achat de notre futur condo. Rien que deux ans ! Puis un deuxième retour en France, plus long celui-là parce qu’une semaine, c’est bien trop court. La folie de la coupe du monde de football envahit Montréal, la France en finale, les Français de Montréal en liesse, mais Zizou qui déconne. Too bad. Montréal se remet d’un mois très spécial, l’ambiance retombe, les confettis disparaissent. Ma grand-mère maternelle décide d’en faire autant, un jour du mois d’août 2006. Le soir même, j’avais mon billet d’avion, et quelques jours plus tard, j’étais en France auprès de ma famille. Décalage horaire, décalage psychologique, tristesse, joie, émotions en tout genre, j’étais là, mais j’étais aussi ailleurs par moments. C’était une épreuve difficile à traverser pour l’immigrant que j’étais et que je reste encore aujourd’hui. On a beau s’y attendre, et on a beau savoir qu’on aura peut-être à faire face à cette éventualité au moment des préparatifs, rien ne peut nous permettre d’être prêt ce jour là. Vivre le décès d’un proche à distance a tendance à prolonger le deuil parait-il. C’était vrai.

Septembre 2006. Un mois de fin d’été qui aurait pu être tout à fait paisible sans le 13 septembre 2006. De ma fenêtre au bureau, du haut de ma tour, j’assiste avec mes collègues aux premières minutes de la fusillade du Cégep de Dawson, pour me retrouver projeté au coeur de l’action à cause d’une stupide mais néanmoins irrépréssible envie de fumer une cigarette. Les deux semaines qui s’en suivirent furent terriblement marqués par l’évènement, et en particulier à la place Alexis Nihon, ou je travaillais. A propos de travail, je commençais à me trouver autre chose en passant des entrevues discrètement en pleine journée ou sur l’heure du lunch, ni vu ni connu. Les casinos me lassaient sérieusement. Je finis par trouver rapidement, pour commencer une nouvelle job le 13 novembre. Commencer un 13 n’était sans doute pas une bonne idée : deux mois plus tard j’étais viré, à mon grand soulagement d’ailleurs, et une semaine après notre troisième retour en France pour les fêtes. Quelle joie de passer ces moments en famille et entre amis !

2007. Je commence ma troisième nouvelle job au Québec.. J’y suis encore aujourd’hui et pour encore longtemps j’espère ! 2007 et son hiver tardif du 15 janvier, qui s’est imposé jusqu’au 16 avril dernier avec un bon petit 10 centimètres de neige fondante pour bien t’écoeurer une dernière fois. Ça a marché pour moi. Cette année, l’hiver a eu raison de moi, et je l’ai même haï. Avril et mai nous passionnent pour l’actualité française et les élections présidentielles, nous nous remettons à regarder le JT de France chaque soir. Le 16 mai 2007, le nouveau président de la république française va prendre ses fonctions, le jour où, il y a trois ans exactement, nous avions posé nos valises au Québec.

A venir, la demande de citoyenneté canadienne ! Pas pour tout de suite, mais on y songe. Il s’en passe des choses en trois ans !!!


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Aux urnes, Français du Québec

Christophe | 20 avril 2007 | 22:24:50

Comme beaucoup de mes compatriotes français, je suis en train de vivre mes premières élections présidentielles en tant que Français à l’étranger. Je dois bien dire que… quelque part, et à tous points de vue, ça fait drôle. Dommage par ailleurs que le calendrier des chroniques ait fait en sorte que ma chronique tombe quelques jours avant, et non après ! Mais c’est ainsi. Il m’a été impossible de trouver des chiffres précis sur le nombre de Français résidant au Canada : je sais simplement qu’ils sont environ 120 000 et que 92% d’entre eux sont établis au Québec. 40 000 d’entre eux sont inscrits sur les listes électorales. Un petit nombre qui, ajouté à ceux des autres pays, pourrait bien faire la différence.

Mes collègues de travail et nos amis nous demandent régulièrement et avec curiosité : "Alors, c’est bientôt les élections ! Sarkozy ou Ségolène?" En ce qui me concerne, j’ai mon point de vue sur la question… mais en qualité de chroniqueur soucieux de maintenir un climat de paix sur le forum d’Immigrer.com, j’essaierai de ne pas trop m’épancher sur le "pour qui" et le comment de mes opinions. J’essaierai… mais je peux très bien faillir à ma tache, vous êtes prévenus ! Ceux qui me connaissent ou me lisent régulièrement, ici-même, sur le forum ou sur mon blogue, savent très bien de quoi il retourne. Il y a aussi une autre question qu’on me pose : "Pi y’en a un troisième là… Bayrou c’est ça? C’est qui lui?" Alors là, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec le résultat des dernières élections provinciales au Québec et plus particulièrement Mario Dumont. Je leur réponds donc que, Bayrou, c’est un peu le troisième homme, qui n’est pas vraiment de gauche mais pas vraiment de droite non plus, tout comme Mario Dumont qui n’est ni fédéraliste ni souverainiste. De là à le voir débarquer au second tour, rien n’est moins sûr, mais il est pour l’instant impossible d’écarter cette possibilité.

Il y a encore quelques semaines, j’hésitais. Je suis passé par une longue phase de doute, pendant laquelle je me posais la question de l’utilité, voire de la légitimité de mon vote, moi qui suis à 6000 kilomètres du "pays qui m’a vu naître", comme il me plait de le dire. Pourquoi devrais-je voter. Oui, pourquoi devrais-je voter pour les élections présidentielles françaises, alors que je ne réside plus en France depuis presque trois ans ? Quelle influence mon vote aura sur ma propre vie ici, à Montréal ? Pourquoi devrais-je imposer les conséquences de mon vote aux Français de France, alors que je n’habite précisément plus en France ? Ces questions sont, selon moi, parfaitement légitimes. Depuis, mes réflexions sur le sujet ont suivi leur cours, et ont abouti à la conclusion inverse : il faut que je vote, d’autant plus parce que je suis un Français à Montréal, un Français au Québec, bref, un Français à l’étranger. C’est d’ailleurs très prétentieux, voire carrément hautain je l’avoue, mais j’en suis venu au constat suivant, que j’assume pleinement :: moi qui suis un Français établi à l’étranger depuis presque trois ans, mon point de vue sur la France a changé. De l’extérieur, mon regard s’est aiguisé. J’ai une bien meilleure idée de la façon dont La France est perçue à l’étranger, et à vrai dire, je n’en avais aucune idée il y a trois ans. De même, je distingue avec des yeux neufs ses forces, et ses faiblesses. Mais surtout, fait-il l’admettre, ses faiblesses. Maintenant que j’ai des yeux pour voir, il faut que je fasse profiter la France et les Français de cette connaissance, que les médias français aveuglés, aveuglants et si partisans refusent d’admettre. Une façon de le faire, c’est en votant. Et j’y vais, c’est maintenant décidé, les 21 avril 5 mai prochains.

Je me dis aussi de temps en temps que j’aurai aimé être en France pour suivre avec plus d’assiduité tous les débats en lien avec les élections. Regarder A vous de juger sur le site de France 2, pendant 2 heures, sur un petit écran en 320 sur 240, non merci. Et je n’ai qu’un iPod de troisième génération, blanc, avec une molette tactile certes mais sans écran couleur ni possibilité de regarder des vidéos. Je n’ai pas non plus le courage, ni l’envie, de brancher le laptop sur la TV, pour nous bloquer une soirée télé à regarder un débat passé date… Alors, à défaut de pouvoir suivre de façon régulière les émissions politiques qui me manquent tant, je me suis récemment remis à regarder le JT chaque soir, histoire de connaitre les "faits saillants" de la campagne du jour, en plus de lire plus régulièrement les principaux quotidiens français sur le web. A un point tel que maintenant, nous l’enregistrons, afin d’être certain de pouvoir le visionner en rentrant à la maison. C’est dire !

Ségolène Sarkoyale, trouvé sur le blog de ZanorgLes élections en France sont donc un sujet qui attise vraiment la curiosité des Québécois et des médias québécois, à un point que j’étais loin d’imaginer. D’une façon générale, au Québec, si l’on est comme moi un fidèle auditeur de Radio Canada ou du FM parlé de Montréal, ou un fidèle spectateur de la première chaîne de Radio Canada, il est difficile de ne pas entendre parler de la France au moins une fois par semaine, pour x raison, et ce en dehors de tout évènement particulier comme la crise des banlieues ou le lancement du nouveau Airbus A380. Inutile de dire donc qu’en ces temps d’élections, le sujet est maintenant quasiment quotidien. On entend régulièrement un journaliste ou un envoyé spécial parler des dernières déclarations qui ont fait jaser. Et quel plaisir, quelle joie de pouvoir profiter de l’objectivité des médias québécois, elle qui contraste tellement avec les médias en France… Bien entendu, Ségolène soulève les foules ici aussi, peut-être même encore plus qu’en France d’ailleurs, puisque elle est… une femme. La déclaration d’un certain Laurent Fabius, "Mais qui va garder les enfants ?", avait fait grand bruit ici, et pour cause. En France aussi, heureusement, cela dit. Et enfin, chose certaine, même les Français de Montréal ne sont pas complètement à l’abri du tapage médiatique de gauche : les quelques invités français que j’ai eu l’occasion d’entendre chez Christiane Charette ne se sont pas privés pour vanter les mérites de la future présidente "Royale". Attendons 14 heures dimanche qui vient, nous en saurons déjà un peu plus.

Pour terminer, pour ceux que ça intéresse, ceux qui ont un blogue, un laptop et l’envie de bloguer sur les élections françaises, ou tout simplement ceux qui ont envie d’être là, ce dimanche se tiendra au Café Méliès un rendez-vous de blogueurs. L’expérience a l’air intéressante, et c’est l’occasion de se retrouver entre Français, principalement. Un jour comme celui des élections présidentielles, je ne vois pas de mal à ça.

Bon, sinon euh… j’ai manifestement failli à ma tâche de chroniqueur - voir premier paragraphe - tant pis.

Allez ! Français de Montréal, Français du Québec, Français du monde : votez !


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La déprime hivernale

Christophe | 1 avril 2007 | 23:00:00

Il était temps. Il était temps que le printemps s’en vienne ! Car oui, il est bel est bien arrivé depuis une semaine. Et comme à chaque année, à cette période de l’année, Montréal se transforme, les derniers amoncellements de neige fondent tranquillement pendant que les gens se remettent à sortir et à investir les bars et cafés dont les terrasses s’ouvrent progressivement. Fini le "winter blues", vous pouvez ranger vos simulateurs d’aube au placard jusqu’au prochain hiver. Il était temps !

Je ne suis pas moi-même victime de ce phénomème de déprime hivernale, du moins je ne crois pas. Mais il est certain que l’hiver a une influence négative sur le moral des gens, qu’ils soient au Québec comme partout ailleurs sur le globe (en tous cas, là ou l’hiver est reconnu comme étant une véritable saison ayant des effets visibles dans la nature). Je ne m’exclue pas de cet état de fait : même si je ne déprime pas, je suis sans doute moins jovial, comme tout le monde.

Il faut bien dire que les raisons sont nombreuses au Québec pour en arriver à détester l’hiver.
Père Noël dépriméAprès chaque tempête et chaque bordée de neige, il faut… déneiger sa voiture. Oh oui c’est marrant au début, c’est l’fun, c’est même exotique pour les immigrants nouvellement arrivés. Mais au bout de la quatrième tempête de neige et d’une dizaine de bordées de neige (relativement fréquentes comparées aux tempêtes), un certain "ras-le-bol" s’installe, et c’est bien normal. Ajoutons à ce tableau le passage à l’heure d’hiver, qui tombe au moment où les jours raccourcissent déjà, à la fin du mois d’octobre. La nature fait déjà en sorte qu’il fasse noir de plus en plus tôt. Mais en décembre, période de l’année déjà propice aux dépressions (mentales aussi bien que climatiques), la nuit tombe dès 16h30 si ce n’est plus tôt. A 17 heures, il fait carrément nuit, à l’heure des embouteillages sur Descarie. Puis arrivent janvier et février, les deux mois les plus glacials de l’année. Cette année, les montréalais ont été si l’on peut dire "chanceux" : la première bordée de neige est tombée le 26 décembre. De fait, ils ont du passer un réveillon de Noël sans la moindre trace de neige. Déprimant, d’une certaine manière. Puis la première tempête de neige les a épargnés jusqu’au 15 janvier 2007, date à partir de laquelle on pouvait vraiment s’estimer en hiver, suite au redoux qui a suivi la seule et unique bordée de neige de décembre. Mais à partir de ce 15 janvier, il n’a plus été question de redoux du tout. Les températures, de saison, oscillaient autour des -10 à -15°, ponctuées par des périodes de froid intense à -38° avec le facteur vent, non négligeable celui-là. Et dans ce temps là, personne ne sort, ou seulement par obligation : aller au travail ou remplir le frigidaire par exemple. On ne sort plus "pour le fun" dans ce temps là, plus de petites soirées improvisées à la fin du cours de théâtre : fait ben trop frette, on verra la semaine prochaine ! Ouais… ben la petite soirée improvisée s’est tenue finalement en après-midi dimanche dernier, quand tout danger de vergetures était définitivement écarté.

C’était donc il y a une semaine que la mutation printanière de Montréal et de ses habitants s’est opérée. C’était carrément hallucinant. Un monde fou sur la rue Mont-Royal. Le parc Lafontaine était noir de monde, les cafés et les bars pleins à craquer. On pouvait voir des sourires éclatants sur tous les visages, derrière leurs lunettes de soleil flambant neuves. Les quelques mots qu’on entendait sur les trottoirs disaient tous la même chose : "printemps", "chaleur" "agréable", "bientôt l’été"… Bref, je devrais pourtant y être habitué après trois ans, mais non rien à faire, cette renaissance de la ville et des gens quand arrive le printemps est tellement soudaine qu’elle ne peut que surprendre à chaque fois.

Profitons-en, avant que l’été et sa chaleur humide et suffocante ne fasse tourner à plein régime nos climatiseurs ! Sortez et souriez : l’hiver est pour ainsi dire fini pour cette année; il n’aura duré que trois mois, faisant du même coup un beau pied de nez à ceux qui pensent encore que l’hiver au Québec dure six mois dans l’année… Bien sûr nous ne sommes pas à l’abri de quelques flocons : ici aussi, en avril, ne te découvre pas d’un fil… mais d’ici une ou deux semaines, les premiers bourgeons et les arbustes en fleurs viendront définitivement à bout de l’hiver 2006/2007. Immigrantes et immigrants, c’est le moment : venez !


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J’aime, j’aime pas

Christophe | 10 mars 2007 | 17:05:01

J’ai eu l’idée pour ma 20è chronique de faire un rapide tour d’horizon de ce que j’aime ou ce que je n’aime pas au Québec, ce que j’adore, ce qui me rend fou, ce qui me perturbe, ce qui me chagrine, et plus encore. Entrons de suite dans le vif du sujet et commençons, en bon français, par quelque chose que je n’aime pas !

Le système d’assurance automobile du Québec
Ça, c’est LE truc qui m’a tout de suite bloqué à mon arrivée et, rien à faire, je ne m’y fais pas. Je touche du bois, je n’ai jamais été victime d’un accident de la route ni n’en est causé un en bientôt trois ans de vie au Québec. Et d’ailleurs, mieux vaut éviter ! En effet, il faut savoir qu’ici, responsable ou non, en cas d’accident ayant causé un bris matériel, votre prime d’assurance augmentera. Prenons par exemple le cas d’un automobiliste lambda particulièrement malchanceux. Disons qu’il a déjà eu l’année précédente, un incident non responsable rue Sainte-Catherine. Voilà le même, cette année, qui vient magasiner comme il le fait régulièrement au magasin du futur. Il se cherche une place sur la rue. Ah ! Quelqu’un sur le point de partir en train de déneiger sa voiture. Notre monsieur attend quelques minutes. Mais voilà qu’un autre monsieur, un septuagénaire à lunettes avec des verres énormes, entreprend de sortir. Bam ! Il vient de donner un coup d’accélérateur trop puissant à cause d’une douleur lancinante à la cuisse doublé d’un problème occulaire évident et vient d’emboutir pas à peu près la voiture de notre protagoniste qui attendait bien sagement que sa place se libère. Trop tard, et tant pis pour les deux. Le septuagénaire responsable tout comme notre pauvre monsieur absolument innocent et malchanceux devront payer tous les deux leur caution, et les deux verront leur prime d’assurance augmenter. Eh oui, même le pauvre monsieur qui n’avait rien demandé à personne et dont le véhicule était à l’arrêt !! Bref, mieux vaut faire attention à sa conduite dans les rues de Montréal !

La désinformation
Je pense au très récent cas de cette musulmane ontarienne de 11 ans qui jouait avec son hidjab lors d’un tournoi de soccer à Laval. Celle-ci s’est faite exclure d’un tournoi parce qu’elle a refusé d’obtempérer aux ordres de l’arbitre, lui-même musulman, qui lui demandait de retirer son hidjab par sécurité. La FIFA a refusé de trancher sur la question et a préféré laisser les fédérations locales de soccer et leurs arbitres à sa place. Ce qui m’épate c’est qu’on en parle depuis une semaine ! Sans compter que l’Égypte vient tout juste de s’inviter dans le débat en interpellant le gouvernement canadien à ce sujet… Heureusement que les élections sont là pour faire diversion ! Est-ce une tentative pour refaire parler des accommodements raisonnables en pleine période électorale ? Ce ne serait pas étonnant, les accommodements raisonnables en tant que tels se font plus rares en ce moment.

Le thème de la désinformation me rappelle aussi un non-évènement dont j’ai moi-même fait les frais en novembre dernier. Tout a commencé par une vidéo des fameuses Têtes à Claques que je diffusais sur mon blogue, avant que je ne reçoive un “courriel de mise en demeure” plutôt salé de la part de son auteur. Je retire de suite la vidéo et répond alors à l’auteur en lui faisant remarquer que son courriel était loin d’être un exemple à suivre de politesse. Il me répond alors sur un ton encore plus sec; je n’étais plus seulement un voleur, j’étais devenu un moins que rien. Qu’à cela ne tienne, je décide de poster en commentaire le contenu de ses courriels, et la sauce monte à petite échelle dans la blogosphère québécoise francophone. Un mois plus tard, les créateurs des p’ti papoutes étaient les invités de Tout le monde en parle. Jamais je n’aurais pu imaginer que Guy A. évoquerait le sujet et donc indirectement et sans le nommer (ouf!!!) mon blogue. Par curiosité et/ou recherche d’auto-flagellation (c’est selon), je répond le soir même dans une lettre ouverte aux auteurs des Têtes à Claques. Le lendemain, je me retrouvais en une du site Branchez-vous ainsi que dans leur capsule vidéo quotidienne, la “Minute techno”, pendant que mes statistiques de visites battaient des records chaque jour. Encore aujourd’hui, le principal mot clé qui amène du trafic sur mon site est “têtes a claques”. Je n’ai toujours pas compris comment un tel monument d’insignifiance, destiné initialement à rester dans la sphère privée des blogs francophones (et encore), ait pu se retrouver à Tout le monde en parle et en une de Branchez-vous.com. Une telle couverture médiatique pour “ça”, c’était bien trop ! Ne se passait-il rien de plus important en Novembre 2006 ? Quelle affaire !

La politique
Je ne comprends pas que le premier ministre actuel de la province puisse décider lui-même de la date des élections. Cela lui donne un avantage certain que je trouve injuste. Oui c’est inspiré du système britannique, mais quand-bien même ! Ne serait-il pas temps de s’en défaire ? Suis-je le seul que cette aberration dérange ?

L’hiver, j’aime… en qualité de piéton. J’adore ça même ! Je l’ai déjà dit, quand il neige, je redeviens un enfant, je capote !

L’hiver, j’aimais, avant que j’aie à pelleter le matin. Quand on met plus d’une demi-heure à déneiger sa voiture et à déblayer le banc de neige qui empêche de sortir, on se met forcément à être tanné de l’hiver avant l’heure. Même chose quand il fait -10°C un jour, -38°C avec facteur vent le lendemain ! Heureusement, ça ne dure pas bien longtemps.

L’ascension professionnelle
J’en ai déjà parlé à maintes reprises dans des chroniques ou sur mon blog, je ne m’étalerai donc pas sur le sujet. Je dirais simplement que j’occupe actuellement un poste auquel j’aurais eu du mal à prétendre aussi vite en France. J’ai mis deux semaines à trouver le travail que j’espérais, et je découvre par la même occasion le milieu des agences de pub montréalaises. J’adore ça !

L’amabilité
Ça aussi c’est quelque chose qui frappe et qui m’impressionne encore aujourd’hui : faire face à un commerçant bougon ou désagréable est plutôt chose rare ici. Et c’est très appréciable ! En comparaison aux grandes villes de France, et pas seulement sa capitale, où se faire servir avec le sourire tient de l’exploit, ici, c’est une habitude ! Même lorsque l’on commande un vulgaire expresso et qu’on a le culot de demander un verre d’eau avec, on se le fait apporter avec le sourire. Au restaurant, pendant le repas, les serveuses et serveurs viennent régulièrement nous demander si tout va bien, si “c’est à notre goût”.

La carafe d’eau
Il n’y en a pas, ou rarement. Quand on s’installe à une table de resto, on nous apporte systématiquement un verre d’eau. Quand il est vide… il faut demander un refill ! A moins que le serveur ne s’en aperçoive avant et vienne vous remplir votre verre. Ce serait tellement plus simple avec une carafe d’eau !

La bouffe
Alors que le terme “bouffe” n’est pas très bien connoté en France, ici, la bouffe signifie bien manger, un bon repas, etc. Choc culturel la première fois que j’ai vu l’annonce pour IGA avec comme slogan “Vive la bouffe !” Tout ça pour dire que je n’ai jamais autant mangé “diversifié” que depuis mon arrivée. Libanais, éthiopien, grec, italien, chinois, japonais, thailandais, vietnamien et j’en passe… Montréal regorge de restaurants de toutes les cultures et à tous les prix. C’est fou !

Les yoghourts nature
C’est comme les carafes d’eau, c’est rare voire inexistant. On trouve du yaourt nature en pot, mais c’est ultra cher, et on est bien loin du plaisir que peut procurer un simple Velouté (chuut chuut pas de marque)… Mais bon on s’y fait. Pas le choix anyway!

Les Canadiens
J’aime pas quand ils perdent mais j’adore quand ils gagnent. Or ils ne font que perdre en ce moment, et tels qu’ils sont partis, ils joueront au golf dès les premiers jours du printemps. Je crois qu’ils peuvent même se pratiquer dès maintenant après leur performance sans pareille de ce soir contre les Trashers. C’était la première fois que je ne regardais pas un match du Canadien volontairement. Je zappe de temps en temps sur RDS pour apprendre que les Trashers mènent trois à zéro. Je zappe une vingtaine de minutes plus tard et j’ai peine à croire ce que je vois sur le bandeau du haut affichant le score du match en cours : MTL 0 - ATL 6. OK ! Golf golf golf…

Allez j’arrête là pour cette fois, je continuerai peut-être si l’inspiration me vient pour ma prochaine chronique !


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Rebondir en deux semaines

Christophe | 20 février 2007 | 10:00:00

Deux semaines. Oui, deux semaines. C’est le temps qu’il m’aura fallu pour me trouver un nouvel emploi qui corresponde exactement à ce que je cherchais.

Je vous disais dans ma dernière chronique sur le thème du décalage que j’avais démissionné de mon premier emploi. Pour en accepter un autre qui en fin de compte n’a pas répondu à mes attentes. J’avais donc été "mis à la porte" le 16 Janvier dernier. Mais… ce que vous ne savez pas encore, c’est tout ce qui s’est passé à partir de ce jour là, ni le jour-même, car ma journée n’était pas encore finie… J’avais gardé tout ça secret par prudence et parce que rien n’était joué.

Ce mardi 16 janvier, la première chose que j’avais dite à mon chef de projet était que je devais partir un peu plus tôt que d’habitude. Pas besoin de justification, il fallait juste que je parte à 17 heures. Mon petit rendez-vous, à 16h45, a été très bref. Bobby (oui, il s’appelait Bobby) m’a tendu un dossier très fin, dans lequel se trouvait une seule feuille de papier que je n’ai même pas pris la peine de lire tellement je savais à l’avance ce que j’allais lire. Notre discussion s’est déroulé très calmement, à vrai dire Bobby était même beaucoup plus nerveux que je ne l’étais ! 10 minutes plus tard, je quittais les bureaux, au chômage, mais heureux et soulagé. Ce que Bobby ignorait, c’était que je devais partir un peu plus tôt que d’habitude ce soir là parce que… j’avais une entrevue le soir même ! La semaine précédente, j’avais doucement mais sûrement commencé à prospecter pour me trouver rapidement une job. Et je suis alors tombé sur une offre d’une compagnie spécialisée en search marketing pour laquelle j’avais déjà effectué de petits contrats à la pige. Mon sang n’avait fait qu’un tour, j’avais alors appelé mon contact pour lui proposer de se rencontrer pour le poste. Il m’avait rappelé quelques jours plus tard pour me proposer une entrevue le 16 janvier à 18h00.

Donc, si on récapitule, le soir du 15 Janvier, j’avais quitté les bureaux de ce qui était devenu mon ancienne compagnie pour me retrouver 45 minutes plus tard dans les bureaux de ce qui allait devenir, deux semaines plus tard, ma nouvelle compagnie !

Entre temps, j’ai bien failli devenir consultant technique pour Xiti, qui viennent s’installer au Québec ce mois-ci. Ce poste là aurait également pu être un beau défi professionnel : aller chez le client, dans toute l’Amérique du Nord (Toronto, Ottawa, New-York… Hérouxville… euh rien non pardon je n’ai rien dit !), pour faire des démos techniques de l’outil. Je suis aussi passé proche de rester éternellement intégrateur HTML/CSS, ou encore développeur PHP… Heureusement, cette fois, la chance m’a fait un large sourire.

Il y a donc bien une part de chance dans tout ça, mais pas seulement en fin de compte. J’ai su développer, depuis un an mainenant, une bonne relation avec la personne qui allait devenir mon employeur. J’ai toujours fait du mieux que j’ai pu pour lui rendre un travail de qualité, à chaque fois qu’il m’a contacté pour un petit contrat. Quand nous devions nous rencontrer pour discuter un peu plus en profondeur de mon mandat, ou lors d’entrevues précédentes qui n’ont à l’époque pas eu de suite, le contact est toujours bien passé entre nous. Et voilà que, 363 jours exactement après notre toute première prise de contact par courriel, alors que je lui envoyais mon CV, j’ai fini par être embauché. Un an que je convoitais un poste dans leur équipe ! Et ça y est, j’y suis !

Passons à des considérations plus générales maintenant, comme la suivante pour commencer : le dynamisme du marché du travail ici m’épatera toujours. Ce n’est pas une spécialité du Québec, du moins pas à ce que je sache, mais plutôt une des caractéristiques de l’Amérique du Nord. Je n’ai pas stressé le moins du monde de me retrouver au chômage, je n’attendais même que ça finalement, Certes, les quelques heures par semaine que je fais à la pige pour ma première compagnie m’aident à rester à flôts, mais je pense que même sans ce soutien financier, je n’aurais pas stressé plus pour autant parce que je savais d’expérience que je retrouverais facilement. Évidemment, j’aurais trouvé dans mon domaine, mais pas exactement dans la spécialité vers laquelle je souhaitais m’orienter. Mais je veux dire que s’il avait vraiment fallu, j’aurais accepté le premier poste venu et je n’aurais pas laissé ma blonde payer toutes les factures. J’en arrive alors aux sites de recherche d’emploi, du type Jobboom, Workopolis et Monster. Jusqu’à il y a deux semaines, j’avais toujours trouvé du travail grâce à Monster. "Excellent !" me direz-vous peut-être. Pas si sûr.

Pendant mes deux semaines de chômage, je recevais régulièrement des coups de téléphone d’agences de recrutement qui avaient trouvé mon CV sur Monster.ca. Un appel tous les deux ou trois jours, sans bouger de chez soi. Cela tombait plutôt bien puisqu’à cette période, constatant que j’étais en ligne durant les heures normales de travail, mes anciens collègues m’ont donné de la job en masse, à tel point que je n’avais presque plus le temps de passer des entrevues pour retrouver un emploi à temps plein. En dehors de mon travail à la pige, je répondais aux agences de placement qui m’appelaient sans cesse pour me proposer des entrevues pour le jour suivant, et je faisais des suivis pour quelques postes intéressants que je convoitais de mon côté. C’est là que le bât blesse avec Monster : les agences de recrutement. Il n’y en a que pour elles.

En gros, celles-ci sont chargées par leurs clients (les vrais employeurs en somme) de faire un premier écrémage rapide parmi d’éventuels profils intéressants. Ensuite, deuxième écrémage à la suite des entrevues qu’elles organisent, pour ne laisser que les personnes réellement intéressées et compétentes aux mains de l’employeur qui a utilisé les services de l’agence. L’employeur gagne un temps précieux, et l’agent(e) se fait très probablement une comission pendant les premiers mois de votre propre salaire. Ce qui veut dire que sans passer par une agence, vous auriez pu prétendre à un salaire plus élevé, puisque la marge va à l’agence de placement ! De plus, quand elles vous mettent le grappin dessus, il est relativement difficile de vous en défaire.

En effet, lors de mon entrevue pour le poste de consultant technique dont je parlais plus haut, j’avais pourtant bien dit à l’agente que je ne me fermais pas les portes, et que j’attendais des réponses pour d’autres postes qui m’intéressaient tout spécialement, histoire qu’elle ne tombe pas des nues si je devais décliner son poste. Elle était donc prévenue. Cela ne l’a pas empêchée de me prévoir une entrevue avec son client, l’employeur Xiti donc, pour le 7 février. Elle faisait son travail, c’était bien normal après tout. Nous étions alors le 28 Janvier, ce n’était donc pas pour tout de suite, loin de là ! Le lendemain, j’apprenais que j’étais le meilleur des 25 candidats pour le poste de chargé de projets SEO, et que je pouvais commencer dès que possible ! Il a donc fallu que j’appelle l’agente avec qui j’étais en relation pour la prévenir… je me suis pris un véritable char de marde au téléphone. Murielle n’était pas contente du tout, elle était même plutôt fâchée parce que je venais de lui casser tous ses plans, de lui saper sa commission, et enfin de lui gâcher son lundi. Toutes ses phrases commençaient par un timide "Je comprends, …", mais les chars de marde s’en venaient juste après la virgule. J’ai eu beau lui répéter au moins trois fois que je l’avais pourtant prévenue lors de notre entrevue, ça n’a pas suffit à la calmer. Elle a fini par couper court à la conversation, et heureusement d’ailleurs. Quelques secondes de plus et j’en venais aux insultes en français dans le texte. Non mais ! Sacrilège, je venais de décliner le poste qu’elle me proposait ! On aurait dit qu’elle essuyait son premier refus, ou qu’elle était simplement outrée à l’idée qu’un de ses candidats daigne accepter un autre poste que le sien. Come on. Bref, cette petite anecdote m’a alors d’autant plus conforté dans mon choix. Dire que j’excluais totalement le poste en question serait un mensonge, mais suite à cette malencontreuse expérience téléphonique, mon choix était définitivement arrêté ! Inutile de dire que je ne regrette pas le moins du monde et que s’il fallait recommencer… je le referais !


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Décalages

Christophe | 25 janvier 2007 | 22:11:08

J’ai trouvé le thème de cette chronique pendant mes dernières vacances en France, pendant les Fêtes. Je me suis dit : "Ça y est, ça ce sera bon, j’aurais plein de choses à dire". Et je pense que ça va être le cas. J’ai eu donc l’idée de faire tourner cette chronique autour du mot "décalage", et de tout ce que ce mot m’inspire. Ce sera pour moi l’occasion de faire de bonnes digressions qui ne pourront qu’être utiles à mes propos.

Commençons par ce que le terme "décalage" m’inspire par rapport à mon dernier retour en France, puisque c’est en France que l’idée de cette chronique m’est venue. Oh, le sujet est plutôt vaste ! Mais je ne pense pas que ce soit un si grand hasard que ce sujet me soit apparu alors qu’on se baladait, Isabelle et moi, dans les rues de Lille, en France. Nous voici donc tous les deux en train de marcher, sur la Grand’ Place comme on l’appelle, en plein centre ville de Lille. Et tout d’un coup, je la regarde et je lui dit : "ça fait drôle d’entendre parler Français partout" (comprendre "parler Français avec l’accent Français"). Isabelle s’apprêtait justement à me dire exactement la même chose. Ce n’est qu’une simple anecdote mais quelque part, ça m’a montré quelque chose : d’habitude, on fait ce genre de réflexions quand on est en vacances à l’étranger, et que les accents locaux et les façons de faire diffèrent de celles que nous sommes habitués à voir et à vivre. Alors on le fait simplement remarquer à l’autre. Mais là, voilà, j’étais en vacances en France, pays qui m’a vu naître et grandir jusqu’à mes 24 ans, mais je venais de dire cette phrase… C’est d’ailleurs assez difficile à expliquer. Quand je rentre en France, j’ai l’impression de ne l’avoir jamais quittée ou de n’être parti qu’une semaine auparavant. Sensation bien étrange et bien normale aussi, finalement. Mais d’un autre côté, j’ai au contraire parfois l’impression de ne plus rien reconnaître, ou d’avoir oublié certaines choses, comme par exemple le manque de civisme des commerçants à qui ça arracherait une côte de sourire. Autre exemple, peut-être plus parlant : aller dans une brasserie manger un bon steak tartare devient un évènement, alors que je ne trouvais rien d’extraordinaire à aller manger un steak tartare dans une brasserie il y a quelques années. Voyez-vous ce décalage ? On est chez nous, c’est naturel, mais c’est extraordinaire à la fois ! A contrario, à mes débuts à Montréal, prendre un café chez Starbucks ou Second Cup, était presque extraordinaire. Aujourd’hui, quoi de plus normal ?

Quitte à parler de la France, autant parler brièvement d’une autre forme de décalage : le décalage horaire, tout simplement ! Celui qui fait que l’on ne peut jamais appeler sa famille ou ses amis en pleine semaine, à moins de les appeler à minuit chez eux. Celui qui fait que notre grand tante fait sonner le téléphone à 5 heures du matin un dimanche en s’excusant de nous avoir réveillé parce qu’elle n’était pas certaine de l’heure qu’il était au Canada (bon c’était au tout début de notre vie au Québec mais je m’en souviens bien !). Celui qui fait que lors d’un retour touristique, la première journée sur le territoire Français est une hyperexcitation cauchemardesque et soporifique (chapeau bas à celui ou celle d’entre-vous qui tient au delà de 23 heures le jour de son arrivée !). Celui qui fait que Noël à distance est vraiment une expérience pénible quand on essaye de la vivre pleinement par webcam interposée avec sa famille restée en France. Celui qui fait que nous avons appris avant vous la mort de Jacques Villeret, et après vous la très récente disparition de l’Abbé Pierre.

Après le décalage horaire, vient le décalage linguistique. J’ai pensé à ma chronique hier, quand on m’a dit "bonjour" au moment ou je raccrochais mon téléphone. Il n’y a rien à faire, je pense que je ne m’y habituerai jamais à celui-là ! Mais c’est sans doute la seule exception, sinon une des seules exceptions que je fais à l’adaptation naturelle de ma façon de parler. Je ne dis plus "quoi" à la fin de chacune de mes phrases; je dis "tsé". Je ne dis plus "putain"; je dis "crisse". Je ne dis plus "c’est quoi c’truc ?"; je dis "c’est quoi c’t'affaire ?". Mais je ne pourrai à priori jamais sortir un "bonjour" qui ait l’air un tant soit peu naturel, au moment de sortir d’un magasin ou de raccrocher mon téléphone… Tout ça pour dire que oui, au bout de trois ans (ou presque ! En mai prochain !) de vie ici, j’ai modifié naturellement ma façon de parler, ma façon de prononcer certains mots; j’ai adopté dans mon langage courant des expressions et des mots de vocabulaire à force de les entendre quotidiennement. Ouh là, rassurez-vous, quelques mots suffisent à un Québécois pour comprendre que je suis Français ! Je n’ai pas l’accent au sens où on l’entend (au sens propre) ici. Mais c’est vrai que j’ai tendance à aplatir mes "a" et à durcir mes "é". C’est simplement du mimétisme bien naturel, rien de plus. Jamais je ne "forcerai" mon "accent" québécois, je trouve ça absolument ridicule et ça ne m’avancerait pas à grand chose… De toute façon; il y aurait toujours un mot typiquement français pour s’échapper et trahir mes origines, et j’assume parfaitement mes origines justement. Français au Québec et fier de l’être !
Chose étonnante toutefois : au bout de deux jours en France, je perds toute trace des mes intonations et autres expressions québécoises. Le même phénomène se produit inévitablement à chacun de mes retours !

Borne incendie sous la neige dans les rues de MontréalParlons climat ! l’hiver. J’ai réalisé en venant ici que je ne savais pas ce qu’était l’hiver auparavant. Ce que je dis peut sembler assez paradoxal si l’on considère que cette année, l’hiver est arrivé le 15… janvier. Mais il est arrivé quand même ! Avant, je ne savais pas ce que c’était que de retrouver en ville avec 25 centimètres de neige. Je ne me souvenais pas de ce que pouvait représenter -25°C, et pourtant je suis allé plusieurs fois à la montagne, à Peisey-Nancroix pour être précis, quand j’étais enfant. J’avais du oublier, j’imagine. Ici, je redeviens un enfant plusieurs fois par année, à chaque tempête de neige. J’ai essayé, mais je ne parviens pas à ne pas rire quand je vois que dans l’actualité récente en France, la neige occupait les 10 premières minutes du journal télé de 20 heures. Ça me rappelle un souvenir de France justement, un trajet Paris - Lille en voiture, sur l’A1 donc. Je venais à peine de longer l’aéroport Charles de Gaulle, quand il a commencé à neiger, il devait être midi ce jour là. Incroyable mais vrai, il neigeait ! Les petits flocons timides ont peu à peu commencé a s’accrocher au bitume, et à gêner considérablement la visibilité par leur densité. J’étais en pleine tempête de neige, non pas à Montréal mais à quelques dizaines de kilomètres de Paris. Plus je me rapprochais de ma destination, moins il était possible de rouler à une vitesse normale, et j’ai bien vite fini par me retrouver complètement à l’arrêt, pendant que la neige s’installait de plus en plus sur l’autoroute. Quelques heures plus tard, nous recommencions à rouler au pas, mais au moins, on avançait. Bilan : aucun tué, aucun blessé, juste des semi-remorques en travers de la route, des automobilistes arrêtés à contresens au beau milieu de la voie, et tous les survivants qui devaient réussir à se frayer un passage en jonglant parmi ces obstacles de ferraille. Enfin, après le dernier camion, la voie était libre. Pas un seul véhicule visible devant moi, rien que l’autoroute complètement enneigée. A 60km/h grand max, et quelques petites frayeurs après, je suis finalement arrivé à Lille vers 16 heures. 6 heures de route pour faire Paris - Lille, soit presque trois fois plus de temps que nécessaire en temps normal (ou par temps normal si vous préférez !). Un record personnel. Moralité : Français de France, l’hiver, achetez-vous des pneus neige !!! Je ne dis pas que 20 cm de neige en pleine journée à Montréal tombent sans que personne ne s’en soucie; c’est certain que la circulation automobile est quelque peu gênée, que ce soit en ville ou sur les autoroutes… mais ça roule quand même. Alors quand 4 centimètres paralysent les routes de France, c’est plus fort que moi, je ris ! Même si je sais que les infrastructures et le processus de déblaiement de la neige sont tout logiquement plus avancés ici qu’en France…

Terminons par un sujet plus sérieux ou en tous les cas, plus profond : ma perception du monde du travail. Comme vous le savez sans doute, ou peut-être pas, je n’occupe plus l’emploi pour lequel j’avais quitté ma précédente compagnie après deux ans de services. Je me suis rapidement rendu compte en effet que le poste pour lequel j’avais été embauché n’était pas celui que j’occupais pleinement, jusqu’à ce qu’il ne le soit plus du tout en bout de ligne. Mon employeur comme moi-même avons donc mis en oeuvre tout ce qui était possible afin que je me fasse licencier, ce qui est arrivé le 16 janvier dernier. Si je n’avais pas été mis à la porte cette semaine là, je serais de toute façon parti de moi-même, ce n’était malheureusement plus possible de continuer de la sorte. Je suis donc officiellement au chômage, pour la première fois de ma courte vie ! Et ça ne me dérange pas plus que ça ! D’autant plus que quelques contrats à la pige m’aident à rester à flots; d’ailleurs sans ces contrats, je pense bien que je serais dans un autre état de stress… Mais néanmoins, ma perception du chômage, de la perte d’emploi, a grandement changé. J’ai toujours entendu en France des discours fatalistes concernant le chômage. Perdre son emploi en France est encore aujourd’hui la pire chose qui puisse arriver. D’ailleurs je ne sais pas vraiment comment j’aurais vécu la même situation si je l’avais vécue en France, loin d’un projet d’immigration au Québec. Mais ici, je sais que je vais pouvoir retomber sur mes pattes relativement facilement. Grâce au réseau de connaissances d’Isabelle et à Isabelle elle-même avant tout, qui se démènent tous les deux pour moi et pour disséminer mon CV dans toute la ville, et grâce aussi au fameux Monster.ca. Au moment où j’écris cette chronique, je viens de recevoir il y a une heure à peine un coup de téléphone. Rendez-vous demain 9 heures. Et j’attends encore des réponses pour des entrevues précédentes. C’est le moment ou jamais pour moi de faire ce que je veux vraiment faire : prendre plus de responsabilités dans mon travail, et me spécialiser en référencement de sites web. Voici mon choix de carrière, et je sens que je vais pouvoir le réaliser ici. Prochaine étape, qui devrait arriver assez vite d’ailleurs : démarcher moi-même les compagnies, me rendre dans leur locaux avec mon CV et demander à parler à un responsable, en bref, y aller au culot ! Ou plutôt, chercher un travail comme on cherche un travail en Amérique du Nord ! "Tout devient possible", comme dirait Nicolas !

Décalage enfin… parce que cette chronique arrive avec un jour de décalage. Mais c’était voulu hein Laurence, c’était pour lui donner encore plus de sens, euh… tu comprends. Ah c’est pas ça que tu comprends… ok euhhhh…


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